Depuis 1982, l’Académie Nationale de Cuisine décerne ses prix littéraires et médias. Pour sa 42ème édition, les membres du jury se sont réunis ce mardi 9 décembre 2025, au restaurant les Éditeurs à Paris, pour délibérer sur les nombreux ouvrages sélectionnés.
En charge d’organiser, d’animer et de présidé le « Prix Livres & Savoirs » Kilien Stengel, également membre Académie Nationale de Cuisine (ANC) a souligné : « Ce prix ne distingue pas seulement un « livre», il honore avant tout un « savoir ». Depuis plusieurs années, il est décerné non seulement à des auteurs, mais aussi à des acteurs et prescripteurs capables de transmettre, de recommander et d’incarner les valeurs de la gastronomie sous des angles variés. Il ne s’agit donc pas de couronner, par facilité, la figure la plus médiatisée, mais de reconnaître parfois des auteurs encore jamais récompensés, ou des projets collectifs où la mise en commun de nombreuses compétences fait émerger une véritable excellence du savoir. À chaque sélection, le jury ne s’attache pas uniquement à une stratégie ou à un palmarès, mais aux valeurs dont l’ouvrage est porteur, à la raison profonde qui justifie son choix. Au-delà de la qualité d’écriture, de l’iconographie ou de l’érudition, c’est également la dimension éthique et morale du propos qui est prise en compte. Ce prix est, en théorie, consacré à la gastronomie. Or, ce terme recouvre des réalités multiples, façonnées par l’éducation, la formation et les expériences de chacun. C’est pourquoi le jury est volontairement composé de personnalités aux référentiels très différents : la confrontation de ces points de vue, parfois divergents, nourrit le débat et permet de faire apparaître, à travers la pluralité des regards, une définition plus riche et plus nuancée de la gastronomie.
Kilien Stengel a réuni autour de lui Roland Vollebout (vice-président ANC), Sandrine Kauffer (fondatrice Nouvelles Gastronomiques-restaurant Julien Binz), Nelly Labère (essayiste, enseignante, chercheuse), Caroline Marti (enseignante, chercheuse), Valérie Vrinat (présidente de l’Association Jean-Claude Vrinat), Pierre Caillet (chef étoilé, MOF et membre ANC), et Jérôme Crochet (éditeur, communication et membre ANC),

Les lauréats de la 42ème édition 2025
Le prix Catégorie : Cuisine française, livre de chef
La Maison Bernard Loiseau: Le goût, le goût, le goût
Auteur : Jean-Paul Frétillet, préface Philippe Labro
Photographies : Jonathan Thevenet
Éditeur : Glenat

Le prix Catégorie : Cuisine & régionalisme
Cuisiner la mer Auteur : Gaël Orieux
Photographies : Jean-Claude Amiel
Éditeur : La Martinière

Le prix Catégorie : Cuisine du Monde
Goûts de Grèce
Auteur : Paul Evangelopoulos, Aline Princet
Photographies : Aline Princet
Éditeur : Mango

Le prix Catégorie : Sciences humaines, cultures & littératures gastronomiques
Distinctions alimentaires
Autrice : Faustine Régnier
Éditeur : Presses universitaires de France

Le Prix Catégorie : Ouvrage pédagogique
365 Aliments de la culture gastronomique
Auteur : Simon Verger
Éditeur : Libel

de Simon Verger
Le prix Catégorie : Métiers de la salle
Emy, apprentie en service
Auteur : Thanaël Passavant
Co-édition : Campus des Métiers et des Qualifications d’Excellence Tourisme Hôtellerie-Restauration – Académie de Nantes et région Pays de Loire9e île – Campus des Métiers et des Qualifications d’E

Le prix Catégorie : Bande dessinée
Chaud devant !. Tribulations d’une journaliste en cuisine
Auteurs : Géraldine Meignan et Hubert Van Rie
Éditeur : Bayard

Le prix Catégorie : Arts sucrés
Rustique. Les desserts de maison
Auteur : Yann Couvreur, Fabienne Travers et Sylvain Gauthier
Éditeur : Solar
Photographe: Laurent Fau
Styliste: Sarah Vasseghi

Le prix Catégorie : Produits
L’art du pâté en croûte
Auteur : Frédéric Le Guen-Geffroy
Photographies : Delphine Constantini,
Éditeur : Larousse

Le prix Catégorie : Cuisine bien-être
Algues au quotidien. Tout savoir sur ces super végétaux
Autrice : Aurélie Viard
Éditeur : Alternatives

Le prix Catégorie : Collection et Éditeur
Collection Les Recettes Originales (aux éditions Robert Laffont)

Le prix Catégorie : Journaliste culinaire, animatrice et productrice médias
Julie Andrieu

Les inscriptions à la 43ème édition 2026 seront ouvertes prochainement : Règlement disponible sur www.toquedor.com/livresetsavoirs
Après le déjeuner, le nouveau palmarès a été proclamé puis les lauréats 2024 sont venus recevoir leurs diplômes et médailles.
Palmarès 2024

« Ce livre, c’est d’abord une belle rencontre avec une maison d’édition, La Martinière, qui m’a vraiment épaulé, suivi, avec des textes d’Hélène Luzin et les magnifiques photos de Guillaume. Nous avons une belle équipe derrière qui a œuvré, et surtout une philosophie de chef : la valorisation des poissons d’eau douce, ce qui n’a pas toujours été facile. Nous sommes dans une région que je trouve magnifique, avec une artère principale, la Loire, et la chance d’avoir un fleuve classé à l’UNESCO en 2000, un fleuve propre. Cela m’a permis d’aller chercher toutes ces variétés de poissons qu’on connaît, mais qu’on dénigre parfois à cause des arêtes et du goût de vase, ou simplement parce qu’on les connaît trop peu. Les poissons d’eau douce, il ne faut pas oublier qu’ils sont doux : il n’y a ni puissance excessive, ni écarts marqués, mais des chairs assez exceptionnelles. Ma plus grande fierté, c’est de pouvoir partager mon livre dans le monde entier, parce que ces poissons d’eau douce, on peut finalement les retrouver partout. C’est une grande fierté d’avoir couché sur le papier dix ans de travail autour de ces poissons et de ma belle région, le Centre-Val de Loire, et de continuer à la faire rayonner. Merci en tout cas pour ce beau trophée. »

« Cela me fait très plaisir, parce que c’est mon premier livre et il a demandé beaucoup de temps. Je voudrais en profiter pour remercier mon éditeur, qui est là et qui m’a suivi dans la durée », mentionne Emmanuel Guillemain d’Echon et qui l’invite à le rejoindre sur scène car un « livre ne se fait jamais tout seul. Ce livre avait pour ambition de remettre au premier plan des personnes dont on parle peut-être moins, mais qui font l’essentiel de la cuisine que l’on mange tous les jours : les mères et les grands-mères. Les raviolis, les pâtes farcies, c’est une cuisine de fête, de célébration, d’occasions particulières, mais c’est aussi une cuisine du temps long, d’un savoir-faire qui s’acquiert parfois sur des décennies. L’idée était de leur donner la parole et de montrer l’importance et la force de ces femmes qui ont transmis un patrimoine, ou un matrimoine, pourrait-on dire, séculaire, voire millénaire. C’était aussi une invitation au voyage et au fait de se rassembler autour d’une table, non seulement pour manger, mais aussi pour cuisiner ensemble. C’est pour cela que je voulais faire ce livre. Merci beaucoup. »

« Nous sommes très contents, merci beaucoup pour ce prix. Nous remercions tous ceux qui ont participé au livre, car nous avons interviewé cent personnes, et je reconnais Frédérick-Ernestine Grasser Hermé , qui a participé au livre. Elle nous avait accueillis chez elle. Cela a été une aventure assez extraordinaire, très longue à mener, et c’est très beau de voir ce travail abouti. »

Frédéric Jaunault explique d’abord que « l’histoire d’un livre, c’est aussi l’histoire des hommes et des rencontres ayant le souhait de rédiger un ouvrage de référence pédagogique qui retrace les techniques du monde entier, pas forcément des recettes, mais des techniques ». La volonté d’un collectif répondait aussi à une somme de compétences complémentaires « Jean-Michel, Jérôme, Luc, et Pierre-Paul » pour former « une belle brochette » d’auteurs, guidés par « pédagogie, passion, partage », les « trois P ».
«Je suis un éditeur très heureux », s’exclame Antoine Viollette, Directeur général des Éditions BPI.. Il rapproche ce livre de La Cuisine de référence, le qualifie de « boîtes à outils », où « un produit, c’est une brique, une technique, c’est un mur, et une fiche technique, c’est une réalisation ». L’ambition est de proposer un outil similaire pour le végétal, couvrant « toutes les dimensions de la cuisine », pas seulement l’approche gastronomique classique, mais aussi « une vision adaptée à la cuisine collective ». Chaque auteur apporte sa part et le projet intègre en plus une « approche vidéo » pour « montrer un geste au plus près », dimension à laquelle « Pierre-Paul a beaucoup apporté ».

« Je suis très intimidé et très honoré par le prix que vous m’avez remis » introduit Cyril Jacquot. « Je voulais d’abord remercier tous les membres de l’Académie, parce que je ne suis personne, inconnu du grand public, et c’est vraiment un honneur que vous me faites. Fromage, de quoi cela parle ? Du fromage, bien sûr, mais aussi des accords mets-boissons autour du fromage. J’ai voulu faire un jeu de mots pour rendre hommage à cette matière protéiforme, qui donne une multitude de fromages : à partir d’une matière unique, le lait, on obtient une infinité de produits. Je voulais également la sublimer à travers les mets et les boissons, au fil des nombreux exemples que je donne dans le livre pour proposer des accords et rendre hommage à cette matière lactée. L’essence même de cet ouvrage, c’est de rendre hommage à tous les acteurs du quotidien, ceux qui œuvrent tous les jours, matin et soir, sans vacances, tout au long de l’année, pour embellir nos tables et sublimer nos produits. C’est ce que j’ai souhaité faire à travers ce livre. Ma maison d’édition m’a soutenu dès le début, les éditions Libel. C’est grâce à eux que ce livre a vu le jour, et j’espère que certains d’entre vous pourront l’avoir entre les mains, y trouver des idées nouvelles pour accorder le fromage avec tant de mets et tant de boissons. »

» Je tenais d’abord à remercier l’Académie pour ce prix, c’est un honneur », déclare l’auteur Stéphane Jacques Addade. Cet ouvrage est un peu un “accident heureux” : l’idée est née autour d’un dîner, avec mon éditeur, qui n’est pas là aujourd’hui, Boris Gilbert, que je remercie. C’est lui qui a su découvrir le talent du photographe Masaki Okumura à mes cotés.. Nous avons vraiment travaillé de concert. Le travail sur ce livre s’est merveilleusement bien passé, ce qui n’est pas toujours le cas dans l’édition, et cela a été une vraie joie. Je suis un peu en dehors des circuits d’où vous venez tous, puisque ma profession est d’être historien de l’art, spécialisé en peinture, mais cela a été un vrai plaisir de travailler sur l’art de la table et de contribuer à perpétuer ces traditions, qui sont un peu en train de se perdre. C’était l’occasion de les remettre à l’honneur, de les expliquer à ceux qui n’ont pas eu la chance de les apprendre, soit parce qu’ils sont trop jeunes, soit parce que cela ne se faisait pas chez eux. À titre personnel, j’ai trouvé très intéressant de rechercher les sources de cet art de la table, de pouvoir les décrire et d’aider à ce qu’il se perpétue grâce à ce livre. Je rajoute que ce n’est pas seulement un livre d’auteur, c’est aussi une œuvre d’art, car photographier l’argenterie, est très complexe et Masaki Okumura l’a fait avec un talent absolument extraordinaire, pour des photos qui ne sont pas retouchées, contrairement à ce qui se pratique beaucoup».
« Je suis honoré de recevoir indirectement ce prix », rajoute ce dernier. « Ce fut un travail, presque magique, dans le sens où, tout s’est bien coordonné, mis en place. Il y avait une scénographie magnifique avec des lumières, des matières qui transparaissent dans le livre, parce qu’au-delà du projet éditorial, il y avait aussi une aventure humaine très riche avec Stéphane et Boris. C’était à la fois un travail exigeant sur le fond et une grande richesse humaine ».

« J’en suis à mon trente-septième livre », alors celui que j’écris actuellement, précise Frédérick-Ernestine Grasser Hermé et pour celui-ci, j’ai terriblement souffert! Ce livre a été difficile à défendre, notamment à cause de son titre. Cela a été un grand bonheur de l’écrire, même si cela a été long : quatre années pour défendre cette magnifique corporation. Vous êtes choqué parce qu’on “suce un bonbon,” interroge-t-elle, « mais quand vous l’avez dans la bouche, que faites-vous, monsieur ? Vous pouvez le faire fondre, le sucer, le lécher, le croquer ! La confiserie : c’est un véritable métier, où le geste du savoir est très important, et qui est en train de se perdre. »

L’une des auteure, Mélanie Frechon était présente pour chercher le prix. «Tout est parti d’une rencontre. J’ai commencé comme stagiaire en diététique chez Johanna Le Pape , parce qu’elle cherchait à travailler l’aspect diététique de ses recettes. Elle avait toute son expertise sur le végétal, et moi sur la pâtisserie saine, la pâtisserie bien-être. Nous nous sommes dit que nous pouvions mettre en commun nos connaissances. Petit à petit, nous avons écrit, chapitre après chapitre, nos expériences communes et nos compétences respectives pour faire notre Révolution pâtissière avec les éditions Flammarion. Nous avons aussi mis en commun notre désir de maternité », sourit-elle, « Johanna était enceinte pendant le livre, et moi juste après »
Propos recueillis par Sandrine Kauffer
crédit photos ©Sandrine Kauffer


