Inauguration de la FAV 2026 Colmar par Pierre Hermé ©Sandrine Kauffer-Binz

FAV 2026 : le vignoble alsacien cherche la recette de ses cinquante prochaines années

La 77e Foire aux Vins d’Alsace a été officiellement inaugurée vendredi 31 juillet 2026 à Colmar. Autour de Pierre Hermé, parrain de cette édition, élus, représentants économiques et professionnels de la viticulture ont célébré une manifestation populaire tout en rappelant les défis qui attendent le vignoble : séduire de nouveaux consommateurs, simplifier son discours et adapter son offre sans renoncer à son identité.

Foire gastronomique, viticole, commerciale et musicale, la Foire aux Vins d’Alsace superpose les univers comme les différentes couches d’un macaron. Pour son ouverture, les discours prononcés dans le Hall 1 ont confirmé cette identité plurielle, entre célébration du territoire, reconnaissance du travail collectif et réflexion sur l’avenir de la filière. Le pâtissier colmarien Pierre Hermé, invité d’honneur et parrain de la 77e édition. Un autre invité surprise annoncé par le maire Eric Straumann, est Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France qui prépare sa candidature aux élections présidentielles. Autour d’eux, les élus de Colmar, les représentants des collectivités, de la Chambre de commerce et d’industrie et du monde viticole ont pris part à la cérémonie. La FAV se déroule du 31 juillet au 9 août 2026 au Parc des Expositions de Colmar.

Un macaron alsacien suggéré à Pierre Hermé

Présidente de la délégation Colmar Centre Alsace de la CCI Alsace Eurométropole, Céline Kern-Borni a invité Pierre Hermé à puiser dans son retour en Alsace l’inspiration d’une future création. « Vous qui savez sublimer les saveurs et les émotions, peut-être trouverez-vous ici l’inspiration pour une nouvelle gourmandise ? », lui a-t-elle lancé, suggérant la création d’un macaron alsacien. Une proposition légère en apparence, mais qui résume l’un des enjeux de cette inauguration : utiliser la création gastronomique et la notoriété d’un ambassadeur international pour renouveler l’image des produits et des saveurs d’Alsace. Céline Kern-Borni préside actuellement la délégation Colmar Centre Alsace de la CCI.

Parler du vin plus simplement

Le message le plus directement lié à l’avenir du vignoble a été porté par Didier Pettermann, nouveau président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, le CIVA. Son constat est celui d’une filière confrontée à un monde qui change et à de nouvelles habitudes de consommation. Les jeunes consommateurs recherchent davantage de fraîcheur, de simplicité et une approche plus immédiate du vin. Ils ne souhaitent plus, selon sa formule, avoir besoin « d’un master en œnologie » pour choisir une bouteille. Derrière le trait d’humour se dessine une véritable ligne stratégique : simplifier le vocabulaire, mieux présenter les vins selon les moments de consommation et rendre l’offre alsacienne plus accessible sans l’appauvrir. Didier Pettermann a associé « l’audace d’un Pierre Hermé » à la dynamique des 50 ans du Crémant d’Alsace, estimant que cet assemblage permettrait au vignoble de « se mettre à la page pour les cinquante prochaines années ».

La Maison des Vins, outil collectif pour la filière

Cette volonté de transformation s’inscrit dans une actualité plus large. Le 9 juillet 2026, quelques semaines avant l’ouverture de la FAV, la nouvelle Maison des Vins d’Alsace a été inaugurée à Colmar en présence d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture. Le CIVA présente ce bâtiment comme la maison commune de la filière : un espace de travail, de dialogue, de rencontres et d’innovation destiné à réunir vignerons, caves coopératives, négociants, partenaires institutionnels et équipes de l’interprofession. L’inauguration avait été suivie de la plénière annuelle des Vins d’Alsace, réunissant plus de 500 professionnels afin d’examiner la situation économique et les principaux défis du vignoble. La prise de parole de Didier Pettermann à la FAV prolonge donc une réflexion déjà engagée autour de l’adaptation climatique, de la commercialisation, de l’image et du renouvellement des consommateurs.

Une Bretzel d’Or pour les équipes du Parc Expo

La cérémonie a également permis de mettre à l’honneur les femmes et les hommes qui travaillent à la préparation de la Foire aux Vins. Une Bretzel d’Or collective a été remise aux équipes du Parc des Expositions de Colmar. La distinction a salué un travail mené tout au long de l’année, bien au-delà des dix jours d’ouverture au public. Direction, équipes techniques, communication, billetterie, administration, sécurité et chefs de projet participent ensemble à l’organisation d’un événement devenu l’un des grands rendez-vous économiques et populaires de l’été alsacien. Le Parc Expo présente une équipe permanente structurée autour de ces différents métiers. Cette reconnaissance intervient après une édition 2025 record, qui avait accueilli 325 210 visiteurs et confirmé la FAV comme deuxième foire de France selon les chiffres communiqués par l’organisation.

Clara Baumer devient reine des vins d’Alsace

L’inauguration a également marqué le début officiel du règne de Clara Baumer, nouvelle reine des vins d’Alsace 2026-2027. Âgée de 27 ans et originaire de Katzenthal, elle travaille dans le marketing et le commerce au Domaine Muré, à Rouffach. Elle est accompagnée de ses deux dauphines, Camille Beck, originaire d’Itterswiller, et Amélie Kurz, de Rouffach. Clara Baumer souhaite mettre en avant la diversité des vins d’Alsace, mais également toutes les personnes qui participent à leur élaboration. Une volonté qui rejoint le fil conducteur des discours de cette inauguration : derrière une bouteille, il y a un territoire, des entreprises, des familles et de nombreux métiers qu’il convient de rendre visibles.

La grande tournée au service des vignerons

Après les prises de parole et la découpe du ruban, les officiels ont rejoint La Feuille de Vigne, dans le Hall 1, pour la photographie traditionnelle marquant le départ de la grande tournée inaugurale. Autour de Pierre Hermé, le cortège réunissait élus, représentants des institutions, confréries viniques, reine et dauphines des vins d’Alsace. Musique, cloches, costumes, photographes et visiteurs ont accompagné cette progression joyeuse dans les allées. Le principe de la tournée reste immuable : aller à la rencontre des vignerons, des caves, des partenaires et des exposants, déguster leurs vins et mettre en lumière leur travail. Le parrain et les personnalités qui l’entourent goûtent chaque cuvée avec parcimonie, sachant qu’un nouveau verre les attend quelques mètres plus loin. Derrière les sourires, les photographies et les dégustations, l’enjeu demeure essentiel : mettre leur présence et leur notoriété au service des producteurs et des vins d’Alsace.

Le cortège s’est notamment arrêté chez Jacques Cattin, ancien député et vigneron, où Pierre Hermé a respecté la tradition en dégustant du gewurztraminer dans un verre géant d’une contenance de deux litres. Les invités ont également visité les stands de Bestheim, de la Cave de Turckheim, de la Cave de Beblenheim et de nombreux autres domaines et partenaires. Devant les grandes lettres roses de la FAV, une démonstration chorégraphiée a offert une nouvelle halte au cortège, dans l’esprit festif et populaire qui caractérise la manifestation.

Discours de Pierre Hermé, parrain de la Foire aux Vins d’Alsace 2026 à Colmar

Il y a des invitations que l’on accepte avec plaisir, et puis il y a celles que l’on accepte avec émotion. Revenir aujourd’hui à Colmar, dans ma ville natale, pour inaugurer la 77e Foire aux Vins d’Alsace est pour moi un véritable privilège. Revenir en Alsace, c’est toujours une émotion. J’y viens assez souvent parce qu’il y a quelques années, en 2008, j’ai implanté à Wittenheim la manufacture dans laquelle nous fabriquons tous les macarons et tous les chocolats qui partent dans le monde, C’est ici que j’ai grandi. C’est ici que s’est construite une partie de mon regard, de ma sensibilité et de ma gourmandise. L’Alsace est une terre de culture, de gastronomie et de traditions, mais aussi une terre de vin.

Très tôt, j’ai compris que le vin n’était pas simplement une boisson. Il raconte un paysage, un climat, une histoire et le travail d’une femme ou d’un homme. Quelques années plus tard, après avoir passé quelques années à Paris, j’ai eu envie d’aller plus loin dans la connaissance du vin. J’ai suivi des cours d’œnologie et de dégustation à l’Académie du Vin de Steven Spurrier, qui n’existe plus aujourd’hui. À l’époque, je pensais apprendre à déguster le vin. En réalité, j’apprenais le goût. Ces cours ont profondément changé ma manière de percevoir les choses. Ils m’ont appris à mémoriser une sensation, à distinguer une nuance, à construire une mémoire du goût, mais surtout à mettre des mots sur ce que je ressentais, à mettre des mots sur des émotions. Cette éducation du palais m’accompagne encore aujourd’hui dans chacune de mes créations.

Je n’ai jamais eu la prétention de transformer mon expérience personnelle en modèle. En revanche, je suis convaincu d’une chose : ouvrir son champ d’intérêt et faire preuve de curiosité est toujours d’une très grande richesse. Tout à l’heure, on me demandait si le vin avait influencé mes créations. En réalité, il y en a une, probablement la plus connue, qui a été influencée par le vin.

Le gewurtraminer a inspiré l’Ispahan

Il y a quelques années, j’avais créé un gâteau autour de la rose et de la framboise. Puis, chemin faisant, en dégustant des vins d’Alsace, notamment du gewurztraminer, j’ai compris que le gewurztraminer développait des parfums de rose, mais aussi de litchi. Cela a déclenché l’idée de créer un gâteau appelé Ispahan, qui réunit les saveurs fétiches de la maison : la rose, le litchi et la framboise. La pâtisserie est une technique au service de l’émotion. Mais le vin m’a appris que, derrière chaque émotion gustative, il existe une infinité de nuances qu’il faut apprendre à écouter avant de vouloir les exprimer. Cette exigence est commune aux vignerons et aux pâtissiers. Nous travaillons des matières vivantes. Nous dépendons du temps. Nous recherchons sans cesse l’équilibre. Mon travail porte sur le goût, l’émotion, le plaisir et le souvenir qui reste : l’invisible, en quelque sorte. Nous savons qu’un grand produit ne naît jamais du hasard. Il est le fruit de la patience, de l’observation et du respect de la matière première. Ce qui me touche particulièrement dans le monde du vin, ce sont aussi les hommes et les femmes qui le font vivre. Depuis longtemps, j’ai toujours aimé rencontrer les vignerons, visiter leurs domaines et comprendre leur démarche. Même dans la constitution de ma cave personnelle, j’ai toujours eu besoin de rencontrer les vignerons dont j’achetais les vins. Chaque bouteille est l’expression d’une personnalité autant que d’un terroir. Cette dimension humaine me passionne autant que le vin lui-même. La Foire de Colmar incarne précisément cet esprit.

Depuis 77 éditions, elle célèbre bien plus que le vin. Elle célèbre les savoir-faire, les rencontres, la convivialité et cette capacité de notre région à réunir autour de valeurs de partage et d’excellence. Je suis particulièrement heureux que cet événement continue à faire rayonner l’Alsace, et Colmar bien sûr, tout entière. Je souhaite que chacun puisse, au fil des prochains jours, découvrir des vins, rencontrer les producteurs, partager des moments de convivialité et, pourquoi pas, vivre ces émotions qui restent gravées dans la mémoire.

 

De la scène aux stands des producteurs, la cérémonie a ainsi replacé le vin au centre de la Foire. Les concerts, les animations et la dimension commerciale participent à son succès, mais l’inauguration a rappelé la raison d’être historique de cette manifestation créée à Colmar : promouvoir le vignoble alsacien et celles et ceux qui le font vivre. À travers les discours, aucune recette toute faite n’a été présentée. Une orientation s’est cependant dégagée : conjuguer l’héritage du vignoble avec davantage d’audace, de lisibilité et de simplicité. Comme dans une création pâtissière, l’équilibre devra préserver l’identité de chaque élément tout en donnant envie à une nouvelle génération d’y goûter.

Par Sandrine Kauffer-Binz

crédit photos ©Sandrine Kauffer-Binz et ©FAV