Décès de Pierre Heydt-Trimbach -Vins Trimbach à Ribeauvillé

La Maison Trimbach, le monde du vin et l’ensemble de la communauté gastronomique sont en deuil.  Les obsèques auront lieu lundi 9 février 2026 dans la grande église St-Grégoire de Ribeauvillé à 14h30.

Les Nouvelles Gastronomiques et Le Restaurant Julien Binz adressent leurs plus sincères condoléances à la famille Heydt-Trimbach, à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble des équipes de la Maison Trimbach.

Pierre Heydt-Trimbach est décédé tragiquement samedi soir, à l’âge de 69 ans, des suites d’un accident de la route. Son véhicule a quitté la RD10 à hauteur d’Ammerschwihr, entre le carrefour des Vignes et Ingersheim. Grièvement blessé, il a été pris en charge par les secours et conduit à l’hôpital, où il est décédé.

La disparition de Pierre Heydt-Trimbach laisse un vide immense. Celui d’un homme qui n’a jamais cherché la lumière, mais qui l’a constamment portée dans ses vins. Celui d’un géant du monde viticole, d’une force tranquille, dont l’élégance morale et la fidélité aux terroirs continueront de guider la Maison Trimbach pour longtemps.

Le vin alsacien perd l’un de ses plus grands serviteurs. Mais son héritage, lui, demeure, dans chaque verre de riesling précis, droit et lumineux, fidèle à l’esprit Trimbach.

Vinificateur et directeur technique de la réputée Maison Trimbach à Ribeauvillé, il incarnait depuis des décennies une figure majeure du vignoble alsacien, respectée et profondément admirée, en France comme à l’international. En 2016, le guide Bettane & Desseauve le distinguait en l’élisant Personnalité de l’Année 2017, saluant à la fois l’homme et l’œuvre.

Pierre Trimbach ©Sandrine Kauffer

Très investi dans la vie professionnelle, Pierre Heydt-Trimbach a présidé durant près de trente ans le groupement des producteurs-négociants du vignoble alsacien, devenu les Grandes Maisons d’Alsace. Il a également occupé la présidence de l’Académie du vin de France, contribuant activement à défendre une vision exigeante, honnête et durable du vin français.

Sa discrétion égalait ses compétences, son humilité répondait à l’étendue de son savoir. Il parlait peu, observait beaucoup, écoutait toujours. Et lorsque la parole venait, elle était pesée, respectée, jamais inutile. Dans les instances professionnelles comme lors des grandes dégustations, son regard calme et attentif faisait autorité.

Généreux, profondément humain, il faisait partie de ceux qui transmettent sans bruit – par l’exemple, par la constance, par une exigence silencieuse. Beaucoup, dans le monde du vin, reconnaissent aujourd’hui combien son influence fut déterminante, bien au-delà de la seule Maison Trimbach.

100 ans St Hune Trimbach ©Sandrine Kauffer

Une vie consacrée au riesling et à la Maison Trimbach

Né et élevé à Ribeauvillé, Pierre Heydt-Trimbach était dans les vignes depuis son plus jeune âge. Après un diplôme de viticulture-œnologie à Beaune, il complète sa formation par un séjour de six mois en Californie, au sein de grandes maisons viticoles, avant de revenir en Alsace avec une vision déjà internationale du vin. Il signe son premier véritable millésime en 1985, animé par une quête constante : créer des vins d’exception, droits, lisibles, profondément gastronomiques. La Maison Trimbach, fondée en 1626, exporte aujourd’hui près de 85 % de sa production et s’impose comme l’un des grands noms du riesling sec dans le monde.

Entreprise familiale qui célèbre ses 400 ans, la Maison Trimbach réunit 37 collaborateurs, exploite environ 60 hectares, dont une quinzaine classés en AOC Alsace Grand Cru – et commercialise près d’un million de bouteilles par an. Pierre était à la vinification, son frère Jean à la commercialisation. Ensemble, ils ont incarné un équilibre rare entre rigueur technique et vision commerciale. Pour Pierre Trimbach, le riesling n’était pas un cépage parmi d’autres : c’était une conviction. Une ligne de conduite. Une lecture du terroir sans concession aux modes. Il défendait des vins secs, précis, tendus, faits pour la table, pour la cuisine, pour le temps.

Les cuvées emblématiques de la maison, Frédéric-Émile, Clos Sainte-Hune, mais aussi certaines vendanges tardives, comptent parmi les plus grandes expressions alsaciennes.

Pierre Trimbach est élu « Personnalité de l’année » 2017 ©archive SandrineKauffer

Au-delà de l’homme, c’est une famille entière qui incarne l’esprit Trimbach. Une maison pensée comme un clan, soudé par le temps, la vigne et la transmission.
En 1979, Pierre rejoint la Maison pour suivre les traces de son père Bernard, après des études de viticulture et d’œnologie à Beaune. En 1985, son frère Jean le rejoint à son tour, prenant en charge la commercialisation des vins aux côtés de leur oncle Hubert, dans un dialogue constant entre cave et marché. La génération suivante s’inscrit naturellement dans cette continuité. En 2008, Anne, fille aînée de Pierre, intègre la maison pour accompagner le commerce, l’export et le développement numérique. En 2014, Julien, fils de Jean, rejoint les équipes côté vignes et cave. En 2016, Frédérique, fille de Pierre, prend en charge les achats et la communication. Puis, en 2021, Pauline, fille aînée de Jean, s’engage à son tour pour le marché français.

La 13e génération veille désormais sur la maison : Anne et Frédérique, filles de Pierre, Julien et Pauline, enfants de Jean, poursuivent l’histoire avec respect et détermination. Autour de Bernard, patriarche toujours présent, les générations se répondent, portées par une même exigence, une même humilité, un même sens du collectif.

Plus qu’une entreprise familiale, Trimbach demeure une famille de vignerons, rassemblée autour d’un héritage vivant, que Pierre Heydt-Trimbach a contribué à façonner avec constance, discrétion et une fidélité sans faille à l’esprit de la maison.

Son absence laisse un silence. Mais la famille, soudée, continue d’écrire l’histoire.

Par Sandrine Kauffer-Binz

Jean, Pierre, Hubert et Anne Trimbach -DR
Anne et Pierre Trimbach dans le caveau de dégustation ©SandrineKauffer (ma première interview)
Marie-Paule Gilardoni, Pierre Trimbach et Caroline Furstoss ©Sandrine Kauffer
Pierre Trimbach, Marie Paul Gilardoni et Romain Iltis ©Nouvelles Gastronomiques
Pierre Trimbach et Pascal Léonetti les soirées Harmonie chez Julien Binz -archive ©Sandrine Kauffer