Philippe Faure Brac ©Sandrine Kauffer

Philippe Faure-Brac : une dernière présidence des MOF Sommellerie, entre émotion et transmission

À Lille, les 7 et 8 octobre 2026, 9 finalistes de la classe Sommellerie disputent les dernières épreuves de l’examen Un des Meilleurs Ouvriers de France, au Lycée Hôtelier International de Lille. Une édition particulière pour Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde 1992 et MOF honoris causa 2015, qui signe sa dernière présidence après 26  années à la tête de cette classe. De sa rencontre avec Jacques Chirac et Paul Bocuse à la création de la première session en Alsace, il revient sur près de trente ans d’engagement, l’évolution des épreuves et la valeur d’un titre dont il entend transmettre l’héritage avec sérénité.

De l’Élysée à Illkirch : la naissance d’une classe MOF Sommellerie

« Je pars l’esprit serein d’une belle aventure, avec le sentiment d’avoir servi mon métier. » À l’occasion de la finale organisée à Lille, Philippe Faure-Brac ne cache pas son émotion. Après avoir accompagné la création de la classe Sommellerie et présidé ses épreuves depuis la première session en 2000, il a choisi de passer le relais. L’histoire commence en 1997, au palais de l’Élysée, à l’issue d’une cérémonie de remise de distinctions. Philippe Faure-Brac se retrouve en compagnie de Paul Bocuse, avec lequel il entretient une belle amitié, et du président Jacques Chirac. Le chef lyonnais le présente au chef de l’État, qui s’étonne de l’absence de sommeliers parmi les Meilleurs Ouvriers de France. Paul Bocuse saisit immédiatement l’occasion et annonce que Philippe Faure-Brac va s’en occuper. « Je me suis retrouvé adoubé par le président Chirac et le président Bocuse. Du coup, je n’ai pas pu refuser ! », raconte-t-il avec amusement.

Entretien 

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Entre 1997 et 2000, il constitue une équipe et pose les fondations de cette nouvelle classe. La première session se déroule en 2000, à Illkirch, près de Strasbourg, dans une école hôtelière dont il conserve un souvenir intact. Vingt-six ans plus tard, après avoir présidé toutes les éditions, il estime le moment venu de transmettre cette responsabilité. « Quand on a créé un bébé, quand on s’est investi pendant autant d’années, quand ça fonctionne, je pense qu’il faut savoir, non pas tourner la page, mais faire en sorte que ce livre soit lu par d’autres et continue d’être écrit par d’autres personnes. »

Une décision mûrement réfléchie. Depuis plusieurs années, il accompagne et forme les équipes appelées à poursuivre l’organisation. S’il ne lui appartient pas de désigner officiellement son successeur, il confie avoir identifié plusieurs personnes capables de prendre le relais, notamment celle qui assure depuis quelques années la responsabilité de la commission des sujets. « Il y a une belle équipe derrière. Comme lorsqu’on devient père ou grand-père, on se dit que la filiation est assurée. » Il entend néanmoins rester attentif à l’avenir de cet examen auquel il a consacré une grande partie de sa vie professionnelle.

Un titre MOF honoris causa reçu aux côtés d’Alain Ducasse

L’année 2015 constitue une autre étape marquante de son parcours. Sur proposition de son entourage professionnel au sein du COET-MOF, Philippe Faure-Brac reçoit la distinction de Meilleur Ouvrier de France honoris causa, attribuée à un nombre très restreint de personnalités pour leur engagement, leur persévérance et leur contribution à la profession. La cérémonie se déroule à la Sorbonne, où il reçoit cette reconnaissance aux côtés d’Alain Ducasse. Un souvenir particulièrement fort pour celui qui a toujours défendu la complémentarité des métiers de la restauration. « J’ai reçu cette fameuse médaille qui me fait encore vibrer tous les jours. La recevoir sur la scène de la Sorbonne, en duo avec Alain Ducasse, ajoutait au plaisir. Parce que nos métiers sont des métiers d’équipe. Seul, ça ne fonctionne pas. En équipe, on est plus fort. »

Pour Philippe Faure-Brac, cette distinction occupe une place aussi importante que son titre de Meilleur Sommelier du Monde, remporté en 1992. Il observe que le col bleu-blanc-rouge bénéficie d’une reconnaissance immédiate, parfois même avant ses autres distinctions internationales. « Aujourd’hui, on me parle autant de mon titre de Meilleur Ouvrier de France honoris causa que de mon titre de Meilleur Sommelier du Monde. C’est quasiment un statut social qui s’impose de façon presque naturelle. »

9 finalistes en Sommellerie©Sandrine Kauffer-Binz

Mais il tient à rappeler que ce col ne constitue pas une finalité personnelle. Il symbolise avant tout une responsabilité envers les autres et envers la profession. « On ne fait pas ces métiers pour soi, pour se faire plaisir et porter un col. On passe cet examen pour faire rayonner notre métier, la profession et, à travers le col bleu-blanc-rouge, faire rayonner la France. » Pour Philippe Faure-Brac, le titre représente un phare, un repère, un symbole d’excellence, de passion et d’amour du métier, mais surtout « d’amour des autres ». Une dimension collective qui dépasse largement la sommellerie et rassemble les 87 métiers ouverts cette année dans le cadre de l’examen.

Neuf finalistes 

À Lille, neuf candidats participent à cette finale après avoir franchi les épreuves de sélection organisées plusieurs mois auparavant. Ils ont déjà été évalués sur leurs connaissances, la dégustation, les langues étrangères, des services spécifiques et un questionnaire écrit. Cette dernière étape doit compléter leur évaluation en confrontant leurs compétences à des situations professionnelles concrètes. Le mercredi 7 octobre 2026, les candidats affrontent une grande épreuve de service de deux heures. Pour Philippe Faure-Brac, elle constitue l’apothéose de l’examen, le moment où toutes les dimensions du métier doivent s’exprimer simultanément.

Accueillir, conseiller, sourire, observer, anticiper les attentes, proposer, créer une expérience et assurer un service attentif : autant de qualités que les jurés doivent apprécier dans les conditions réelles d’un restaurant. Les candidats doivent également encadrer deux commis, l’un en salle et l’autre en sommellerie, et démontrer leur capacité à organiser le travail, à transmettre des consignes et à gérer une équipe. « Le métier, c’est aussi beaucoup transmettre. Un Meilleur Ouvrier de France, c’est quelqu’un qui est capable non seulement de maîtriser son art et son métier, mais aussi de l’expliquer, de le faire vivre et de former les jeunes générations. »

Le président insiste sur une dimension souvent moins visible de la sommellerie. Si la dégustation et la reconnaissance des vins fascinent le public, elles ne représentent qu’une partie de l’activité quotidienne. « Le sommelier, ce n’est pas un fakir qui retrouve tout ce qu’on lui propose. » Son rôle consiste également à rechercher les produits, sélectionner les fournisseurs, former ses collaborateurs, travailler avec le chef de cuisine et construire une expérience cohérente pour les clients. « Finalement, c’est ça, le métier : aller vers les gens, leur faire vivre une expérience, leur faire plaisir, leur donner du bonheur. Franchement, c’est une belle vocation. »

Le jeudi 8 octobre, quatre entretiens individuels complètent l’examen, chacun conduit par un juré différent et consacré à un sujet distinct. Ils permettent d’approfondir les connaissances, d’apprécier les capacités d’adaptation et de mesurer la maîtrise des différentes responsabilités du sommelier. Les échanges peuvent porter sur l’élaboration d’une carte de vins ou de spiritueux, les techniques de service, l’organisation d’événements, la gestion ou encore le management. Cette diversité des évaluations répond à une exigence fondamentale : le MOF est un examen d’État et non un concours. Il n’existe donc ni classement imposé ni nombre prédéterminé de lauréats. Les neuf finalistes peuvent obtenir le titre, comme aucun ne peut être distingué si le niveau requis n’est pas atteint. « C’est l’exigence nécessaire à la valeur de ce titre magnifique », rappelle Philippe Faure-Brac.

Philippe Faure-Brac ©Sandrine Kauffer

Des épreuves qui évoluent avec les attentes de la société

En près de trois décennies, la classe Sommellerie a progressivement affiné ses modalités d’évaluation. Si les fondamentaux demeurent, maîtrise technique, connaissances, culture professionnelle et qualité du service, une place croissante a été accordée aux entretiens, à l’accompagnement des candidats et à leur préparation. Philippe Faure-Brac souligne l’importance du cadre réglementaire de cet examen d’État, organisé selon un cahier des charges et un référentiel précis, avec une délégation confiée aux professionnels.

L’évolution concerne également les produits et les habitudes de consommation. Là où le vin et l’eau occupaient autrefois une place presque exclusive à table, les sommeliers doivent aujourd’hui maîtriser un univers beaucoup plus large. Thés, cafés, kombuchas, boissons sans alcool et nouvelles attentes alimentaires font désormais partie des situations proposées aux candidats. Dans le scénario du service de cette finale, certains clients ne consomment pas d’alcool, d’autres présentent des contraintes particulières ou attendent des conseils précis sur le thé. « Aujourd’hui, il y a une diversité dans les produits, une attente du consommateur qui va dans ce sens. Donc, bien entendu, les épreuves ont évolué aussi. » Pour autant, l’essentiel demeure inchangé : l’excellence du savoir-faire doit toujours s’accompagner d’un savoir-être irréprochable.

 » Je pars l’esprit serein. »

Après presque trente ans consacrés à la construction et au rayonnement de cet examen, il laisse derrière lui une organisation structurée, des équipes formées et une nouvelle génération prête à poursuivre l’aventure. Une dernière transmission, fidèle à la conviction qui a guidé toute sa carrière : « L’essence même du savoir, de la culture, ça ne vaut que si c’est transmis. Le jour où l’on arrête de transmettre, on se coupe une partie du corps et, pire, une partie de l’esprit.»

par Sandrine Kauffer-Binz

9 finalistes au titre du MOF Sommellerie en 2026 ©Sandrine Kauffer-Binz

Classe Sommellerie 9 finalistes

Maxime Brunet

Emmanuel Cadieu

Francesco Cosci

Bastien Debono

Arnaud Fatome

Edmond Gasser

Jean Vincent Ridon

Julien Sarrasin

Frédéric Schaetzel