Au cœur des montagnes vosgiennes, bordé par la Moselle, le Domaine de Champé à Bussang, dirigé par Ingrid et Jean-Michel Gehin, poursuit son évolution. Maison de famille depuis 1989, établissement d’hôtellerie de plein air cinq étoiles reconnu dans le Grand Est, il est aujourd’hui engagé dans une montée en gamme assumée, qui redessine son identité sans en altérer son âme. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur huit hectares, propose 140 emplacements, 55 mobil-homes, une quinzaine de chalets et des cottages avec piscine privative et terrasses généreuses ouvertes sur les reliefs du massif des Hautes-Vosges. Le domaine est intégré à la marque française Sunêlia, qui fédère un réseau de campings indépendants haut de gamme, principalement classés 4 et 5 étoiles. En haute saison, entre 550 et 600 personnes peuvent y séjourner chaque nuit et les effectifs atteignent 70 salariés.
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1,5 million d’euros ont été investis pour inaugurer en mars 2026 le nouveau spa avec jacuzzi extérieur, en complément du sauna panoramique, d’une grotte de sel, d’un Head Spa massant, ainsi que le nouveau restaurant La Table de Jean-Mi. Déjà, l’horizon s’ouvre plus loin : en 2027, un hôtel quatre étoiles viendra compléter l’ensemble et augmenter la capacité d’accueil afin de répondre à la demande.

Hôtellerie de plein air 5 *avec Spa
L’histoire commence en 1989, lorsque Odile et Michel Gehin, parents de Jean-Michel et natifs de Bussang, imaginent une auberge avec dortoirs en complément de leur ferme. Le destin infléchit le projet : le camping du village voisin ferme, la municipalité les sollicite et l’idée d’un domaine d’hôtellerie de plein air prend forme. Les prémices d’un modèle encore balbutiant. « Mes parents avaient beaucoup de courage », confie aujourd’hui Jean-Michel Gehin, directeur général. Le courage d’oser, d’investir, de croire en un territoire de montagne loin des stations emblématiques et des destinations balnéaires à la mode.
Jean-Michel, dit Jean-Mi, grandit dans cette aventure. Il gère son premier snack à seulement dix ans, tandis que son frère Frédéric aide leurs parents à l’exploitation agricole. En 1998, Jean-Mi reprend les rênes du domaine. Frédéric poursuit son chemin dans l’agriculture avant de devenir menuisier et de fonder « L’Esprit Montagne », partenaire fidèle du domaine aux côtés d’artisans locaux comme La Petite Vosgienne ou PH Poirot. En 2013, le Domaine de Champé devient le premier camping 5 étoiles du Grand Est et le seul des Vosges.

Jean-Michel réalise que l’hôtellerie de plein air ne peut plus se limiter à l’hébergement. En 2003, il ouvre l’un des premiers Spas intégrés à un camping haut de gamme. En 2025 et 2026, l’espace est entièrement repensé. Le spa devient Spa by Pure Altitude, affirmant une identité tournée vers l’excellence et l’expérience sensorielle. Jacuzzi extérieur, grotte de sel, Head Spa massant, cabine climatisée de 38 m² : le bien-être devient un pilier structurant.
L’arrivée d’Ingrid marque impulse également une dynamique. Ancienne directrice commerciale dans un laboratoire médico-légal, elle choisit il y a cinq ans de faire converger vie personnelle et vie professionnelle avec Jean-Michel. « Elle a fait partie du déclic », reconnaît-il. « Elle apporte méthode, structuration et vision stratégique ».

« Nous engageons une montée en gamme assumée »
La transformation met en exergue la trajectoire du Domaine de Champé, son histoire et son succès. Le Covid a redistribué les cartes et accéléré certaines décisions. L’arrivée d’Ingrid a insufflé une énergie nouvelle. Les équipes ont exprimé leur volonté de progresser. L’ensemble converge vers une ambition commune : faire du Domaine de Champé une référence, où l’hébergement, la gastronomie et le bien-être dialoguent avec cohérence. Les investissements prennent une ampleur nouvelle. « Nous engageons une montée en gamme assumée, afin de valoriser nos équipes, leur fidélité et le savoir-faire d’une maison de famille. Il est encore parfois difficile d’imaginer une table de qualité au sein d’un hôtel de plein air. Nous souhaitons justement mettre en lumière ce secteur, qui peut receler de très belles surprises. Certaines personnes travaillent à nos côtés depuis plus de vingt ans. Notre brigade participe régulièrement à des formations, notamment en mars prochain au Campus Ducasse aux côtés du chef Julian Mercier, dans une volonté constante de progression et d’exigence. », expliquent le duo d’hoteliers-restaurateurs.

Ouverture du restaurant La Table de Jean-Mi
La transformation la plus visible s’incarne dans le restaurant. Pendant près de trois décennies, il s’appelait « Chez Jean-Mi ». Une table sincère, enracinée, passée du snacking des débuts à une bistronomie affirmée, dirigée par Jean-Michel. Formé à l’école hôtelière de Gérardmer, passé notamment chez Joël Valentin au Clos Heurtebise à Remiremont puis chez Hervé Cune aux Jardins de Sophie à Xonrupt-Longemer, il connaît les exigences de la gastronomie classique. Avec le temps, il choisit pourtant de quitter les fourneaux pour se consacrer à l’accueil. Recevoir, échanger, créer du lien. Voir les clients revenir, devenir des habitués, parfois des amis. « Comme à la maison. » Cette dimension humaine demeure le socle du domaine. Le temps est venu d’assumer une ambition plus affirmée. « Nous voulons apporter des changementsmais dans la continuité », résument-ils. Ainsi naît La Table de Jean-Mi.
Le changement de nom marque une maturité. La salle est entièrement repensée en partenariat avec la Maison Collinet. Bois nobles, velours, lignes élégantes et contemporaines composent un décor chaleureux sans ostentation. La vaisselle, majoritairement signée Bernardaud, affirme un attachement au savoir-faire français. « Notre restaurant entre dans une nouvelle ère. » Cette évolution s’appuie sur le chef Enzo Manfredi. Âgé de 32 ans, arrivé en 2016 comme commis, il est originaire du village voisin. Enfant, il découvre la cuisine auprès de son père, passionné de grandes tables, qui le fait entrer dans les cuisines de Paul Bocuse. Il y reçoit un choc fondateur, presque une révélation. Il se promet alors de devenir cuisinier.

Son apprentissage débute chez le Maître Cuisinier de France Philippe Laruelle au Valtin, avant de rejoindre le Domaine de Champé où il prend la tête des cuisines en 2021. En 2025, il signe un dîner à quatre mains avec Claudy Obriot, ancien chef étoilé du restaurant Les Ducs de Lorraine, prolongeant un dialogue entre générations.
Aujourd’hui, il travaille le terroir vosgien avec précision et créativité. Le potager du domaine fournit légumes, herbes et fleurs comestibles ; une serre viendra renforcer cet engagement au printemps 2026. Truffe, caviar et foie gras trouvent leur place sans ostentation, au service d’une lecture nette du produit. Le foie gras maison, poché au vin rouge, est nappé d’un gel réduit et ponctué d’une brunoise de poire fondante qui en équilibre la richesse. La douceur fruitée dialogue avec la puissance du foie, tandis que l’acidité du vin apporte une ligne directrice élégante. Le tartare de cœur de filet de bœuf, taillé au couteau, est coiffé de caviar Osciètre Kaviari. Un jaune d’œuf trône sur une tartelette servie à part.

L’omble chevalier provient des eaux froides de la Pisciculture du Breuchin. Cuit à 80°, puis enveloppé d’une cire d’abeille du Rucher de la Colline à Ferdrupt, il révèle une chair fine et concentrée. Le butternut se décline en billes rôties au miel des Vosges, en gnocchis infusés au safran du Clerjus, relevés d’un vinaigre au miel de sarrasin. Le cabillaud est travaillé à l’unilatéral. Sa peau devient croustillante. De fines tuiles prolongent la texture, tandis qu’un citron caviar apporte l’éclat nécessaire. La sauce meunière, montée au beurre noisette, reste sobre. Avant la partie sucrée, une escale à la cave à fromages s’impose : chèvres, munsters et condiments variés. Fromagerie Beldicot à Épinal, Chèvrerie de la Moselle à Bussang, Boulangeries Pinot pour le pain.

En pré-dessert, la Balade vosgienne évoque l’enfance : brisure de bonbons de la Confiserie des Hautes Vosges, sorbet citron, liqueur de bourgeon de sapin Maison Lecomte Blaise. L’Or des Vosges incarne l’identité locale : ganache montée au chocolat blanc, pistils de safran Payoux au Clerjus, glace maison au pollen, crêpe fine au miel. Le 100 % chocolat décline les textures autour d’un cacao fourni notamment par Chocolat by Fred à Golbey.
Andrew Zanellato, responsable de salle depuis vingt-trois ans, partira prochainement se perfectionner sur le campus de l’École Ducasse, notamment en œnologie. La Table de Jean-Mi s’affirme comme une table de montagne, précise et contemporaine, où le produit local est élevé sans être dénaturé. Sa montée en gamme réside dans la cohérence et l’ancrage.

Le Domaine de Champé demeure une maison de famille. Les hébergements portent les prénoms d’Ingrid, Julie, Charlène et Odile. Une paillote permet d’emporter pizzas et burgers sur la terrasse de son bungalow. L’établissement conjugue gastronomie, bien-être, nature et convivialité sans renier son ADN d’hôtellerie de plein air.
Le 26 mars 2026, l’inauguration officielle du nouveau spa et de La Table de Jean-Mi marquera une étape symbolique. Le projet d’un hôtel quatre étoiles en 2027 inscrit cette maison familiale dans une perspective élargie. Depuis 1989, l’histoire se poursuit, fidèle à ses racines et tournée vers l’excellence.
Par Sandrine Kauffer-Binz

























