Plat emblématique de la grande cuisine française, le lièvre à la royale incarne à lui seul tout un pan du patrimoine culinaire national. S’il séduit aujourd’hui par sa complexité et sa richesse, son histoire, elle, s’est construite au fil des siècles, entre traditions, débats et réinterprétations.
L’expression « à la royale » apparaît dès le XVIIᵉ siècle pour désigner des mets d’exception, suffisamment raffinés pour être servis à la table d’un roi. C’est au XVIIIᵉ que l’on retrouve les premières mentions de préparations proches de la recette actuelle : civets, roulades ou daubes de lièvre, mais encore loin de l’opulence que nous connaissons aujourd’hui.
Ce n’est que plus tard que le plat s’enrichit de ses ingrédients les plus nobles — foie gras, truffe, vin rouge — pour devenir cette célébration absolue du goût, du temps et du geste. Le lièvre à la royale, tel qu’on le défend ici, est bien plus qu’une recette : il est un manifeste de la cuisine française dans ce qu’elle a de plus exigeante, de plus respectueuse.

Légendes et réalités royales
Une vieille légende raconte que le lièvre à la royale aurait été inventé pour Louis XIV. En fin de vie, le Roi-Soleil souffrait de graves problèmes dentaires. Il aurait demandé un gibier si fondant qu’il puisse être mangé sans effort.
Cette histoire relève davantage du mythe que de la réalité historique. Aucun texte ne vient réellement confirmer son origine à la cour de Louis XIV. Mais cette légende reste parlante. Elle reflète l’esprit du plat : une texture fondante, une préparation maîtrisée, une transformation totale du produit.
Qu’elle soit vraie ou non, cette histoire souligne l’importance de la tendreté et du soin extrême apporté à la conception de ce plat.

Deux grandes écoles
Au fil du temps, deux grandes écoles du lièvre à la royale se sont imposées dans l’histoire culinaire française. Si elles partagent un même respect du produit et une recherche de profondeur gustative, elles se distinguent par leur approche, leur forme et leur signature.
Façon Sénateur Couteaux
La version inspirée des écrits du sénateur Aristide Couteaux, à la fin du XIXᵉ siècle, s’apparente à un civet. Le lièvre est cuit à l’étouffée, longuement, avec une généreuse base d’ail, d’échalotes et de vin rouge. La viande est ensuite effilochée, puis liée au sang, donnant une sauce dense, puissante et parfaitement fondante. Ce plat se dégustait à la cuillère, sans couteau, incarnant la quintessence de la cuisine bourgeoise régionale.
Façon Antonin Carême
La version dite périgourdine s’inscrit quant à elle dans une tradition plus spectaculaire. Attribuée à tort à Antonin Carême, elle est codifiée au XXᵉ siècle par des figures comme Auguste Escoffier ou Henri Joseph Séverin Babinski, alias Ali-Bab. Le lièvre est ici désossé à cru, farci de foie gras, de truffes, d’abats et d’aromates, roulé en ballottine, puis cuit longuement dans un fond corsé.
Tranché, nappé d’une sauce liée au sang, il devient un véritable plat de fête, alliant technique, générosité et mise en scène.

Aujourd’hui, la quintessence de la cuisine bleu-blanc-rouge
Du fusil à l’assiette, le lièvre à la royale incarne, pour les chefs de la gastronomie française, un symbole d’excellence à la française. Il concentre tout ce qui fait la grandeur de notre patrimoine culinaire : la maîtrise des cuissons longues, la précision des gestes, le respect du produit, la richesse des goûts. Les chefs du monde entier prennent plaisir à travailler ce plat, en revisitant ses codes ou en revendiquant une fidélité absolue à l’une des deux grandes écoles. Chaque version est une déclaration d’amour à la cuisine française.
C’est précisément pour célébrer cette diversité d’approches, tout en honorant l’exigence technique et culturelle de ce plat, qu’est né le Championnat du Monde du Lièvre à la Royale.
Il rassemble chaque année des chefs passionnés venus de tous horizons, prêts à repousser les limites de leur savoir-faire.

Origines du Championnat
Le Championnat du Monde du Lièvre à la Royale a été créé en 2016 par le chef Thomas Boullault, une étoile au Guide Michelin, à la tête du restaurant L’Arôme à Paris. Originaire de Sologne, il a imaginé ce concours pour rendre hommage à sa région, à son terroir, et à un plat qu’il considère comme un monument de la cuisine française. Le lièvre à la royale est une recette exigeante. Elle requiert une parfaite maîtrise des gestes classiques, une rigueur extrême et une connaissance précise des produits. Mais c’est aussi un plat de mémoire, de transmission et d’identité.
Avec ce championnat, Thomas Boullault souhaitait célébrer cet héritage, mais aussi inviter les chefs d’aujourd’hui à s’y confronter, à le réinterpréter et à en faire un terrain d’expression personnelle. Depuis, le concours n’a cessé de grandir. Chaque année, il attire des candidats de haut niveau, venus de toute la France et de l’étranger. Il est devenu un rendez-vous incontournable, un moment de transmission et de partage.

Thomas Boullault, fondateur
Né dans un univers où la gourmandise et la nature sont omniprésentes, Thomas Boullault a très tôt exprimé son désir de devenir cuisinier.
Il a grandi en Sologne, une région où la chasse est une véritable tradition, et où il développe un amour pour la gastronomie du gibier.
En tant que cuisinier, son parcours commence naturellement dans sa Sologne natale, où il fait ses premiers pas dans le métier auprès de Jean-Marie Benni à la Ferté-Imbault, avant de poursuivre son apprentissage à Romorantin, chez Philippe Valin, chef étoilé au Guide Michelin.
Aux côtés de ces maîtres, il affine son palais et perfectionne sa technique, ce qui l’amène à travailler et sublimer ce plat emblématique de la haute gastronomie française.
Pour lui, ce plat représente plus qu’une recette : il symbolise le lien intime entre la nature, la cuisine et le savoir-faire traditionnel. Ce lien, il l’a toujours entretenu à travers son amour pour la Sologne, terre de chasseurs, et son respect pour les produits nobles de son terroir.
En créant le Championnat du Monde du Lièvre à la Royale, Thomas souhaitait honorer cet héritage familial et transmettre aux nouvelles générations l’amour pour cette recette, à la fois rustique et sophistiquée, tout en célébrant la richesse du terroir solognot et l’art de la grande cuisine française.
crédit photo ©S.Riss



