Le chef Marcel Ravin aborde une nouvelle saison particulièrement active au Monte Carlo Bay Hotel & Resort, où il déploie sa cuisine dans plusieurs établissements du groupe Monte-Carlo Société des Bains de Mer. Il dirige notamment le restaurant gastronomique Blue Bay Marcel Ravin, deux étoiles Michelin, situé au Monte-Carlo Bay Hotel & Resort. Depuis 2025, il signe également la cuisine du restaurant Elsa Marcel Ravin, une étoile Michelin, au sein du Monte-Carlo Beach. En parallèle, sa cuisine s’exprime dans un registre plus accessible au restaurant Mada One, installé dans le quartier du One Monte-Carlo. Originaire de Martinique, le chef poursuit ainsi son travail entre deux hôtels emblématiques de la Principauté, développant une cuisine personnelle nourrie d’influences caribéennes, méditerranéennes et asiatiques. L’année 2026 sera marquée par la réouverture du restaurant Elsa Marcel Ravin le 14 avril 2026, une série de dîners gastronomiques au Blue Bay, ainsi que le lancement d’un nouveau concept culinaire intitulé « Le Rituel des Cinq Éléments ».
Visite du Blue Bay Marcel Ravin par Marcel Ravin
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Dès l’entrée du Blue Bay, le visiteur est invité à une forme de déambulation sensorielle, pensée comme une montée progressive vers l’inattendu. Rien ne se dévoile d’emblée. L’espace d’accueil ouvre sur un lieu de dégustation où vins et spiritueux dialoguent avec une collection intime de rhums martiniquais, première évocation d’un ailleurs fondateur.
Puis, au fil du parcours, surgit un autre monde : la Table de Marcel Iva. Dix couverts seulement, pour un restaurant dans le restaurant, conçu comme un espace de mémoire et de transmission. Iva (Ivaness) est le prénom de sa grand-mère et la fille, une filiation incarnée dans chaque détail. Ici, les objets parlent : des mains sculptées dans le sable noir du nord de la Martinique accueillent le pain, premier geste du repas, dernier rituel aussi, lorsque le dîner s’achève sans couverts, dans un retour à l’essentiel. Plus loin, un huilier façonné dans le sable du Diamant, des gobelets en terres mêlées, tous issus d’un artisanat insulaire, prolongent ce récit d’origine. La table elle-même est pensée comme un espace de partage radical : coupée, ouverte, elle abolit la distance entre le chef et ses convives. On n’est plus face à la table, mais dedans, au cœur du geste.
Le Blue Bay se déploie ensuite comme un paysage construit autour des éléments. Le bois, l’eau, le métal composent une architecture sensible, perceptible jusque dans les lignes du sol et le dessin des consoles. Les fauteuils enveloppants prolongent cette attention au corps, à l’expérience, à la durée.
Au centre, la pâtisserie devient manifeste. Installée en pleine salle, elle renverse les hiérarchies invisibles de la cuisine classique. Ici, les pâtissiers ne sont plus relégués à l’ombre : ils occupent la scène, prolongent le mouvement, maintiennent la vie du lieu bien après le service chaud. La cuisine, ouverte sur quatre côtés, s’offre au regard. Les clients circulent, observent, traversent les postes viande et poisson, partagent l’énergie du travail en train de se faire.
Plus loin, une salle privée avec terrasse prolonge l’expérience. Les arts de la table, eux aussi venus des Antilles, racontent une histoire personnelle. Chaque assiette est un fragment de mémoire : corail, nasse, oursin… Autant de motifs qui, retournés au moment du service, dévoilent une cartographie martime et intime. Celle d’un enfant de Martinique, dont le terrain de jeu était la mer, vue du ciel au moment du départ, et restée comme une empreinte.
Le Blue Bay apparaît ainsi comme un lieu total, où chaque élément, matière, geste, objet, participe d’un récit d’un chef né en Martinique s’installant à Monaco, avec toute son identité.
Entretien Marcel Ravin
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«Vous pouvez imaginer la fierté du gamin que j’étais, venu de la Martinique, de sa campagne, qui rêvait un jour de découvrir la haute gastronomie. Aujourd’hui, cela fait maintenant 20 ans que je suis ici.
Ce parcours, il ne s’est jamais construit seul. Dans ma brigade, certains sont même venus chez moi aux Antilles pour comprendre d’où je viens, comment je vis, mon univers. Il y a notamment Pascal, un de mes adjoints, qui m’accompagne depuis le début. Nous avons beaucoup voyagé ensemble, notamment au Japon. Ce n’est pas l’histoire d’un homme, c’est une histoire collective. »
Pour le chef, la cuisine ne se limite pas à l’assiette. « Quand un client est assis dans cette salle, il voyage aussi à travers les éléments de décoration, à travers ce que je livre de ma vie privée, de mon enfance. » Très tôt, il comprend une chose essentielle : « Pour toucher le cœur des gens, il faut accepter de se livrer un peu. » Être soi-même devient alors une ligne de conduite. « Il ne faut pas raconter l’histoire de quelqu’un d’autre, mais la sienne, avec modestie. »
Sa cuisine s’inscrit dans cette sincérité. Elle puise dans ses racines, dans ce qu’il appelle un métissage. « Le créole, ce n’est pas qu’une langue, c’est un mélange de cultures et de peuples. » Une richesse qu’il apprend à comprendre en remontant à ses origines. « J’ai voulu savoir d’où je venais réellement. » En découvrant son arbre généalogique, entre influences africaines et chinoises, il prend conscience de son identité. « J’ai compris que ma cuisine pouvait toucher la mémoire des gens. » Dès lors, elle devient « une cuisine de voyage, où l’essentiel, c’est le voyage, même si on ne connaît pas la destination. »
Trouver son identité culinaire
Le Japon marque un tournant décisif. « C’est là que j’ai compris la cuisine que je devais faire. » Jusque-là, le chef reconnaît s’être cherché, influencé par les tendances. « Je faisais une cuisine pour plaire à tout le monde… mais ce n’était pas moi. » Le déclic est radical : « On a tout remis à zéro. » Dès lors, sa cuisine prend un autre sens. « Elle doit raconter ma vie, mon histoire, avec sensibilité et des symboles. » C’est cette identité que le Guide Michelin reconnaît. « Ce qu’ils ont vu, c’est l’identité d’un homme. »
Mais cette construction passe aussi par un parcours atypique. Originaire du village de Bitaille, en Martinique, où il grandit en autosuffisance, il rêve des grandes maisons sans pouvoir y entrer. « J’ai postulé à l’Auberge de l’Ill, au Louis XV, chez Paul Bocuse… ça n’a pas marché. » Avec le recul, il y voit une chance. « Cela m’a permis de construire ma propre histoire. »
Dans son enfance, devenir cuisinier n’allait pas de soi. « Ce n’était pas bien vu, c’était considéré comme un métier de femme. » Son père s’y oppose, avant de changer de regard en découvrant son parcours. « Il a compris que ce métier pouvait mener à des choses extraordinaires. » Aujourd’hui, le chef n’oublie rien de ce chemin. « Monaco est une terre de possibles. Ici, on ne m’a pas jugé. » Malgré les difficultés rencontrées à ses débuts, il revendique une vision ouverte du métier. « Il est important de rester accessible et de ne pas ignorer les jeunes. »
Ce qui le guide reste profondément personnel. « Ce qui me rend le plus fier aujourd’hui, c’est le regard de ma mère. » Celle qui l’a poussé à partir, à tenter sa chance. À chaque retour aux Antilles, ce lien reste intact. Et au-delà des distinctions, une évidence s’impose : « Ce n’est pas un métier, c’est ma vie. »

2026 plusieurs dîners thématiques.
Au Blue Bay Marcel Ravin, la saison sera ponctuée par
Le premier, prévu le 27 mars 2026, sera consacré à une lecture contemporaine de la cuisine créole. À travers ce menu intitulé « Tradition moderne créole», le chef proposera une interprétation personnelle de recettes inspirées de son enfance martiniquaise, revisitées à la lumière de son parcours culinaire.
Le 13 avril, Marcel Ravin accueillera le chef Arnaud Bignon, chef exécutif du restaurant Spondi à Athènes, pour un dîner à quatre mains intitulé « Momentum ». Cette soirée s’inscrit dans une initiative des Grandes Tables du Monde visant à célébrer la gastronomie à travers des collaborations simultanées entre chefs dans plusieurs pays.

Un autre dîner est programmé le 23 mai 2026 sous le titre « Terre de naissance ». Cette soirée mettra en avant les racines créoles du chef à travers des accords entre mets et rhums AOC martiniquais sélectionnés avec son équipe de sommellerie.
Au printemps également, le chef participera au Festival des Étoilés Monte-Carlo lors d’un dîner à quatre mains avec Glenn Viel. La programmation se poursuivra à l’automne avec deux rendez-vous consacrés à des produits emblématiques : un menu dédié à la truffe blanche le 2 octobre, puis un dîner autour du champagne et du caviar le 7 novembre.
« Le Rituel des Cinq Éléments ».
Parallèlement à ces événements, Marcel Ravin lancera un nouveau format gastronomique intitulé « Le Rituel des Cinq Éléments ». Proposé chaque mercredi au Blue Bay, ce menu s’inspire de la philosophie du kaiseki japonais. Il se construit autour de cinq éléments symboliques – eau, bois, métal, feu et terre – chacun structurant une partie du parcours culinaire.
À travers une succession de petites bouchées renouvelées chaque semaine, le chef souhaite explorer les correspondances entre saisons, produits et émotions. Dans cette approche, les influences japonaises rencontrent les racines créoles du cuisinier et la lumière méditerranéenne de la Principauté.
Originaire de Martinique, Marcel Ravin s’est imposé en deux décennies comme l’une des figures marquantes de la gastronomie contemporaine en Principauté de Monaco. Sa cuisine, nourrie de souvenirs, de voyages et de rencontres, continue d’évoluer au fil des collaborations, des produits et des territoires qu’il explore.
Par Sandrine Kauffer-Binz
crédit photos ©Monte-Carlo Société des Bains de Mer
crédit vidéos ©Sandrine Kauffer-Binz












