En 2026, le Domaine du Moulin à Ensisheim célèbre ses 20 ans. Deux décennies au cours desquelles Edmond Landwerlin, chef et patron du Domaine, Céline, son épouse, et Mélanie, sa cousine, ont transformé une ancienne maison de meunier en un hôtel-restaurant spa 4 étoiles de 69 chambres, associé au restaurant La Villa du Meunier. Une maison familiale, avec une nouvelle génération déjà présente : Sarah et Eva, les filles de Mélanie, ainsi qu’Émilie, Camille et Léon, les trois enfants d’Edmond et Céline. Construite par étapes, au rythme d’investissements successifs, elle s’apprête aujourd’hui à engager le projet le plus ambitieux de son histoire. Quelque 25 millions d’euros vont être investis à la suite de l’acquisition de l’ancienne crèche située à l’arrière du Domaine, dans la continuité de la propriété. Elle ouvre la voie à la création d’une vingtaine de chambres supplémentaires aux 69 existantes, et d’un nouveau spa intérieur et extérieur de 2 500 m², « La Forêt des Sens ».
Le Domaine compte désormais 85 collaborateurs. Lors de la soirée anniversaire du 25 septembre 2026, douze d’entre eux se sont vu remettre la médaille du travail. La soirée a réuni 450 invités, qui ont déambulé à travers la maison et sous les berges au bord de l’eau, entre musique et créations de trois chefs liés à son histoire : Laurent Arbeit, chef de l’Auberge Saint-Laurent à Sierentz, déjà présent pour un quatre-mains lors des 10 ans et qui parraine aujourd’hui Edmond Landwerlin pour rejoindre les Étoiles d’Alsace ; Chatchai Klanklong, chef de L’Orchidée ; et Guillaume Frickert, chef de la brasserie du Chambard, qui avait effectué son stage de troisième auprès d’Edmond Landwerlin.

De la Villa du Meunier au Domaine du Moulin
À l’origine se trouvait une ancienne maison de maître, la maison Haas, autrefois maison du meunier et propriété de la commune d’Ensisheim. C’est là que la famille Landwerlin choisit d’écrire une nouvelle histoire, plutôt que de reprendre directement l’établissement familial de Baldersheim.
« Nous sommes issus d’une famille d’hôteliers-restaurateurs à Baldersheim. Mes parents avaient le Cheval Blanc, une maison familiale qui existait depuis trois générations. Nous aurions pu reprendre l’établissement de nos parents, mais nous avons choisi de créer notre propre projet », précise Edmond Landwerlin. « Pendant dix ans, nous avons d’ailleurs travaillé sur les deux affaires. Puis mes parents ont souhaité profiter de leur retraite et ont vendu le Cheval Blanc à une autre famille. L’établissement est toujours en activité aujourd’hui. Cela nous a permis de nous concentrer totalement sur le Domaine du Moulin. » Edmond Landwerlin
Le potentiel de développement du site devient rapidement le fil conducteur du projet. D’une superficie initiale d’environ 2 000 à 2 500 m², la propriété évolue progressivement. La maison du meunier est rénovée pour donner naissance au restaurant La Villa du Meunier, complété de salles de séminaire et de logements destinés au personnel. À cette époque, la table propose une restauration classique et traditionnelle alsacienne. Parallèlement est construit l’hôtel, initialement classé trois étoiles et doté d’un petit spa. Le passage à quatre étoiles accompagne ensuite une succession d’investissements : amélioration des chambres, sauna extérieur, bâtiments de liaison, pâtisserie et développement des différents espaces. Presque chaque année apporte sa transformation.

Vingt ans après l’ouverture, le prochain chantier sera d’une tout autre ampleur.
« Aujourd’hui, notre spa représente environ 800 m² et il est devenu trop petit. Nous allons créer environ 2 500 m² supplémentaires de spa intérieur et extérieur et ajouter une vingtaine de chambres aux 69 chambres actuelles. Le nouveau spa proposera de nombreux équipements : plusieurs saunas avec différentes températures et ambiances, différentes expériences. L’idée est de proposer un véritable parcours immersif permettant aux clients de lâcher prise, autour de la nature et de la forêt. Le thème sera “La Forêt des Sens”. »
Le projet est actuellement en phase d’études. Les travaux devraient débuter début 2028, pour une durée estimée à deux ans et une ouverture envisagée fin 2029 ou début 2030. Sa situation au cœur d’un centre urbain protégé nécessite également un travail avec les Bâtiments de France afin de parvenir à un projet compatible avec son environnement. Edmond Landwerlin L’investissement initial représentait déjà 8 millions d’euros pour la construction de l’hôtel et la rénovation du restaurant. Depuis, les investissements successifs ont accompagné chaque étape de croissance. Le futur développement représentera, à lui seul, environ 25 millions d’euros. « C’est un peu fou, mais finalement, nous avons sans doute pris davantage de risques lorsque nous avons tout créé il y a vingt ans qu’aujourd’hui. Nous avons maintenant du recul et une entreprise qui fonctionne. » Edmond Landwerlin

Une famille réunie autour d’un projet
Derrière les bâtiments et les investissements, les vingt années du Domaine racontent d’abord une histoire familiale. Edmond Landwerlin parle d’une véritable « collectivité familiale », dans laquelle chacun a contribué, à son niveau, au développement de la maison. Parmi ses souvenirs les plus forts, il évoque son père et un moment de transmission particulièrement symbolique :
« Mon père était Maître Restaurateur, et je le suis devenu à mon tour. Nous avons eu une cérémonie officielle au cours de laquelle nous étions père et fils, chacun Maître Restaurateur dans son établissement. Nous avions reçu nos plaques ensemble, en présence des officiels. C’était autour de 2012 ou 2013, à l’époque où le titre commençait à se développer. Nous étions parmi les premiers. C’était un moment particulier. » À ce souvenir heureux répond celui, douloureux, de sa disparition. « La disparition brutale de mon papa, il y a trois ans. Il est décédé en forêt, dans sa passion, à la suite d’un arrêt cardiaque. Nous nous étions vus deux heures auparavant et, tout à coup, c’était fini. Il avait vendu son établissement et profitait de sa retraite. Il était passionné de chasse, mais il venait ici tous les jours. Nous prenions notre café ensemble, souvent en cuisine, sur le coin du piano. Il me donnait toujours des conseils. Comme il était lui-même cuisinier, il continuait aussi à me préparer des pâtés en croûte, des saucisses, des salamis… Quand papa est parti, cela a été très dur. Après, la vie continue et nous gardons son souvenir. » Edmond Landwerlin
Cette histoire familiale se poursuit aujourd’hui avec la génération suivante. Céline, épouse d’Edmond, Mélanie, sa cousine, et leurs enfants gravitent tous autour du Domaine. « Il y a Céline, mon épouse, Mélanie, ma cousine, et moi-même. Il y a également Sarah et Eva, les filles de Mélanie, ainsi qu’Émilie, Camille et Léon, nos trois enfants. » Les jeunes participent à la vie de l’entreprise selon leurs disponibilités. L’été, certains peuvent notamment tenir le kiosque de la piscine et servir les boissons aux clients. « On ne les force pas. Ils font leurs armes, ils font ce qu’ils veulent, mais la fibre reste quand même là. Et ça, c’est satisfaisant. » Deux des trois enfants d’Edmond et Céline sont déjà engagés dans les métiers de l’hôtellerie-restauration. Une transmission qui s’inscrit dans une histoire où les grands-parents ont eux-mêmes joué un rôle essentiel, notamment en prenant le relais auprès des enfants lorsque l’activité professionnelle mobilisait leurs parents. « Notre plus grande gratification : donner du bonheur aux gens. C’est aussi ce que nous essayons de transmettre à nos équipes : nos valeurs familiales. » Préserver cet équilibre entre vie familiale et professionnelle constitue également l’une des clés de cette longévité. Chacun possède ses responsabilités, avec la volonté de savoir laisser le travail à sa place lorsque la famille se retrouve. « Vingt ans passent très vite. Le Domaine, c’est notre bébé. Mais cette réussite est celle de toute une famille et de toutes les personnes qui nous ont accompagnés. » « Faire cette rétrospective nous a permis de regarder le chemin parcouru. Un anniversaire, c’est aussi l’heure d’un premier bilan. » Edmond Landwerlin

Edmond Landwerlin, chef cuisinier avant d’être entrepreneur
Devenu chef d’entreprise au fil du développement du Domaine, Edmond Landwerlin n’a jamais quitté les cuisines. « C’est mon premier métier. Je serais malheureux si je n’étais plus en cuisine ! » Il reste présent quotidiennement aux fourneaux aux côtés de Johan Bettlé, arrivé comme commis et qui l’accompagne depuis bientôt vingt ans. À La Villa du Meunier, la cuisine se veut traditionnelle gastronomique, entièrement faite maison et rythmée par les saisons. Le gibier y tient une place importante, tout comme le foie gras, présent à la carte depuis l’origine. Autre produit emblématique, le ris de veau évolue au fil de l’année, servi notamment avec la truffe en hiver ou, actuellement, avec une bolognaise de homard.
Cette longévité se lit aussi dans la fidélité des équipes et de la clientèle. Plusieurs collaborateurs comptent dix, quinze, voire près de vingt années de maison, certains ayant déjà travaillé avec Edmond Landwerlin dans l’établissement de ses parents. Côté hôtel, la durée moyenne de séjour atteint environ trois nuits, tandis que certains habitués reviennent jusqu’à dix fois par an. La clientèle, largement transfrontalière, vient notamment du Grand Est, du Luxembourg, de Belgique, d’Allemagne et de Suisse. À 25 ans, Edmond Landwerlin se lançait dans la création du Domaine du Moulin. Vingt ans plus tard, l’anniversaire marque moins un aboutissement qu’une nouvelle étape : « On va continuer, on va remettre une petite couche ! », conclut-il en souriant
par Sandrine Kauffer-Binz
Crédit photo : ©Sandrine Kauffer-Binz (famille) et ©Lukam (établissement)
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