Aujourd’hui, nombre de personnes utilisent le mot « sophistiqué » comme si c’était un compliment… mais elles feraient mieux d’être prudentes, car le mot « sophistiquer » signifie frelater, altérer, falsifier, corrompre, dénaturer !
Frelater ?
Cela signifie « transformer », « altérer » par mélange de corps étrangers. Naguère, cela désignait aussi des actions de transvasement, de clarification et de filtration des vins ; « transvaser, clarifier et filtrer, sont les manipulations du frelatement après avoir mélangé aux substances naturelles des produits artificiels » dit Joseph Favre… qui aurait dû parler de frelatage, plutôt que d’un barbare « frelatement », qui me fait mal au clavier rien que de l’écrire.
Plus anciennement, le mot « sophistiquer » signifiait égarer, tromper par des « sophismes », des raisonnements qui, partant de prémisses vraies, ou considérées comme telles, et obéissant aux règles de la logique, aboutissent à des conclusions inadmissibles.
Aujourd’hui, dans le domaine réglementaire, le mot « sophistiqué » conserve son sens de frelater, et c’est ainsi que le chimiste Armand Gauthier a publié un livre important intitulé De la sophistication des vins, méthodes analytiques et procédés pour reconnaître les fraudes : le pauvre homme aurait été bien étonné si on lui avait dit que certains croient qu’il est bon d’être sophistiqué !
Fermentation
Et comme c’est d’actualité, ajoutons que la distillation des liquides sucrés fermentés sert à séparer la tête, que l’on doit jeter, le corps, que l’on garde, et la queue, que l’on ne conserve pas. Pourquoi ? Parce que la fermentation produit certes de l’éthanol, l’alcool que l’on apprécie dans les vins, les cidres, les eaux-de-vie bien faites, mais aussi un autre composé de la famille des alcools et qui a pour nom « méthanol » : on l’a aussi nommé esprit de bois, et il est toxique, rendant fou et aveugle, le premier signe de l’intoxication étant la contraction des mâchoires. Pour la fin de distillation, elle emporterait de l’eau, et « diluerait » le distillat préalable.
A noter que, si certains qui distillent opèrent « traditionnellement », comme ils l’ont vu faire, c’est une technique bien imprécise qu’ils mettent en oeuvre, et c’est à cette imprécision qu’il faut sans doute attribuer les maux de tête que procurent certaines eaux-de-vie blanches mal préparées (on a laissé passer du méthanol) ! Alors qu’il serait si facile de contrôler la température : au début, tant qu’il y a du méthanol, la température des vapeurs (à ne pas condenser, donc) est d’environ 65 degrés, mais, quand l’éthanol distille, elle augmente jusque 78 degrés environ : là, on garde ! Puis quand la température atteint environ 100 degrés, on peut arrêter, parce que c’est de l’eau qui passe. D’ailleurs, il est souvent bon de distiller plusieurs fois de suite, pour affiner le travail.
Ajout criminel de méthanol
Ajoutons que, dans les affaires récentes d’intoxications de touristes par des alcools mal faits, en Afrique du sud, au Vietnam, au Laos, en Inde, en Turquie, avec des dizaines de morts chaque fois (des dizaines !), ce n’est pas une mauvaise distillation qui doit être incriminée, mais l’ajout délibéré, criminel, de méthanol peu coûteux à l’éthanol, pour des breuvages littéralement empoisonnés.
Méfions-nous de la sophistication !
Hervé This


