À l’occasion de sa présidence du concours Cuisinons pour Demain 2026, Régis Marcon revient, dans un entretien, sur la valeur des concours et la plus-value qu’ils représentent, tant dans le parcours d’un jeune cuisinier en formation que dans celui d’un professionnel confirmé.
À Saint-Bonnet-le-Froid, Régis Marcon incarne depuis plusieurs décennies une forme d’excellence profondément ancrée dans son territoire. À la tête d’un restaurant triplement étoilé au guide Michelin, il développe une cuisine inspirée par la nature environnante, les produits de cueillette, les champignons et les saisons, dans une approche à la fois précise et sincère. Cette maison, construite dans la durée, s’inscrit aujourd’hui dans une continuité familiale : Jacques Marcon y œuvre à ses côtés, tandis que Paul Marcon a récemment inscrit le nom familial dans l’histoire du Bocuse d’Or en remportant l’édition 2025, trente ans après la victoire de son père en 1995. Cette trajectoire, à la fois individuelle et collective, confère une résonance particulière aux propos du chef lorsqu’il évoque le rôle déterminant des concours dans son parcours.
Car l’itinéraire de Régis Marcon ne s’inscrit pas dans le schéma classique d’une formation auprès de grandes maisons ou d’un apprentissage académique structuré. Issu d’un environnement rural, il se forme avant tout par l’expérience, par le travail quotidien et par une implication progressive dans les compétitions culinaires. Les concours ont constitué pour lui un véritable levier de construction, lui permettant de structurer sa pratique, d’affirmer son identité et de se faire reconnaître au sein de la profession. Ils ont également joué un rôle décisif dans sa visibilité auprès des guides, des jurys et des médias, contribuant à ouvrir des perspectives qu’un parcours plus conventionnel n’aurait peut-être pas offertes avec la même intensité.

Les concours, une école de formation
Dans cette trajectoire, les concours apparaissent comme un espace d’apprentissage particulièrement exigeant. Ils imposent une discipline de travail rigoureuse, une capacité à conceptualiser un plat, à le tester, à l’ajuster, puis à le répéter jusqu’à atteindre un niveau de précision optimal. Cette répétition, loin d’être mécanique, construit une méthode, affine le regard et développe une compréhension approfondie du geste culinaire. Le concours devient alors une forme d’école parallèle, dans laquelle la technique s’acquiert autant par l’effort que par l’analyse, et où chaque étape contribue à structurer une pensée professionnelle.
Les concours, une école d’humilité
Cette exigence s’accompagne d’une confrontation directe au réel. Le concours expose, sans filtre, le niveau de chacun. Il révèle les écarts, met en lumière les imperfections et impose une lecture immédiate du travail présenté. Cette exposition constitue une expérience fondatrice, car elle invite à adopter une posture d’humilité. Elle engage à reconnaître ses limites, à accepter la critique et à inscrire sa progression dans le temps long. Dans le parcours de Régis Marcon, cette dimension apparaît centrale : les concours ont permis de transformer le doute et l’échec en outils d’apprentissage, en leviers d’amélioration continue.
Les concours, le dépassement de soi
Au-delà de la technique et de l’humilité, les concours engagent une dynamique de dépassement personnel. Ils exigent une préparation intense, une gestion fine du temps et une capacité à maintenir un haut niveau de concentration dans des conditions de pression élevées. Cette expérience développe une endurance, une capacité à tenir une ligne, à aller au bout d’une intention culinaire sans céder aux approximations. Elle forge un rapport au travail qui dépasse le cadre du métier pour rejoindre une forme d’exigence personnelle. Cette logique se retrouve d’ailleurs dans l’ensemble des parcours professionnels : qu’il s’agisse d’examens, d’entretiens ou de prises de responsabilité, chaque étape implique un engagement similaire, fondé sur l’effort et la progression.

La transmission, prolongement de l’engagement
Avec le temps, cette expérience se prolonge naturellement dans la transmission. Régis Marcon s’est impliqué durablement dans l’univers des concours, en participant à leur organisation, en siégeant dans des jurys et en accompagnant de nouveaux candidats. Cette implication traduit une volonté de partager une expérience acquise au fil des années, mais aussi de préserver l’exigence et les valeurs qui fondent ces compétitions. Elle trouve un écho particulier dans le parcours de Paul Marcon, dont la progression à travers différentes épreuves jusqu’au Bocuse d’Or 2025 illustre la capacité des concours à structurer une trajectoire professionnelle et à accompagner une évolution sur le long terme.
Une philosophie du travail et de l’apprentissage
L’exemple de Régis Marcon éclaire ainsi une réalité plus large, qui dépasse le cadre de la gastronomie. Les concours ne constituent pas une finalité, mais un outil de progression, un cadre exigeant qui permet de structurer un parcours et d’approfondir une pratique. Ils s’inscrivent dans une dynamique d’apprentissage continu, en complément des formations initiales, et participent à la construction d’une identité professionnelle fondée sur la rigueur, l’humilité et la capacité à se remettre en question.
À Saint-Bonnet-le-Froid, cette philosophie prend une forme concrète, incarnée dans une maison où se conjuguent transmission, exigence et ancrage territorial. Elle rappelle que la réussite ne repose pas uniquement sur un parcours académique ou sur une reconnaissance ponctuelle, mais sur une volonté constante d’apprendre, de se confronter et de progresser. Dans cette perspective, les concours apparaissent comme des étapes structurantes, capables d’accompagner une trajectoire et de donner forme à une ambition durable.
Par Sandrine Kauffer-Binz
RELIRE
Hector Hay-Feuildet et Amaury Poirier remportent Cuisinons pour demain 2026 présidé par Régis Marcon



