YONA à Obernai : le restaurant Signature de Marie et Cyril Bonnard invite au voyage sans quitter l’Alsace

À Obernai, Le Parc a changé de destination sans renier ses racines. Depuis le 9 février 2026, l’établissement familial connu sous le nom de Parc Hôtel & Yonaguni Spa s’affirme sous une nouvelle identité : YONA. Derrière cette métamorphose portée par la quatrième génération, Marie Wucher-Bonnard, son frère Maxime Wucher et son mari Cyril Bonnard ont imaginé un lieu capable de faire voyager sans quitter l’Alsace. Une envie d’ailleurs, profondément assumée, mais construite sur un ancrage familial, affectif et territorial. Ici, l’évasion ne se substitue pas aux racines : elle les prolonge.

Très connu pour ses univers de bien-être, notamment le Yonaguni Spa puis le Yonasaya Spa, YONA affirme désormais une ambition globale où l’hôtellerie, le spa, l’architecture, la décoration et la gastronomie composent une seule expérience. Maxime Wucher, directeur de l’établissement, a largement conçu l’univers hôtelier et les espaces de bien-être. Marie et Cyril Bonnard, eux, donnent au restaurant Signature son souffle culinaire. Et c’est précisément cette table, spectaculaire par son décor autant que par sa cuisine, qui fait sensation et retient toute notre attention.

Le film

.

Car YONA raconte une histoire de mouvement. Marie et Cyril ont voyagé, travaillé à l’étranger, découvert les cuisines du monde, les hôtels de prestige, les grandes maisons, mais aussi la street food des pays traversés, celle qui se goûte dans les rues, dans les marchés, au contact direct des parfums, des gestes et des cultures. L’Asie, le Japon, la Thaïlande, le Mexique, les saveurs iodées, fumées, acidulées ou pimentées traversent aujourd’hui leur carte. Pourtant, Obernai demeure leur point d’attache. Le Parc, c’est la famille Wucher, une histoire transmise, des liens chers, un héritage qu’il n’était pas question de quitter. Avec YONA, ils ont donc choisi une autre voie : créer une destination intérieure, ouverte sur le monde, mais enracinée ici.

Un restaurant Signature sous haute architecture

L’expérience commence avant même d’être à table. L’entrée de YONA a été repensée, déportée rue Mont Saint-Jean, avec un accès qui donne immédiatement le sentiment de pénétrer dans un autre monde. Le carport monumental, le parking souterrain, la façade bois, la verticalité du bâtiment et l’Atrium installé sur trois niveaux posent les bases d’un parcours. Tout est pensé comme une progression. On n’entre plus simplement dans un hôtel : on traverse une scénographie.

Dans l’Atrium, le regard se lève. La lumière circule, les volumes respirent, les lignes de bois dessinent une atmosphère à la fois contemporaine et chaleureuse. Cet espace central accueille les clients de l’hôtel, du spa et des restaurants. On peut y prendre un verre, s’y installer dans la journée, y attendre un rendez-vous ou prolonger un moment.

Le parcours mène ensuite devant le bar, puis vers les espaces de restauration, avant d’atteindre le restaurant Signature. Là, le décor prend toute sa puissance. La salle se déploie sur deux niveaux, avec une mezzanine, sous une impressionnante voûte de bois. Une cave à vin vitrée, pensée comme une cave d’altitude, devient un totem architectural. Elle structure le regard, inscrit la verticalité, dialogue avec les matières et rappelle que le vin, ici, n’est pas un accessoire mais l’un des piliers de l’expérience.

Le restaurant Signature ne cherche pas l’effet décoratif gratuit. Il construit une ambiance. Les gammes colorées, les hauteurs, la présence du bois, les jeux de transparence et la cave vitrée donnent le sentiment d’un lieu à part, entre refuge contemporain et destination lointaine. On est bien à Obernai, mais l’esprit voyage déjà.

Marie, Cyril et Maxime : trois parcours, une même vision

Pour comprendre la cuisine de YONA, il faut revenir aux trajectoires de ceux qui la portent.

Marie Wucher-Bonnard a grandi dans cette maison. Passionnée très tôt par la pâtisserie, elle passe par Strasbourg puis par la Hospitality Business School de Lausanne avant d’intégrer les équipes de Christophe Michalak à Paris. Son parcours s’ouvre ensuite à l’international, avec Tokyo chez Gordon Ramsay, puis Las Vegas, au restaurant trois étoiles de Joël Robuchon. C’est là qu’elle rencontre Cyril Bonnard, qui deviendra son époux. Ensemble, ils partent ensuite à Dubaï en 2010 pour l’ouverture de l’hôtel One & Only The Palm de Yannick Alléno, avant de revenir en 2013 à Obernai reprendre les rênes de l’entreprise familiale.

Cyril Bonnard, né en région parisienne, devient cuisinier grâce à ses parents. Formé à l’école Jean Drouant, distingué Meilleur Apprenti de France, il entre au Meurice, trois étoiles Michelin, où l’univers de Yannick Alléno marque profondément sa manière d’envisager la cuisine. Il poursuit chez Pierre Gagnaire à Paris, autre maison essentielle, avant de rejoindre les États-Unis et le restaurant de Joël Robuchon à Las Vegas. Cette succession d’adresses prestigieuses lui apporte une précision technique, une rigueur de palace, une compréhension de la grande cuisine française, mais aussi une capacité à absorber d’autres cultures culinaires sans perdre le fil de la maîtrise.

Maxime Wucher incarne, lui, la vision hôtelière, architecturale et expérientielle de YONA. Formé au lycée hôtelier Alexandre Dumas puis diplômé de l’École hôtelière de Lausanne, il part très jeune à Singapour, où il se forge une solide expérience dans les palaces Raffles, Shangri-La, Mandarin Oriental et Fullerton. À seulement 24 ans, il devient directeur de la restauration. Ce parcours en Extrême-Orient, prolongé par Shanghai, le Vietnam et un engagement humanitaire de neuf mois à Hué, nourrit profondément son rapport au voyage, à l’accueil, au bien-être et à l’art de recevoir. Revenu à Obernai en 2010, il met cette culture internationale au service de la maison familiale. Directeur de l’établissement, il observe les nouvelles attentes des voyageurs, expérimente les usages, pense les circulations, les atmosphères, les spas, les restaurants, les espaces de convivialité. Avec YONA, il ne signe pas seulement une transformation hôtelière : il orchestre une destination.

Cette complémentarité explique la force du projet. Marie et Cyril apportent la cuisine, la pâtisserie, les voyages, les grandes maisons et l’émotion de l’assiette. Maxime apporte la vision d’ensemble, celle d’un lieu qui ne se contente plus d’héberger, mais qui enveloppe le client dans une expérience globale. Ensemble, ils ne cherchent pas à effacer Le Parc. Ils en prolongent l’histoire autrement, en lui offrant un nouveau nom, une nouvelle architecture et une nouvelle respiration : YONA.

Une cuisine fusion comme une carte de destinations

Au restaurant Signature, Cyril Bonnard propose une cuisine d’instinct, de précision et d’émotion. Les intitulés de plats dessinent une carte du monde plus qu’une simple carte de restaurant. Chaque assiette semble ouvrir une destination, une envie d’ailleurs, une mémoire de voyage ou une sensation de marché lointain.

Les fines tranches de bœuf wagyu, accompagnées de pickles de shimeji et d’un ponzu à la truffe, installent d’emblée un dialogue entre la profondeur japonaise, l’acidité maîtrisée et le raffinement d’un produit noble. La terrine de foie gras de canard, servie avec un chutney de datte et un gel de Gewurztraminer, garde un pied en Alsace tout en regardant vers des douceurs plus orientales. Le chirashi de thon rouge, vinaigrette YONA et chips de riz, invite au Japon dans une lecture contemporaine, graphique et fraîche.

Les crispy langoustines à la rémoulade wasabi jouent sur la gourmandise immédiate, presque street food, mais avec un produit de haute qualité et une tension piquante. Les crabes mous croustillants, guacamole et sauce BBQ, déplacent le palais vers une Amérique métissée, entre Mexique, fumé, croustillant et cuisine de plaisir. Le carpaccio de crevette gambero rosso, vinaigrette yuzu et perles de concombre, travaille davantage la délicatesse, l’iode, la fraîcheur et cette acidité japonaise qui réveille sans dominer.

La dorade royale, pesto shiso et asperges vertes, poursuit cette ligne végétale et iodée, avec le shiso comme signature aromatique. Le black cod miso teriyaki, accompagné de condiments shiitakés, assume pleinement l’umami, la profondeur du miso, la rondeur du poisson, cette texture fondante que l’on associe aux grandes tables japonaises et aux voyages en Asie.

Puis viennent les plats comme autant de haltes. Les noix de Saint-Jacques « katsu », mole de maïs grillé et salsa d’oignon rouge, croisent le Japon et le Mexique dans une assiette où le croustillant, le maïs, l’oignon et l’iode créent une énergie solaire. Les udon pasta au caviar osciètre, beurre blanc saké et ciboulette, signent peut-être l’une des expressions les plus parlantes de cette cuisine : une base française, un déplacement japonais, un produit d’exception, et une sauce qui relie les mondes.

Le magret de canard à l’ail noir, gnocchis frits et aubergines confites, avance sur un registre plus terrien, profond, presque nocturne. Le contre-filet de bœuf « toban yaki », pleurotes, sauce soja, ail et gingembre, convoque les cuissons japonaises et les parfums saisis. Le filet de bœuf Angus, sauce sésame épicée, affirme une gourmandise plus directe. L’entrecôte de cochon basque, piments de padrons et persillade shiso, ramène la cuisine vers le Sud, le feu, le gras noble, le végétal aromatique et la vivacité du piment.

Avec Marie, les desserts prolongent le voyage sans perdre la gourmandise. Le soufflé crémeux au chocolat grand cru et glace au pralin de maïs joue la chaleur, l’intensité et la douceur céréalière. Les perles du Japon au fruit de la passion et crème de cheesecake mêlent texture, acidité exotique et rondeur lactée. Le sundae fraise yuzu, cake sésame, installe une lecture plus ludique, acidulée, presque régressive, mais tenue par l’élégance du yuzu et du sésame. Le riz au lait Fukumaru, glace saké et émulsion gingembre, résume à lui seul l’esprit Signature : un dessert familier, presque d’enfance, transporté vers le Japon, relevé par le saké et la chaleur vive du gingembre.

YONA porte bien sa signature : « Être ailleurs. Ici. » À Obernai, le restaurant Signature en donne l’une des expressions les plus sensibles. On y vient pour découvrir une cuisine voyageuse, mais on y comprend surtout qu’un ailleurs réussi n’existe jamais sans un lieu auquel revenir.

Par Sandrine Kauffer-Binz

crédit photos ©Nis&For

www.yonahotel.com/