Marc Haeberlin a remis la Légion d'Honneur à Anne-Sophie Pic ©JulienBinz

Marc Haeberlin remet l’insigne de Chevalier la Légion d’Honneur à Anne-Sophie Pic

Le mardi 19 mars 2013, c’est au Cercle de l’Union interalliée à Paris (8ème ), que Marc Haeberlin, chef de l’Auberge de l’Ill, 3* Michelin à Illhaeusern (68) et Président des Grandes Tables du Monde a remis l’insigne de la légion d’honneur à Anne Sophie Pic, de la Maison Pic à Valence, 3* Michelin, le restaurant à Lausanne 2* Michelin, La Dame de Pic 1* Michelin à Paris, le bistrot, le 7, l’école de cuisine, la boutique on-line et l’Epicerie. La remise de cette distinction honorifique s’est déroulée en présence de sa famille, ses amis et des membres des Grandes Tables du Monde, qui présentait également leur nouveau guide 2013.

 


La cérémonie s’est déroulée au Cercle de l’Union interalliée à Paris ©JulienBinz
« Pour te remettre cette distinction tu aurais pu choisir un ministre du gouvernement, ou bien une personnalité des Arts ou de la Littérature », introduit Marc Haeberlin à l’attention de la belle Dame de Pic. « Mais tu as préféré ton milieu, entourée de restaurateurs, de chefs et tes amis des Grandes Tables du Monde » sourit Marc Haeberlin, honoré de ce choix. « Lorsque tu m’as demandé, il y a quelques mois de te remettre la Légion d’Honneur, je me suis senti honoré et je t’en remercie du fond du coeur », confie Marc Haeberlin à la valentinoise . « Sans doute parce que nos deux familles étaient toujours très liées, souvent comparées avec des valeurs très proches ».


Anne-Sophie Pic, Chevalier de la Légion d’Honneur ©JulienBinz
Avant de lui « épingler sur son gilet », l’honorifique médaille, le président des Grandes Tables du Monde a retracé brièvement le parcours d’Anne-Sophie Pic, née le 12 juillet 1969 à Valence, dans une « dynastie de restaurateurs ».

Revenant à ses racines, à son grand-père André Pic, (qui décrocha la 3* étoile Michelin en 1934, d’abord à L’auberge des Pins puis au restaurant Pic à Valence en 1973), à son père Jacques et sa maman Suzanne, Marc Haeberlin rappelle qu’Anne-Sophie Pic s’est d’abord tournée vers le management intégrant l’Institut Supérieur de Gestion à Paris, école où elle rencontra David Sinapian, son futur époux. Prédestinée à une autre carrière, le décès de son père Jacques la ramène à la maison. « Ton père disparu trop tôt, le cours de ta vie a brusquement changé. Le devoir de fidélité à la mission ou au devoir de famille t’ont appelée en cuisine, tâche doublement difficile parce que tu étais une femme et que tu étais « la fille de ». Mais bon sang ne saurait mentIr », sourit Marc Haeberlin attendri. « Que de travail, que d’efforts, que de sacrifices simplement pour te faire une place et être respectée », souligne-t-il mesurant avec admiration le chemin parcouru et la ténacité. Et les récompenses ne sauront tarder, sachant que la veille à Lyon, Anne-Sophie a été intronisée par les Maitres Cuisiniers de France.

« Par tes seuls mérites, tu as regagné en 2007 l’étoile que le guide Michelin avait un temps retiré. Tu as ouvert un restaurant à Lausanne au Beau Rivage Palace, (2* Michelin), La Dame de Pic à Paris (1* Michelin), le bistrot, le 7, l’école de cuisine, la boutique on-line et l’Epicerie.
« Que de chemin parcouru, avec toujours à tes cotés, David Sinapian, ton mari, ton mentor et ton guide, ainsi que ton soutien indéfectible ».

« Tu es devenue l’idole des femmes chefs de cuisine et un modèle pour de nombreuses femmes. Succédant à la mère Brazier, tu es la 2ème femme ayant 3 étoiles au guide Michelin. »

« Tu as même une place réservée à Obernai en Alsace », s’amuse Marc Haeberlin, lançant un regard complice à Serge Schaal et Nicolas Stamm de la Fourchette des Ducs, à l’initiative de ce jumelage.

« Aujourd’hui, de nombreuses personnes partagent ton bonheur, mais je sais qu’une seule est importante à tes yeux. C’est de là-haut que ton père Jacques est avec nous. Et crois-moi avec toute son humilité et sa discrétion, il est très fier de sa petite Anne-Sophie, devenue maintenant une grande dame de la restauration française, une exemple pour toute une génération de cuisiniers et de cuisinières ».
Sur ces propos Marc Haeberlin achève son allocution, transmettant son émotion aux invités, qui applaudissent chaleureusement Anne-Sophie Pic.


David Sinapian, Anne-Sophie Pic et Marc Haeberlin ©JulienBinz
« En d’autres temps d’autres considérations, on recevait la Légion d ‘honneur pour des actes héroïques », précise Anne-Sophie Pic, « Mais aujourd’hui la Légion d’Honneur célèbre aussi un Art de vivre à la française, la cuisine française et son rayonnement dans le monde ».

« Je suis honorée par cette distinction et je remercie du fond du cœur Marc Haeberlin de me faire cet honneur, lui qui en représente si bien les valeurs » souffle-t-elle, la voix s’étranglant d’émotion. « Dans Légion d’Honneur, il y a le mot honneur, ce sont quelques lettres qui me tiennent à cœur, car finalement faire honneur c’est être digne de la transmission du travail accompli, et le perpétuer, est bien plus important à mes yeux qu’accumuler les honneurs  » articule-t-elle avec modestie et pudeur.

« À cet honneur rendu à mon père Jacques et mon grand-père André, je voudrais aussi rendre honneur à tous ceux qui, sans eux, point d’honneur : mon mari David, mon fils Nathan, ma mère Suzanne, ma famille, mes amis chers, mes collaborateurs qui m’entourent et me supportent et m’ont aidée à relever le défi de relever une maison que je me dois aujourd’hui de préserver. »

« Dans honneur, enfin, il y a aussi les racines de l’honnêteté. L’honnêteté, c’est aussi prendre ses responsabilités, et pour nous chefs, c’est nous orienter de plus en plus vers l’artisanat des ressources, le choix du lieu, le respect des relations humaines, justes et équitables. La solidarité doit être au coeur de nos préoccupations avec nos fournisseurs, notre environnement et nos ancrages régionaux » souligne-t-elle avec conviction.


« Je suis heureuse de vous dire combien notre métier est magnifique, généreux et créatif. Combien chaque jour, malgré les difficultés, je ne regrette pas ces engagements, qui sont les miens et que nous partageons tous » conclut-telle sous un tonnerre d’applaudissements.

Par Sandrine Kauffer
Crédit photos ©JulienBinz