2026 Déjeuner des Disciples d’Antonin Carême des Cuisiniers de France avec remises de médailles

Lundi 13 avril 2026, les Cuisiniers de France, présidés par Christian Leclou, se sont réunis au Pavillon d’Armenonville à Paris pour célébrer l’histoire de la gastronomie à travers ses figures emblématiques. Cette 95e rencontre rendait notamment hommage à Antonin Carême, dont elle porte le nom, ainsi qu’à Léopold Mourier, qui acquit le Pavillon en 1900 pour en faire à la fois un grand restaurant et sa demeure.

Fondateur en 1923 de la Société des Cuisiniers de Paris, à l’origine des Cuisiniers de France, Léopold Mourier incarne cet héritage structurant de la profession.

Au cours de la cérémonie, 25 médailles et un trophée ont été remis, ainsi qu’un chèque en faveur des Apprentis d’Auteuil. Une fois encore, les Cuisiniers de France ont affirmé leurs valeurs de transmission, de tradition et d’engagement social et solidaire, réunis autour d’un déjeuner mettant en exergue la grande tradition culinaire française.

Le film

.A travers son discours d’ouverture, Christian Leclou, s’inscrit dans un moment de rassemblement et de transmission. Il rappelle d’abord le cadre symbolique du Pavillon d’Armenonville, lieu chargé d’histoire lié à Léopold Mourier, figure fondatrice et bienfaiteur de la profession. L’intervention met en lumière l’héritage d’Antonin Carême, présenté comme une référence majeure ayant élevé la cuisine au rang d’art et posé les bases de la gastronomie française moderne. À travers lui, c’est toute une tradition de rigueur, d’excellence et de transmission qui est célébrée. Le discours insiste également sur la continuité malgré les ruptures de l’histoire (guerres, pandémie) soulignant la solidité et la cohésion de la communauté des cuisiniers. Il rend hommage à l’ensemble de la profession, à celles et ceux qui, au quotidien, font vivre et évoluer ce métier. Enfin, cette prise de parole sert de transition vers deux temps forts : la remise des médailles, destinée à honorer les acteurs de la transmission, de la tradition et de l’accompagnement, puis le déjeuner, moment de convivialité venant prolonger cet esprit de partage.

Entretien Christian Leclou

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À la tête des Cuisiniers de France, Christian Leclou dresse le bilan d’une année 2025 marquée par un retour à l’équilibre et une dynamique retrouvée. « L’association a trouvé une stabilité avec les nouvelles élections. Nous comptons aujourd’hui une centaine d’adhérents supplémentaires, et j’en suis très satisfait », confie-t-il, soulignant une progression qui s’inscrit dans un climat apaisé et constructif. Cette relance s’accompagne d’une vision résolument tournée vers l’avenir. Pour 2026, les projets se structurent autour de la transmission, pilier essentiel de l’engagement de l’association. « L’une de mes priorités est de mettre en place un mécénat avec une école hôtelière, en l’occurrence Ferrandi Paris, pour accompagner les jeunes. J’espère pouvoir aller au bout de ce projet et, à terme, l’étendre en région », précise le président, déterminé à inscrire son action dans la durée. Car au-delà de Paris, Cuisiniers de France entendent affirmer un ancrage territorial plus large. « Historiquement, nous étions très parisiens. Aujourd’hui, je veux développer les régions, nous faire connaître et valoriser les talents de l’Alsace à la Bretagne, jusqu’au sud », insiste-t-il. Une volonté qui se traduit déjà dans la ligne éditoriale de la revue de l’association, ouverte à une diversité de maisons et de parcours.

Cette ambition se conjugue avec un engagement philanthropique affirmé. « Nous avons un rôle à jouer auprès des jeunes, notamment à travers des bourses ou des actions concrètes », rappelle Christian Leclou, évoquant notamment le soutien apporté aux Apprentis d’Auteuil, en lien avec les formations aux métiers de la cuisine et de l’hôtellerie. Entre transmission, ouverture et fidélité à ses racines, les Cuisiniers de France poursuivent ainsi leur évolution, portés par une ambition claire : rassembler, soutenir et faire rayonner toute une profession.

Entretien de Fabrice Brossard

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7 ans au service de l’association

Pour Fabrice Brossard, le 95e déjeuner des Disciples d’Antonin Carême revêt une dimension toute particulière car il marque en effet le dernier qu’il supervise en tant que directeur des Cuisiniers de France. Une étape chargée d’émotion, mêlant fierté, gratitude et attachement à une institution qu’il a accompagnée pendant sept années. Face à près de cinquante tables réunissant professionnels, partenaires et adhérents, il évoque un moment à la fois solennel et profondément humain. L’émotion est palpable, mais elle laisse aussi place à la joie des retrouvailles, au plaisir de partager et à l’énergie collective qui anime ces rassemblements. À ses côtés, le président Christian Leclou et les administrateurs incarnent cette continuité, fidèle aux valeurs de l’association. Au fil de ces années, Fabrice Brossard retient avant tout la richesse des rencontres, la bienveillance, la complicité et le sens des responsabilités. Une expérience marquée par l’engagement quotidien, mais aussi par une conviction simple : se lever chaque matin avec le plaisir de servir une profession. Il rappelle également ce qui fait la singularité des Cuisiniers de France : une histoire de plus de deux siècles, un héritage unique, une bibliothèque riche de milliers d’ouvrages, et surtout une capacité à traverser les époques sans renier ses fondements. Née comme société de secours et de solidarité, l’association conserve aujourd’hui encore une dimension sociale forte, à travers ses actions, son foyer d’accueil pour jeunes professionnels ou encore ses initiatives en faveur de la profession. En guise de conclusion, Fabrice Brossard ne parle pas de fin, mais de continuité. S’il quitte ses fonctions, il affirme rester proche de l’association. Un départ empreint d’émotion, mais aussi d’une fidélité intacte à ce qui constitue, depuis toujours, l’essence des Cuisiniers de France : le partage, la transmission et la solidarité.

Léopold Mourier fondateur et Président de la Société des cuisiniers de Paris

Figure singulière de la Belle Époque, Léopold Mourier incarne à lui seul une certaine idée de la gastronomie française, à la croisée de la création, de l’entrepreneuriat et de l’engagement. Né dans une auberge de la Drôme et formé très jeune aux exigences du métier, il s’impose à Paris comme l’un de ces chefs-restaurateurs capables de faire d’une table un lieu d’influence. À la tête d’établissements majeurs, du restaurant Foyot au Café de Paris, puis du Pavillon d’Armenonville, où il installe également sa demeure, il donne à la réception gastronomique ses lettres de noblesse, orchestrant banquets officiels et dîners d’apparat jusque dans les sphères de l’État. Mais au-delà de l’éclat des salons et du faste des tables, Mourier laisse une empreinte plus profonde encore. C’est par son action en faveur de la profession qu’il marque durablement son époque. Président de la Société des cuisiniers de Paris, il structure, protège et accompagne ceux qui, dans l’ombre des cuisines, consacrent leur vie à leur art. Maison des Cuisiniers, fonds de secours, soins dédiés, maison de retraite : autant d’initiatives qui traduisent une vision sociale rare dans ce milieu. À sa disparition, en 1923, au sein même de ce Pavillon d’Armenonville qui fut le théâtre de son ascension, il lègue l’ensemble de sa fortune à la profession, scellant ainsi un lien indéfectible avec ceux qu’il n’aura cessé de défendre.

Les Cuisiniers de France s’inscrivent dans l’héritage direct de la Société des Cuisiniers de Paris, dont ils prolongent l’esprit, en élargissant à l’échelle nationale une tradition fondée sur la transmission, la solidarité et la reconnaissance du métier. C’est cette mémoire, à la fois intime et collective, que prolongent aujourd’hui les Cuisiniers de France en se réunissant en ces lieux. Plus qu’un décor, Armenonville demeure un point d’ancrage, un héritage vivant, où se lit encore, en filigrane, la volonté d’un homme d’élever la cuisine non seulement au rang d’art, mais aussi à celui d’une communauté solidaire et respectée.

Un lieu symbolique, le Pavillon d’Armenonville

D’abord pavillon de chasse au XVIIIe siècle, édifié pour le comte d’Armenonville, proche de la cour de Louis XIV, le Pavillon d’Armenonville s’inscrit dès l’origine dans une tradition d’élégance et de retrait. Reconstruit sous le Second Empire, vers 1858, par l’architecte Gabriel Davioud à la demande de Napoléon III, il devient un lieu de promenade et de restauration prisé au cœur du Bois de Boulogne. C’est toutefois en 1900 que le lieu entre véritablement dans l’histoire gastronomique, lorsque Léopold Mourier en fait l’acquisition. Il y installe sa résidence et transforme le pavillon en un haut lieu de la vie mondaine parisienne, orchestrant réceptions et banquets jusque dans les cercles du pouvoir. À sa disparition, le 17 mars 1923, survenue en ces murs, le lieu conserve cette empreinte, avant de connaître une nouvelle étape de son évolution. En 1960, le Pavillon d’Armenonville est repris par la maison Potel et Chabot, qui en fait un espace dédié aux grandes réceptions et aux événements d’envergure, prolongeant ainsi sa vocation d’accueil et de célébration. Aujourd’hui encore, le lieu, exploité par des acteurs majeurs de l’événementiel, demeure fidèle à cette histoire, entre mémoire et usage contemporain, comme un trait d’union entre les siècles et les usages de la gastronomie française.

Enfin, au terme de ce déjeuner placé sous le signe de la transmission et de l’excellence, un geste vient rappeler que la gastronomie ne se limite pas à l’art de la table. Comme toujours, les Cuisiniers de France affirment leur engagement par une action concrète, en remettant un chèque à la fondation Apprentis d’Auteuil. Fondée en 1866 par l’abbé Louis Roussel, cette institution œuvre depuis plus d’un siècle et demi auprès des jeunes en difficulté et des familles fragilisées, défendant des valeurs de solidarité, d’éducation et d’insertion. À travers ce soutien, c’est toute une profession qui réaffirme son attachement à ces principes, fidèle à une tradition où générosité et responsabilité accompagnent naturellement l’exigence du métier.

Une médaille particulière a été remis à Jacques Barnachon, chef de Cuisine propriétaire de L’Étang du Moulin à Bonnetage, 1* Michelin, mais aussi administrateur des Cuisiniers de France, fait Chevalier de l’ordre du Mérite agricole par Guillaume Gomez.

Le film Jacques Barnachon

Distinctions honorifiques

Chevalier de l’ordre du Mérite agricole
Remise par Monsieur Guillaume Gomez
à Monsieur Jacques Barnachon – Chef de Cuisine propriétaire
L’Étang du Moulin à Bonnetage – 1* Michelin

Grandes médailles d’or des Cuisiniers de France

Remises par Monsieur Christian Leclou
Président des Cuisiniers de France
Laurent GONDRY, administrateur des Cuisiniers de France
Eric VANDEVELDE, président de l’Académie Nationale de Cuisine

Jean-Francois GIRARDIN ancien président de la Société d’Un des Meilleurs Ouvriers de France

« Médailles d’or des Cuisiniers de France »

Béatriz Gonzalez, cheffe Neva Cuisine et Coretta Paris

Didier CHENET, fondateur du G.N.I et du G.H.R.
Emmanuel DIALO, chef de cuisine Cercle Vert Prestige
Michel FOURNIER, chef de cuisine – Mexico
Dominique FRERARD, chef de cuisine
Jean-Marie MERLY, chef de cuisine
Nicolas QUERUEL, chef boulanger La Grande Épicerie – Paris
Emmanuel RENAUT, MOF 2004, chef propriétaire, 3* Michelin – Megève
Yves ROQUEL, directeur des cuisines, Ambassade des Etats Unis – Paris
Nicolas STAMM-CORBY, La Fourchette des Ducs, 2* Michelin – Obernai

Médailles d’argent des Cuisiniers de France

Alexandre AGUR, directeur Cedral
Lydia AMGHAR, Groupe M. Charraire
Augustin de BEAUREPAIRE, directeur Grand Chemin Traiteur
Julien CHAUDIN, professeur de cuisine, Médéric – Paris
Denis COSTIS, Groupe Butard Enesco
Gérard DELAUNAY, chef de cuisine Consultant
Stéphane DUCHIRON, chef de cuisine
Jean-Pierre DUCROT, chef de cuisine Potel et Chabot
Franck FLOQUET, directeur technique Groupe OB
Pascal JOURNAULT, directeur des cuisines, Brasserie LIPP – Paris

Joanna de NOBLET d’ANGLURE, professeure de Cuisine
Julien ROBY, chef de cuisine La Lorraine – Paris

Trophée Barus Sylvestre 2026

Alain BARITEAU
Directeur de Cuisine, retraité
Ancien administrateur

Entretien Guillaume Gomez

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Pour Guillaume Gomez, ce déjeuner des Disciples d’Antonin Carême s’impose désormais comme un rendez-vous annuel majeur pour la gastronomie française, bien au-delà du seul cadre de la restauration. Organisé au Pavillon d’Armenonville, ce moment rassemble professionnels, partenaires et figures du secteur autour d’un même socle de valeurs.

Au cœur de cet événement, la remise de distinctions occupe une place centrale. Aux côtés des médailles de l’association des Cuisiniers de France, certaines décorations officielles viennent souligner des parcours d’engagement exemplaires. Guillaume Gomez a ainsi été chargé de remettre à Jacques Barnachon les insignes de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole, saluant un parcours marqué par un fort investissement associatif, notamment au sein des Cuisiniers de France et d’autres institutions professionnelles.

Ce lieu, chargé d’histoire, renvoie directement à la figure de Léopold Mourier, ancien propriétaire des lieux et bienfaiteur des Cuisiniers de France. À sa disparition, il lègue ses biens à l’association, permettant le développement d’actions essentielles, notamment dans les domaines du mécénat, du social et de l’accompagnement des professionnels. Cet héritage structure encore aujourd’hui l’engagement, qui a su évoluer tout en conservant ses fondements.

Anciennement Société des cuisiniers, l’organisation trouve son origine dans une mission de solidarité : venir en aide aux chefs, notamment ceux fragilisés par les aléas de la vie ou de la guerre. Elle a également longtemps joué un rôle clé dans le placement professionnel, facilitant l’accès à l’emploi au sein des brigades parisiennes. Si ces fonctions ont évolué avec le temps, l’esprit d’entraide demeure intact. Aujourd’hui, les Cuisiniers de France poursuivent cet engagement à travers des actions concrètes, notamment caritatives.  Guillaume Gomez, ancien chef des cuisines de l’Élysée et ambassadeur de la gastronomie, souligne l’importance de ces rassemblements : des moments où la profession se retrouve, partage, et affirme collectivement les valeurs qui la fondent. Transmission, solidarité, responsabilité sociétale et engagement pour une alimentation plus durable constituent désormais les axes majeurs de cette dynamique, fidèle à l’ADN de la gastronomie française.

Entretien Bruno de Monte

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Les Cuisinier de France en soutien pédagogique au lycée Médéric 

Pour Bruno de Monte, directeur général de Lycée Médéric, la présence au 95e déjeuner des Disciples d’Antonin Carême s’inscrit dans une continuité naturelle entre formation et profession. L’établissement qu’il dirige depuis trois ans est directement associé à cet événement, notamment à travers la participation de ses apprentis, mobilisés pour accompagner le service et vivre cette immersion au cœur d’un moment emblématique de la gastronomie française.

Il souligne d’abord le rôle structurant des Cuisiniers de France, qu’il décrit comme une institution historique, parmi les plus anciennes fédérations liées au secteur de la restauration. Au-delà de cette dimension patrimoniale, il insiste sur leur engagement philanthropique, profondément ancré depuis leur création, et aujourd’hui réaffirmé par une nouvelle gouvernance attachée à soutenir la profession et ses salariés. Les liens entre Médéric et les Cuisiniers de France sont concrets et réguliers. L’association accompagne les jeunes dans de nombreux projets pédagogiques, leur permettant d’accéder à des expériences qu’ils n’auraient pas pu vivre seuls. Bruno de Monte évoque notamment la participation de 72 élèves à la cérémonie du Guide Michelin à Monaco, où ils ont contribué au cocktail officiel, une expérience marquante rendue possible grâce à ce partenariat. D’autres initiatives, comme des sorties culturelles autour du théâtre en lien avec l’univers de la restauration, participent également à enrichir leur parcours.

Au cœur du projet pédagogique de Médéric, il y a une conviction : celle de l’émulation. L’exposition à des parcours d’excellence, à des chefs engagés et à des figures inspirantes constitue un levier essentiel de motivation pour les jeunes. Participer à des événements comme ce déjeuner leur permet d’approcher concrètement les réalités du métier, d’échanger avec des professionnels et de se projeter dans leur avenir.

Enfin, Bruno de Monte évoque un moment charnière pour l’école, qui célèbre ses 90 ans. Fondée en 1936 par la profession, Médéric amorce aujourd’hui une nouvelle phase de son développement, avec un ambitieux projet de réhabilitation et d’évolution sur les trois prochaines années. Dans cette dynamique, il exprime le souhait de voir les Cuisiniers de France poursuivre leur engagement aux côtés de l’établissement, afin de continuer à servir la formation et l’excellence des métiers de l’hôtellerie-restauration.

Entretien Emmanuel Renaut

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« Nous sommes des ouvriers »

Pour Emmanuel Renaut, chef triplement étoilé au Flocons de Sel, l’engagement associatif s’inscrit avant tout dans une logique de transmission et de collectif. Plus qu’un rôle actif au sein de la structure, il revendique une implication quotidienne à travers son métier : former les jeunes, partager les savoirs et faire vivre l’esprit d’une cuisine française héritée des générations précédentes.

Issu du compagnonnage, il place la transmission au cœur de son parcours. Pour lui, la philosophie est claire : partager, transmettre, perpétuer. L’association rend hommage à des figures fondatrices comme Antonin Carême et Léopold Mourier, incarnations d’une tradition qu’il juge essentielle de préserver, même dans une cuisine en constante évolution. Car si la gastronomie contemporaine tend vers plus de simplicité, d’émotion et moins de démonstration technique, Emmanuel Renaut insiste sur la nécessité de ne pas oublier les fondamentaux. La cuisine évolue rapidement, mais elle reste un métier de gestes, de répétition et d’humilité. « Nous sommes des ouvriers », rappelle-t-il, revendiquant un ancrage concret dans le travail quotidien.

Présent en cuisine à chaque service, il cultive un lien direct avec ses équipes et avec le produit. Cette proximité est essentielle à ses yeux, tout comme le respect des producteurs. Il considère les cuisiniers comme les relais de leur travail, dans un contexte où le monde agricole traverse des périodes difficiles. Valoriser les produits, soutenir les filières et défendre une gastronomie éloignée de l’agro-industrie font partie intégrante de son engagement. Sa cuisine se construit ainsi dans une adaptation permanente : aux saisons, à la météo, aux aléas. Elle repose sur la réactivité, la résilience et une forme d’humilité face au produit, avec pour objectif ultime de procurer du plaisir au client.

À l’occasion de la remise de la médaille des Cuisiniers de France, Emmanuel Renaut évoque surtout l’énergie collective de ces rassemblements. Il y trouve une effervescence, des échanges, des retrouvailles. Plus qu’une distinction, ces moments sont pour lui l’occasion de nourrir les liens, de partager des expériences et de célébrer un métier qu’il décrit avant tout comme profondément humain.

Entretien Nicolas Stamm-Corby

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« Le métier de cuisinier : un véritable ascenseur social »

Pour Nicolas Stamm-Corby, la remise de la médaille d’or des Cuisiniers de France constitue une reconnaissance majeure, d’autant plus précieuse qu’elle émane de ses pairs. Au-delà de la distinction, c’est l’engagement et les valeurs portées par l’association qui donnent à cet honneur toute sa portée. Formé à Colmar auprès de Jean Schillinger et Jean-Yves Schillinger, il revendique une filiation directe avec ceux qu’il considère comme ses maîtres. Cette transmission, fondatrice dans son parcours, reste aujourd’hui au cœur de son identité professionnelle.

Il voit dans cette distinction une illustration forte de ce que représente le métier de cuisinier : un véritable ascenseur social. À ses yeux, la cuisine permet à chacun, par le travail, l’engagement et une part de passion presque instinctive, de s’élever et de s’épanouir. Cette médaille vient ainsi saluer non seulement un parcours, mais aussi une vision : celle d’un métier profondément ancré dans la transmission, l’exigence et le partage. Des valeurs que les Cuisiniers de France continuent de défendre et de faire rayonner, en rappelant que la gastronomie reste avant tout une aventure humaine et collective.

Le menu

Inspiré par l’univers de Monsieur Jean-Luc Mothu et de son équipe du Groupe Butard Enesco, ce menu déroule une partition élégante, entre héritage et précision contemporaine. Le homard, annoncé « absolument Bellevue », ouvre le bal comme un hommage maîtrisé aux grandes heures de la cuisine de réception, revisité avec justesse.

La barbue, traitée au naturel, s’entoure de morilles, d’asperges et de cerfeuil dans une composition toute en délicatesse végétale. Vient ensuite le Roquefort, adouci par la poire confite, relevé d’un vinaigre de miel et d’un coulis de roquette, jouant sur les contrastes avec équilibre.

Le chocolat, cru d’Équateur, conclut avec profondeur, mêlant le froid du glacé, le croquant du sablé et l’intensité du grué. Les accords prolongent cette lecture subtile, du Champagne Pannier Brut Sélection aux expressions bourguignonnes du Rully « La Folie » 2023 du domaine Claudie Jobard et du Savigny-lès-Beaune 2023 du domaine Arnoux Père et Fils, pour un ensemble cohérent, précis et résolument tourné vers le goût juste.

Plus qu’un décor, Armenonville demeure un symbole vivant. Un lieu où se lit encore la volonté d’élever la cuisine au rang d’art, mais aussi de communauté solidaire et respectée.

Par Sandrine Kauffer-Binz

Crédit photos et vidéos ©Sandrine Kauffer-Binz

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