Andrée Zana Murat, le pari d’un livre de recettes de cuisine sans images

À l’heure où la cuisine se regarde autant qu’elle se mange, Andrée Zana Murat fait le choix inverse. Pas d’images, pas de mise en scène, aucun dressage imposé. Son Livre de cuisine, publié aux éditions Albin Michel et réédité en 2026, poursuit un parti pris resté inchangé depuis plus de vingt ans : revenir au geste, au produit, à l’essentiel.

Dans un paysage saturé de contenus visuels, où les recettes sont souvent pensées pour être photographiées avant d’être goûtées, cet ouvrage s’inscrit à contre-courant. Il ne cherche pas à séduire par l’image, mais à accompagner. À transmettre.

Avec 1 500 recettes réunies sur 768 pages, le livre s’apparente à une véritable somme. Une cuisine du quotidien, accessible, mais jamais simplifiée. Du répertoire classique aux influences méditerranéennes, l’ensemble compose un corpus dense, conçu pour durer. Ici, pas de modèle figé : chaque recette invite à l’interprétation.

Ce refus de l’image n’est pas une absence, mais un déplacement. Privé de repère visuel, le cuisinier se reconnecte à ses sens. Le toucher d’une pâte, les effluves d’une cuisson, l’équilibre d’un assaisonnement. La vue elle-même change de rôle : elle ne reproduit plus, elle imagine.

Ce positionnement prend aujourd’hui une résonance particulière. À l’heure du « food porn » et des recettes calibrées pour les réseaux sociaux, Andrée Zana Murat propose une autre temporalité. Une cuisine moins spectaculaire, mais plus intime. Plus libre aussi.

Son parcours éclaire cette approche. Passée par l’enseignement, le journalisme et le théâtre, elle a dirigé pendant près de vingt ans le restaurant du Café Guitry, au sein des théâtres des Mathurins et Édouard VII. Une trajectoire singulière, où la transmission occupe une place centrale.

Ses ouvrages précédents, dont Ce soir on dîne à la maison ou La Cuisine juive tunisienne de mère en fille, ont déjà installé cette écriture culinaire accessible et vivante. Ce nouveau volume en prolonge l’esprit, tout en l’actualisant, avec une attention accrue portée au végétal et aux équilibres contemporains.

Plus qu’un livre, c’est un compagnon de cuisine. Un objet que l’on garde, que l’on annote, que l’on transmet. À l’image des grands ouvrages d’autrefois.

Dans une époque dominée par l’image, Andrée Zana Murat rappelle que la cuisine commence ailleurs – dans la main, dans le goût, dans la mémoire.