Elle a tiré la lame d’acier et remporté Top Chef 2026. Face à Alexy Algar-Denos, Viviana Pisacane s’est imposée au terme d’une finale intense, disputée dans les cuisines du Four Seasons Hotel George V, à Paris, devant une centaine de convives et les bénévoles de la Croix-Rouge. Quelques minutes après la cérémonie des couteaux, encore portée par l’émotion, la cheffe lyonnaise revient sur cette victoire, son parcours et ce que cette aventure a déplacé en elle.
À 28 ans, Viviana Pisacane incarne une génération de cheffes à la fois déterminées, sensibles et profondément engagées dans leur maison. Née à Naples, elle dirige aujourd’hui Le Bœuf d’Argent, dans le Vieux Lyon, aux côtés de son frère Antonio Pisacane. Dans cette adresse familiale, elle travaille une cuisine personnelle, entre ancrage italien, tradition française, exigence du produit et souvenirs d’enfance. Dans Top Chef, Viviana Pisacane aura marqué par sa pugnacité, sa rigueur, son tempérament de combattante et son lien fort avec Hélène Darroze, qui l’a accompagnée jusqu’à la finale. Elle a souvent douté, parfois pleuré, mais n’a jamais lâché. Sa victoire, obtenue avec 69,3 % des suffrages face à Alexy Algar-Denos, vient saluer un parcours de courage autant qu’un menu de finale qui a touché les convives.
Entretien Viviana Pisacane
Vous venez tout juste de remporter Top Chef 2026. Dans quel état êtes-vous après cette cérémonie des couteaux ?
Je suis encore dans l’émotion. J’étais vraiment concentrée sur la lame, sur le couteau, sur ce qui allait se passer. Quand j’ai tiré le couteau, j’avais seulement envie de comprendre. C’est un moment très fort, presque irréel.
Le discours de votre maman a beaucoup touché. Elle n’a pas seulement salué la cuisinière, mais aussi la combattante que vous avez été.
Ma mère me connaît plus que tout le monde. Je pense qu’elle voulait aussi me rassurer, au cas où je n’aurais pas gagné. Elle sait que je prends les choses très à cœur, que lorsque je commence quelque chose, je veux aller jusqu’au bout. Ses mots voulaient dire : tu es une belle personne, tu l’as toujours montré, continue comme ça. Les mots d’une maman touchent toujours.
Cette pugnacité a-t-elle été l’une de vos forces dans l’émission ?
Oui, je pense. J’ai ce tempérament. Quand je fais quelque chose, je veux le faire jusqu’au bout. Je crois que c’est aussi cela qui m’a permis d’aller aussi loin.
À quel moment avez-vous compris que vous pouviez aller en finale ?
Je pense que cela a commencé au moment où les chefs nous ont choisis. Là, je me suis dit : si je suis arrivée jusque-là, alors c’est parti pour la finale.
Vous avez été accompagnée par Hélène Darroze. Que vous a apporté ce duo ?
J’avais surtout besoin d’être rassurée, plus que de recevoir des conseils de cuisine. La cheffe a été une vraie coach mentale pour moi. Et le mental, dans Top Chef, vaut plus qu’un conseil de cuisine. Quand on arrive dans cette émission, on sait cuisiner. On a besoin d’être accompagné autrement. Hélène Darroze a compris ce dont j’avais besoin.
Vous lui avez souvent témoigné beaucoup de gratitude.
Je ne lui dirai jamais assez merci. Je voudrais lui dire merci toute ma vie. Elle m’a accompagnée dans ce parcours de la meilleure des façons. Elle m’a aussi encouragée pour la suite. Elle m’a dit de continuer ce que je faisais, que j’avais un bon restaurant à Lyon, Le Bœuf d’Argent, que cela marchait bien, et que si je pouvais faire plus, il fallait le faire. C’est ce que je vais essayer de faire.
La finale vous a placée dans une situation très particulière : gérer une brigade, dans une cuisine inconnue, pour une centaine de personnes. On vous a vue prendre le lead très vite.
Je suis comme cela dans la vie de tous les jours. Je suis assez carrée, assez militaire même. J’aime quand les choses vont dans le bon sens. Pendant la finale, il y a eu des erreurs, bien sûr. Les arêtes de poisson dans l’anguille, le mole que j’aurais préféré un peu moins présent… Mais il ne faut pas paniquer dans ces moments-là. Il faut avancer. C’est ce que nous avons fait avec l’équipe. Servir autant de personnes, ce n’est pas évident.
Quel plat vous rend la plus fière dans cette saison ?
Je ne suis pas fière d’un seul plat, je suis fière du parcours. Mais il y a des moments forts. Le plat de la mono-texture, j’ai adoré le faire, j’ai adoré le revoir à la télévision et je vais adorer le refaire dans mon restaurant. Et forcément, il y a le menu de la finale. S’il a aussi bien marché, cela veut dire qu’il y avait un vrai travail derrière. Convaincre cent personnes, ce n’est pas facile. Je n’aurais jamais imaginé terminer avec un aussi gros résultat. Cela veut dire que j’ai touché le cœur des gens et qu’ils se sont régalés.
Vous remportez la finale avec 69,3 % des votes. C’est un score très fort.
C’est énorme. Quand j’ai vu le papier avec 69,3 et 30,7, j’ai eu un énorme coup de stress. Je me suis dit : j’espère que ce n’est pas nous qui nous sommes fait écraser. J’aurais très mal vécu l’inverse. Je comprends Alexy, parce que pour un restaurateur, voir un résultat aussi marqué, c’est dur à avaler.
Avez-vous eu un vrai cauchemar pendant cette saison ?
Oui, le pigeon. Je l’ai très mal vécu. J’étais malade. Toute la nuit, j’ai pensé à ce pigeon. Le lendemain, je suis arrivée sur le plateau pour terminer les demi-finales et j’étais encore en pleurs. La cheffe m’a beaucoup rassurée, mais la pilule ne passait pas. Je n’arrivais pas à l’avaler.
Quelle a été votre plus belle rencontre humaine parmi les candidats ?
Matthéo. Certains diront que c’est parce qu’il est italien, mais pas seulement. C’est une très belle personne, quelqu’un avec qui on peut vraiment parler. Il est vrai, sincère, entier. Chez les gens, cela me touche énormément. Je préfère quelqu’un de sincère en face de moi. Je sais que je peux compter sur lui. À chaque fois que je suis à Paris, il est là. On a fait beaucoup de vidéos ensemble, il est venu faire un quatre mains chez moi, et j’irai en faire un dans son restaurant quand il ouvrira. Avant le rapport de travail, il y a d’abord un rapport humain.
Quel a été le plus beau compliment de votre famille sur votre parcours ?
Le plus beau moment, c’est de voir qu’ils étaient tous fiers de moi. Je sais qu’ils l’auraient été même avant la victoire, mais les voir aussi émus, cela m’a énormément touchée. Je n’avais jamais vu mon père pleurer, et il l’a fait devant des épisodes de Top Chef. Voir ma famille aussi touchée quand j’ai gagné, ce sont des moments que je n’oublierai jamais.
Y a-t-il une Viviana avant et après Top Chef ?
Oui, je crois que j’ai pris plus confiance en moi. Top Chef m’a aussi permis de faire le tri. Je suis déjà quelqu’un de très sélectif dans la vie, je ne laisse pas entrer tout le monde. Mais cette aventure m’a permis de me recentrer encore davantage sur les gens importants, ceux qui valent vraiment la peine. Et ceux qui devaient partir de ma vie sont déjà partis.
Réalisez-vous ce que vous pouvez représenter pour des jeunes femmes, mais aussi pour des jeunes qui veulent se lancer en cuisine ?
Je ne réalise pas vraiment. Beaucoup de jeunes me contactent déjà, pas seulement des femmes, aussi des hommes qui sont en école hôtelière. Ils me demandent des conseils, ils m’envoient leurs assiettes pour savoir ce que j’en pense. Cela me touche beaucoup. Parfois, je me demande si je suis à la hauteur pour donner un conseil. Mais oui, je dois aussi me dire que je peux le faire. Cette confiance que les gens me donnent me fait très plaisir.
Cette victoire va forcément ouvrir des portes. Avez-vous déjà des projets ?
J’ai plein de projets en tête. Même avant Top Chef, j’avais déjà toujours trop de projets. Je voudrais faire beaucoup de choses. Il y a déjà des occasions qui arrivent, mais je préfère garder les choses pour moi jusqu’à ce qu’elles soient réalisées.
Comment allez-vous concilier ces projets avec Le Bœuf d’Argent ?
Le Bœuf d’Argent reste ma priorité. Pendant tout le tournage, tous mes jours de repos, je revenais à Lyon pour travailler au restaurant. Je n’ai pas eu de vrai jour de repos, mais c’était mon choix. Le restaurant, c’est notre enfant. Il faut le soigner. Je ne sais pas encore exactement comment je vais tout organiser, cela se fera petit à petit. Mais je ne quitterai pas mon restaurant. Je suis presque toujours présente, et même si d’autres projets arrivent, cela ne m’empêchera pas d’être là.
Votre carte va-t-elle évoluer après Top Chef ?
Oui, dès jeudi, mon menu dégustation change complètement. Je vais intégrer la mono-texture, le menu de la finale, l’épaule pétée. Ce sont des plats que j’aurais pu faire au restaurant même sans Top Chef. Les clients les demandent déjà énormément, et j’ai envie de leur faire goûter les meilleurs plats que j’ai réalisés dans l’émission. Bien sûr, je garde toujours l’identité du restaurant. J’ai trois menus, donc il y a du choix, mais les plats forts de Top Chef vont entrer dans la maison.
Que peut-on vous souhaiter pour 2026 ?
Beaucoup de travail, beaucoup d’amour, et beaucoup de santé pour toute la famille.
Propos recueillis par Sandrine Kauffer-Binz













