Eddy Vingataramin ouvre La Ville de Paris à Colmar

Quasi confidentielle, encore sans enseigne, La Ville de Paris a ouvert ses portes place Jeanne d’Arc à Colmar. Ce lieu mythique, autrefois occupé par Gilbert Brenner et Gérard Bartolomé, deux figures de la gastronomie locale, retrouve vie après deux ans et demi de travaux dans une bâtisse patrimoniale du XVIIe siècle.

En salle, Philippe Bartholomé, le fils de Gérard, est toujours présent. L’établissement est désormais dirigé par Benjamin Paci, sommelier de formation. En cuisine, le chef Steeve Mergenthaler officie toujours, accompagné de Mathias Lingelser. Il faut sonner pour entrer, comme pour préserver l’intimité du lieu.

l’une des salles du premier étage ©Sandrine Kauffer

Fort de plus de 30 000 m² livrés dans sa carrière de promoteur immobilier, Eddy Vingataramin a considéré les 350 m² de ce restaurant comme son chantier le plus complexe. Entre les normes de sécurité, l’accessibilité et les exigences de l’Architecte des Bâtiments de France, le coût a dépassé les 10 000 euros par mètre carré, soit plus de 4 millions d’euros au total. Il en a fait une rénovation exemplaire. La cuisine y est résolument alsacienne et colmarienne, relevée de touches d’innovation.

Pour le design, Pierre Gonalons, architecte et designer de renommée mondiale, signe l’intégralité du projet dans un style alsacien contemporain, aux tons rouge et vert inspirés du blason de Colmar. Chaque élément – parquet, faïence, mobilier, luminaires, vaisselle – a été conçu sur mesure. Les luminaires en verre de Murano, l’escalier réalisé par un Meilleur Ouvrier de France, les fresques de Daniel Schlier et les marqueteries signées Spindler affirment une identité alsacienne revendiquée. Tout est neuf, mais patiné pour dégager un charme ancien et un cachet authentique.

À midi, les menus du jour sont proposés à 24 €, et à 29 € le soir, avec une carte gastronomique et une grande sélection de vins français, dont 51 grands crus alsaciens. ©Sandrine Kauffer

Déployé sur trois étages, avec des pièces intimes et des stammisch chaleureux, ce lieu de vie est appelé à monter encore en puissance. « Nous attendons encore des fresques murales et d’autres éléments, mais nous avions besoin d’ouvrir et de nous préparer pour les marchés de Noël », confie Eddy Vingataramin, avant d’ajouter : « C’est le bonheur. Si j’avais su que le métier de restaurateur me rendrait si heureux, je l’aurais entrepris bien avant. »

Pour Eddy Vingataramin, il ne s’agit pas d’ouvrir des restaurants, mais de réinvestir des lieux historiques avec une approche à la fois culturelle, économique et sociale : rénover le bâti, relancer l’activité, créer de l’emploi local, conjuguer rentabilité et mémoire.

l’œuf dit parfait, champihgons et espuma à la tomme d’Alsace ©Sandrine Kauffer

À travers ces acquisitions, c’est toute une trajectoire qui se dessine. Celle d’un autodidacte rigoureux, formé au droit, à la gestion et aux finances publiques, passé par l’immobilier et la production cinématographique, et qui aujourd’hui met son savoir-faire au service d’un rêve ancré : rendre hommage à la gastronomie alsacienne, à ses produits, ses artisans et son héritage. Ce projet, qui relie immobilier, rénovation, décoration, cuisine, vin, service et transmission, redonne à la brasserie alsacienne ses lettres de noblesse tout en l’inscrivant dans les enjeux contemporains : écologie, santé, circuits courts, inclusion et formation.

Né aux Caraïbes en août 1976, Eddy Vingataramin incarne, avec son épouse Marie Boehm, une nouvelle génération d’entrepreneurs engagés. Ensemble, ils dirigent plus d’une dizaine de sociétés, du conseil à la promotion immobilière, de l’audiovisuel à l’hébergement touristique. En 2009, ils fondent le Groupe Eddy Vingataramin, basé à Wettolsheim.

Ils ont racheté trois établissements emblématiques : La Ville de Paris à Colmar, La Schtouwa au centre commercial Carrefour-Houssen, et Le Clos Alexi à Wettolsheim. Trois adresses, trois identités, trois chapitres d’un projet global qui conjugue transmission, exigence économique et ancrage territorial au sein du Groupe Schtouwa.

Truite fumée par nos soins, crème au wasabi, pickles ©Sandrine Kauffer

Rencontrer Eddy Vingataramin, c’est découvrir un entrepreneur complet, qui mobilise toute son expertise en immobilier, ses compétences en gestion et en développement d’entreprise, et son engagement dans l’art et le cinéma. Il met cette expérience au service d’une ambition : redonner vie à des lieux de mémoire, faire rayonner la gastronomie alsacienne et valoriser les vins régionaux. Il souhaite notamment proposer une offre inédite : toutes les bouteilles de la carte pourront être ouvertes au Coravin, puis emportées fermées à la fin du repas.

Son parcours est souvent qualifié d’atypique. Né aux Caraïbes, il effectue ses études supérieures en droit et en gestion financière à Toulouse, Clermont-Ferrand et Paris. Il s’installe ensuite en Alsace par amour, après sa rencontre avec Marie Boehm, une Colmarienne exceptionnelle qui partage sa vie depuis plus de vingt ans.

Il débute sa carrière dans la fonction publique, au sein de l’administration fiscale. Au début des années 2010, il se tourne vers l’entrepreneuriat, d’abord dans le conseil en gestion d’actifs et en optimisation financière pour des entrepreneurs locaux, régionaux et nationaux, puis dans la promotion immobilière. Il livre plusieurs centaines de logements, notamment aux Antilles et à Strasbourg.

Saint-Jacques juste snackées, risotto, épinard châtaignes, sauce chorizo ©Sandrine Kauffer

À l’époque du Covid, il opère un virage vers ses passions. Avec son épouse, il fonde la Galerie East à Strasbourg, puis une société de production cinématographique engagée. Ensemble, ils réalisent des films à thème autour de sujets sensibles, comme le handicap chez les adolescents ou les traumatismes de l’enfance.

La restauration, longtemps rêvée, devient alors une réalité. Ils souhaitent développer un groupe de brasseries alsaciennes autour de thématiques qui leur sont chères. À travers ces activités, Eddy Vingataramin et Marie Boehm poursuivent un même objectif : partager du bonheur, valoriser leur savoir-faire et transmettre leurs passions.

Qu’il s’agisse d’art, de cinéma, d’immobilier ou de restauration, ils entendent créer des lieux de qualité, former leurs équipes et faire vivre les territoires. Pour eux, la restauration est le moyen le plus direct et le plus quotidien d’y parvenir.

Par Sandrine Kauffer

crédit photos et vidéos Sandrine Kauffer

RELIRE ET REVOIR

Pluma confite de canard rouge de Castille, curry maison, courge, polenta croustillante, blette ©Sandrine Kauffer