Kathia Schillinger, épouse du chef Jean-Yves Schillinger, directrice de salle du restaurant doublement étoilé Michelin JY’S à Colmar, nous a quittés le 26 aout 2025
À 54 ans, elle laisse derrière elle le souvenir d’une femme solaire, courageuse et passionnée, qui a partagé plus de trente années de vie professionnelle avec Jean-Yves. Ensemble, ils avaient conquis New York avant de revenir en Alsace, où ils ont fondé et porté haut le JY’S, devenu une référence gastronomique.
Jean-Yves Schillinger rend hommage à son épouse qu’il appelait son équilibre et « l’âme du restaurant ». Leur fille Camille, ainsi que la brigade du JY’S, poursuivront cet héritage de passion et d’hospitalité qui était le sien.
Les obsèques de Kathia Schillinger ont été célébrées lundi 1er septembre 2025 à 14h30, en l’église Saint-Martin de Colmar.
Hommage à Kathia, signé par Camille et Jean-Yves Schillinger
prononcé lors de ses obsèques
Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre hommage à Kathia.
Femme rayonnante et infiniment bienveillante, Kathia était, pour tous ceux qui l’ont connue, une présence solaire, généreuse, habitée par une humanité rare. Pendant plus de trente ans, elle partagea la vie et les projets de Jean-Yves, formant avec lui un couple indissociable, uni par l’amour autant que par le travail.
La place de l’Ancienne Douane fut le décor de ses souvenirs d’enfance : une époque douce et insouciante, rythmée par les jeux et les glaces chez Lorber. Ironie du destin, sans le savoir, elle croisait déjà celui qui deviendrait son mari. Tandis qu’elle savourait ses cornets glacés, Jean-Yves, lui, passait ses étés tout près, avec son ami Patrick.
À l’adolescence, elle rejoignit Oberentzen, où elle vécut des années heureuses auprès de ses parents, Roland et Madeleine. Ce furent des années pleines de chaleur, de rires, de soirées au Club House, de précieux moments partagés avec ses tantes, oncles, cousins, sa marraine et ses amis.
Plus tard, Kathia choisit de devenir coiffeuse — un métier fait pour elle, tant il permettait d’exprimer ce qui l’animait profondément : le contact humain, l’écoute, la délicatesse du geste. Elle y mettait tout son cœur, déjà reconnue pour sa douceur, son sens du lien et son goût pour la beauté.
Son histoire d’amour avec Jean-Yves débuta d’une manière aussi improbable que charmante. En 1992, alors qu’elle préparait sa maîtrise de coiffure, son modèle la lâcha au dernier moment. Elle s’adressa alors à Jean-Yves — qu’elle connaissait à peine — pour lui demander s’il connaissait quelqu’un, dans son équipe de cuisine ou de salle. Il trouva une solution. Pour le remercier, elle proposa de l’inviter. Mais, comme le savent bien ceux qui connaissent Jean-Yves, c’est finalement lui qui l’invita… Et la suite, vous la connaissez.
Très vite, Kathia décida de quitter la coiffure pour rejoindre Jean-Yves dans le restaurant familial à Colmar. Ensemble, ils s’engagèrent dans une vie intense, faite de passion, de travail et de projets partagés.
Le 27 décembre 1995, un drame bouleversa leur vie : un incendie criminel détruisit le restaurant et emporta le patriarche, Jean. Cette tragédie aurait pu les briser. Mais au contraire, ils trouvèrent en eux la force de se relever. Après plusieurs projets contrariés, ils décidèrent de tout recommencer ailleurs, et partirent à New York, en 1997.
Là-bas, Kathia retrouva son métier de coiffeuse, chez Fekkai, au-dessus de Chanel. Elle y retrouva son art, sa finesse, sa place. Deux ans plus tard, leur fille Camille vint au monde, apportant à ce couple déjà si uni une joie immense et lumineuse.
Pendant que Jean-Yves ouvrait deux restaurants à Manhattan, Destiné et Olica, ils prirent la décision de revenir poser un pied à Colmar.
C’est ainsi qu’en 2002, grâce à l’ouverture d’esprit de Marc Rinaldi, naquit le JY’S — reflet vivant de leur complicité. Exigeante, mais toujours bienveillante, Kathia en fut l’âme. Elle dirigeait avec élégance, avec le sourire, avec une chaleur humaine qui ne la quittait jamais. Le rythme, l’ambiance, la musique, les rires : tout portait sa marque. Le JY’S devint un lieu vivant, moderne, chaleureux — résolument novateur pour l’époque.
Lorsque le restaurant obtint sa première étoile Michelin en 2004, ce fut la reconnaissance d’un travail accompli à deux, dans une harmonie rare. Quelques années plus tard, l’obtention de la deuxième étoile exigea trois années d’un effort intense. Et alors même que ce rêve devenait réalité, la vie prit un nouveau tournant : Kathia apprit qu’elle était atteinte d’un cancer du sein.
Ce fut un choc immense. Mais fidèle à elle-même, Kathia choisit de célébrer malgré tout. Elle fit la fête. Et surtout, elle se battit. Avec courage, avec dignité, sans jamais céder au désespoir.

Un nouveau chapitre s’ouvrit avec le déménagement du JY’S au Champ-de-Mars. Une fois encore, elle y apporta son style, sa chaleur, son élégance discrète. Elle resta, jusqu’au bout, l’âme du lieu, transformant chaque repas en une expérience unique.
Mais Kathia ne se résumait pas à son rôle dans le restaurant. Sa vie personnelle, si intimement liée au travail, était avant tout guidée par l’amour, la famille, le partage. Elle formait avec Jean-Yves une équipe solide et soudée, et Camille fut le centre de leur monde. Lorsqu’elle intégra l’école hôtelière de Lausanne, ce fut une immense fierté.
Mère tendre, attentive, douce mais forte, Kathia parvenait à trouver l’équilibre entre les exigences de son métier et la profondeur de son rôle de maman.
Elle était aussi une amie précieuse. Toujours là pour écouter, soutenir, consoler, ou simplement partager un sourire, un instant, un verre de champagne. Sa bienveillance, sa chaleur et cette capacité rare à faire sentir à chacun qu’il comptait profondément resteront gravées dans nos cœurs.
Il y a un an, un nouveau combat s’est imposé : un cancer du poumon. Et, comme toujours, Kathia s’est battue avec la force d’une lionne. Jusqu’au bout, elle a affronté la maladie avec une dignité admirable, un courage silencieux, une lumière intérieure que rien n’a pu éteindre.
C’est ce souvenir que nous garderons d’elle : celui d’une femme lumineuse, forte, profondément vivante. Une épouse aimante, une mère dévouée, une amie fidèle. Une femme rare, dont la douceur et l’énergie continueront longtemps de vibrer dans nos mémoires.
Que son souvenir reste vivant en chacun de nous.
Et que la lumière qu’elle a semée continue de briller, à travers nos gestes, nos rires, nos souvenirs.
Rédigé par Camille et Jean-Yves Schillinger
Nous présentons nos plus sincères condoléances à Jean-Yves Schillinger, sa fille Camille, sa famille, ainsi qu’à toute l’équipe du JY’S.


