Mardi 10 mars 2026, comme chaque année, quelques jours avant l’annonce officielle du palmarès, le guide rouge dévoile la liste des maisons qui perdent une ou plusieurs étoiles. Derrière l’apparente mécanique de la sélection, ces déclassements rappellent que les distinctions Michelin ne sont jamais acquises et qu’elles s’inscrivent dans un mouvement permanent d’évaluation.
Ces annonces rappellent aussi la réalité humaine de la gastronomie. Derrière une étoile qui disparaît, il y a des brigades, des chefs, des équipes entières engagées au quotidien. La brutalité de ces annonces peut être difficile à vivre pour celles et ceux qui consacrent leur énergie à faire vivre leurs maisons. Ce n’est pas à nous d’en juger les décisions, mais nous pensons aux femmes et aux hommes concernés et leur apportons tout notre soutien.
Pour l’édition 2026, la maison fondée par Bernard Pacaud, monument de la gastronomie française, passe de trois à deux étoiles. En cuisine, Shintaro Awa poursuit désormais l’histoire de cette table emblématique, dans une période de transition après plusieurs décennies d’excellence.
De trois à deux étoiles
Un seul restaurant est concerné par cette rétrogradation :
L’Ambroisie – Paris
De deux à une étoile
Trois restaurants passent quant à eux de deux à une étoile.
Au Suquet à Laguiole, dans l’Aveyron, établissement emblématique associé au nom de Michel Bras et aujourd’hui dirigé par Sébastien Bras, la décision résonne d’une manière particulière lorsque l’on se souvient que le chef avait lui-même demandé en 2017 à sortir du Guide Michelin afin de se libérer de la pression liée aux inspections.
En Savoie, Le Chabichou à Courchevel, aujourd’hui dirigé par Stéphane Buron, voit également une étoile se décrocher. La maison fondée par Michel Rochedy, disparu en août 2023, portait deux étoiles depuis 1984, la première ayant été obtenue en 1979. Depuis plusieurs années, le chef travaillait à faire progresser la table vers une troisième étoile. Trois ans après la disparition du fondateur, la maison voit passer un nuage sombre dans son ciel étoilé. c
Autre institution touchée : Le Relais de la Poste à Magescq, dans les Landes. Le chef Jean Coussau était fier d’y porter deux étoiles depuis 1971, ce qui en faisait l’un des plus anciens deux-étoiles de France. Le départ, en juin 2025, de Clémentine Coussau, sa nièce, qui avait joué un rôle important en cuisine pendant près de onze ans, a peut-être pesé dans l’équilibre de l’établissement.
Ils perdent leur unique étoile
La liste la plus fournie concerne cependant les restaurants qui perdent leur unique étoile. Au total, 17 sortent du palmarès étoilé en 2026 à travers la France.
Ces retraits interviennent souvent dans des contextes de transition : changement de chef, évolution de concept, transformation d’établissement ou simple réévaluation par les inspecteurs du guide.
À La Mirande à Avignon, la perte de l’étoile intervient après le départ du chef Florent Pietravalle en octobre 2025. Celui-ci avait obtenu l’étoile pour la maison en 2019. La cuisine est désormais confiée au chef Michele Donvito,.
Au Domaine Riberach à Bélesta, la table gastronomique La Coopérative a également changé de direction culinaire. Après le passage du chef Julien Montassié, la cuisine est désormais menée par Dennys Teixeira, marquant une nouvelle étape dans l’identité gastronomique de cette adresse du Roussillon.
À La Mère Germaine à Châteauneuf-du-Pape, la maison a connu une période d’instabilité en cuisine. Le chef Adrien Soro avait été recruté en 2024, avant qu’un nouveau changement de chef n’intervienne en 2025, entraînant une phase de transition pour la table.
Aux Deux Alpes, Le P’tit Polyte a lui aussi changé de direction culinaire. Le restaurant était auparavant mené par le chef Tanguy Rattier ; la cuisine est désormais confiée à Guillaume Barengo, marquant une évolution dans la signature gastronomique de la maison.
À Lille, La Table de l’Hôtel Clarance perd son étoile après le départ du chef Alexandre Miquel en 2025. L’établissement a depuis annoncé une refonte de son offre gastronomique.
À Lyon, la situation des Terrasses de Lyon, restaurant de la Villa Florentine, intervient dans un contexte de transformation de l’hôtel, vendu en octobre 2025 à un nouveau groupe hôtelier. Dans ce type d’établissement, les changements d’actionnaires s’accompagnent souvent d’une réorganisation de la restauration.
En Alsace : évolution à l’Auberge Au Bœuf
Dans le Bas-Rhin, l’Auberge Au Bœuf à Sessenheim, institution alsacienne fondée au XVIIIᵉ siècle et étoilée depuis 2015 sous la direction du chef Yannick Germain, traverse également une phase d’évolution. En septembre 2025, le chef a ouvert le capital de l’entreprise à l’entrepreneur alsacien Christian Rothacker, dirigeant du Groupe SH (Simba Holding) et investisseur dans plusieurs sociétés régionales. Cette arrivée marque une vente partielle de l’entreprise et l’ouverture d’une nouvelle organisation économique pour la maison.
Chaque année, certains établissements quittent ainsi le palmarès tandis que d’autres y entrent, dessinant une cartographie gastronomique en constante évolution. Il reste désormais à découvrir les nouvelles étoiles qui viendront compenser ces disparitions lors de la cérémonie du Guide Michelin 2026 à Monaco, le lundi 16mars 2026, moment attendu, où s’écrivent, une fois encore, les nouveaux équilibres de la haute cuisine française.
Par Sandrine Kauffer-Binz
Déclassements annoncés -Guide Michelin France 2026
De trois étoiles à deux étoiles
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L’Ambroisie – Paris – Île-de-France
De deux étoiles à une étoile
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Le Suquet – Laguiole – Occitanie (Aveyron)
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Le Chabichou – Courchevel – Auvergne-Rhône-Alpes (Savoie)
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Le Relais de la Poste – Magescq – Nouvelle-Aquitaine (Landes)
D’une étoile à zéro étoile
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L’Auberge de l’Abbaye – Ambronay – Auvergne-Rhône-Alpes (Ain)
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Le Figuier de Saint-Esprit – Antibes – Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-Maritimes)
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La Mirande – Avignon – Provence-Alpes-Côte d’Azur (Vaucluse)
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La Coopérative – Domaine Riberach – Bélesta – Occitanie (Pyrénées-Orientales)
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La Mère Germaine – Châteauneuf-du-Pape – Provence-Alpes-Côte d’Azur (Vaucluse)
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Le P’tit Polyte – Les Deux Alpes – Auvergne-Rhône-Alpes (Isère)
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L’Hysope – La Jarrie – Nouvelle-Aquitaine (Charente-Maritime)
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Le Pont de l’Ouysse – Lacave – Occitanie (Lot)
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La Table – Hôtel Clarance – Lille – Hauts-de-France (Nord)
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Les Terrasses de Lyon – Lyon – Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône)
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L’Auberge de la Tour – Marcolès – Auvergne-Rhône-Alpes (Cantal)
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Le Village Tomohiro – Marly-le-Roi. – Île-de-France (Yvelines)
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Le Lièvre Gourmand – Orléans – Centre-Val de Loire (Loiret)
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Helen – Paris – Île-de-France
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Ô Saveurs – Rouffiac-Tolosan – Occitanie (Haute-Garonne)
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Au 14 Février – Saint-Valentin – Centre-Val de Loire (Indre)
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Auberge Au Bœuf – Sessenheim – Grand Est (Bas-Rhin)


