Mallory Gabsi ouvre 140° à Paris, un fritkot belge

Demi-finaliste de Top Chef en 2020, complice de Philippe Etchebest dans Cauchemar en cuisine, chef étoilé Michelin à Paris avec son restaurant éponyme étoilé Michelin de la rue des Acacias, Mallory Gabsi poursuit son chemin entre haute cuisine, culture populaire et mémoire familiale.

Après son adresse gastronomique parisienne et l’ouverture de 140° à Bruxelles en 2021, le chef belge installe son fritkot contemporain au cœur du quartier Montorgueil, au 6 rue des Petits Carreaux. Une nouvelle adresse qui sonne comme un retour aux sources, un clin d’œil assumé à ses origines bruxelloises et à cette Belgique où la frite relève autant du rituel que du patrimoine.

140°. Pas un degré de plus. Pas un degré de moins. Ce chiffre donne son nom au lieu et raconte déjà une histoire : celle de la température idéale pour démarrer la première cuisson des frites. Chez Mallory Gabsi, le détail technique devient un souvenir, puis une signature. L’idée naît pendant Top Chef, lors d’une épreuve au cours de laquelle le chef Christophe Hardiquest lui rappelle cette précision fondamentale : l’huile doit atteindre 140°, et non 130°, pour engager la cuisson parfaite. La remarque s’imprime. Quelques semaines plus tard, lors de la Guerre des Restos, Mallory Gabsi imagine avec Adrien Cachot un concept de street-food inspiré des fritkots belges. Le projet prend d’abord forme sur une péniche éphémère, avant de s’installer à Bruxelles en 2021, capitale affective et symbolique de la frite.

Aujourd’hui, 140° franchit une nouvelle étape avec son arrivée à Paris. Dans le 2e arrondissement, à deux pas de la rue Montorgueil, le fritkot belge trouve un terrain naturel : un quartier vivant, traversé du matin au soir par les passants, les habitués, les gourmands pressés et les conversations de comptoir. L’adresse s’inscrit dans cette énergie urbaine, avec une promesse simple : faire de la frite un sujet sérieux, sans lui retirer sa gourmandise populaire.

La frite est traitée avec la précision d’un chef. Les pommes de terre Agria, sélectionnées dans les Hauts-de-France, sont taillées puis travaillées en double cuisson, selon une méthode rigoureuse. L’objectif tient dans cet équilibre que chacun reconnaît au premier croquant : une enveloppe dorée, une texture croustillante, un cœur fondant. La frite devient la colonne vertébrale du lieu, le point de départ d’une carte généreuse, lisible et ancrée dans l’imaginaire belge.

À la carte, les classiques du fritkot dialoguent avec l’écriture culinaire de Mallory Gabsi. Les croquettes aux crevettes grises arrivent avec persil frit et citron jaune. Les burgers jouent la gourmandise franche, avec double bœuf, double cheddar, mayonnaise 140°, oignons caramélisés et pickles. La fricadelle trouve naturellement sa place, tout comme la mitraillette, monument de la street-food belge, ici garnie d’entrecôte saignante, de béarnaise maison, de frites, de comté 36 mois, de poivre et de fleur de sel.

Les sauces occupent une place essentielle. Elles accompagnent, relient, relèvent et donnent à chaque cornet sa personnalité. Mayonnaise classique, ketchup, chili garlic, Algérienne, Samouraï : chacune prolonge la culture du fritkot. Parmi elles, la sauce Andalouse tient une place particulière. Non piquante, riche en épices, légèrement sucrée par un filet de miel d’apiculteurs belges, elle est réveillée d’une pointe de harissa. Le geste fait écho aux origines tunisiennes du chef et à la cuisine de son grand-père, qui avait fait de ce condiment l’une de ses signatures. Entre Bruxelles et Tunis, entre la frite et l’épice, Mallory Gabsi compose une cuisine de mémoire, directe et joyeuse.

Le décor prolonge cette intention. Les architectes Emma Collet et Thomas Diettert réinterprètent l’esthétique du fritkot belge dans une lecture contemporaine. Faïences murales brillantes, formica, cadres métalliques, petits carreaux colorés ou mouchetés façon années 60, enseignes lumineuses : tout évoque la friterie traditionnelle, tout en lui donnant une allure actuelle. L’espace, compact, s’organise autour d’un comptoir en lave émaillée jaune, tourné vers la cuisine. La friteuse y occupe une place centrale, presque théâtrale, comme le cœur battant du lieu.

Au plafond, deux ambiances se rencontrent : une laque brillante inspirée des vieux bistrots et un grand store jaune, clin d’œil à l’attente sous l’auvent des fritkots d’autrefois. Le branding, imaginé par Laura Benocci, complète cette identité visuelle vive et populaire. 140° Paris rend ainsi hommage à une institution belge sans la figer. Le lieu garde l’esprit du cornet brûlant dégusté debout, sur le pouce, entre deux phrases, tout en adoptant les codes d’une restauration contemporaine.

Mallory Gabsi appartient à cette génération de chefs qui circulent avec aisance entre les formats. Né en 1996 à Ixelles, près de Bruxelles, il grandit dans une famille où la cuisine tient une place centrale. Les plats généreux de sa grand-mère, les grands couscous de son grand-père d’origine tunisienne, les repas familiaux et le goût du partage nourrissent très tôt son rapport à la table. Avant la télévision, il se forme dans de grandes maisons, notamment au Sea Grill auprès d’Yves Mattagne, puis au Hertog Jan, restaurant triplement étoilé en Belgique.

La télévision lui donne une visibilité nationale, mais son parcours se construit ensuite dans les restaurants. En 2022, il ouvre à Paris son restaurant gastronomique éponyme, rapidement distingué par une étoile Michelin. Dans cette adresse de la rue des Acacias, il affirme une cuisine personnelle, vive, acidulée, construite sur les sauces, les textures et les contrastes. Avec 140°, il retrouve une autre part de son identité : celle de la Belgique populaire, de la frite de fin de journée, du cornet que l’on partage, du plaisir immédiat.

À Paris, 140° raconte cette double trajectoire. Celle d’un chef étoilé qui revendique la précision, et celle d’un enfant de Bruxelles qui rend hommage au fritkot comme à une institution nationale. La frite y devient un langage commun, simple en apparence, exigeant dans son exécution. Elle rassemble le souvenir, le geste, la technique et la gourmandise.

Le 27 juin 2026, Mallory Gabsi ouvre donc une adresse qui porte bien son nom : tout commence à 140°. Une température, une mémoire, une promesse. Celle d’un fritkot belge installé à Paris, avec l’âme de Bruxelles, l’énergie de Montorgueil et la signature d’un chef qui sait passer de l’étoile au cornet sans jamais perdre le goût du partage.