À Andlau, dans le Bas-Rhin, Pierre Wach, septième génération à la tête du domaine familial, et son épouse Jessica, sommelière québécoise, conjuguent leurs expériences pour faire évoluer une propriété viticole de neuf hectares. Conversion biologique, innovations œnologiques, nouvelle identité et ouverture internationale : le couple inscrit son développement dans une démarche qui associe transmission, modernité et savoir-faire artisanal.
L’histoire du Domaine Wach, anciennement Domaine des Marronniers, s’écrit depuis sept générations à Andlau. Après avoir rejoint son père, Guy Wach, en 2011, Pierre Wach prend officiellement la direction de l’exploitation en 2015-2016. Une transmission familiale qui s’accompagne d’une évolution des pratiques et d’un repositionnement stratégique. À ses côtés, son épouse Jessica Wach, originaire du Québec, apporte un parcours singulier et une expertise complémentaire. Formée en gestion hôtelière et en sommellerie à Sherbrooke, puis à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, elle bénéficie en 2014 d’une bourse des Grands Chefs Relais & Châteaux, qui lui permet de poursuivre sa formation en France. Elle exerce notamment à La Cour d’Alsace, à Obernai, puis comme cheffe sommelière à La Cheneaudière & Spa, à Colroy-la-Roche. Leur histoire commune débute en 2013, lors d’une rencontre en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, ce couple réunit deux regards sur le vin : celui du vigneron, attaché à la terre et à la vinification, et celui de la sommelière, nourri par la gastronomie, le service et la connaissance des attentes des clients.

Cette complémentarité accompagne les transformations engagées au domaine, qui produit environ 50 000 bouteilles par an. L’une des étapes majeures est la conversion à l’agriculture biologique, avec un premier millésime officiellement certifié en 2022. Sur les coteaux parfois escarpés d’Andlau, cette évolution implique une adaptation des méthodes culturales. Parallèlement, Pierre Wach explore de nouvelles techniques de vinification, notamment la cryoextraction, la micro-oxygénation et les vinifications sans sulfites ajoutés. Le domaine met particulièrement en avant un procédé d’extraction à froid développé au terme de six années de recherches. Une démarche expérimentale qui illustre sa volonté de conjuguer tradition viticole et innovation technologique. Ces choix s’inscrivent dans une recherche de précision et dans l’évolution des pratiques environnementales, tout en posant la question des investissements et des équilibres économiques nécessaires à une exploitation artisanale.

Sur le plan commercial, Jessica et Pierre Wach développent une stratégie orientée vers la restauration gastronomique et les marchés internationaux, tout en conservant une production à taille humaine. Le domaine valorise notamment les terroirs des trois grands crus d’Andlau, Moenchberg, Wiebelsberg et Kastelberg, avec une politique de commercialisation différée de certains vins, parfois conservés trois à quatre ans après leur mise en bouteille. Le Japon, la Pologne et le Canada figurent parmi ses marchés à l’exportation, avec une présence au Québec à travers la SAQ. Le parcours international de Jessica Wach et son expérience de la haute restauration trouvent ici un prolongement naturel. Dix ans après la reprise de l’exploitation, le couple poursuit ainsi la transformation d’un héritage familial, avec l’ambition de préserver son identité tout en adaptant le métier de vigneron aux enjeux contemporains.
par Sandrine Kauffer-Binz
©Vincent Muller



