À Megève, lors de la neuvième édition de Toquicimes, consacrée aux liens entre cuisine alpine et santé, Marc Veyrat a poussé un véritable coup de gueule contre la malbouffe, l’américanisation des habitudes alimentaires et la perte de notre patrimoine culinaire. Aux côtés du professeur David Khayat, cancérologue et invité d’honneur, et d’Emmanuel Renaut, chef triplement étoilé et cofondateur du festival, il a défendu une alimentation naturelle, végétale et profondément liée à la terre.
« La nourriture, c’est notre source de vie »
« Nos enfants sont initiés au fast-food. C’est hallucinant ! » Marc Veyrat ne mâche pas ses mots. Inquiet de voir la France perdre progressivement sa culture alimentaire, il dénonce la place grandissante de la restauration rapide, la standardisation des goûts et le recul de la cuisine familiale. Il évoque également les difficultés de la restauration française, avançant le chiffre de 25 fermetures d’établissements par jour, et s’alarme d’une situation dans laquelle la France importerait désormais davantage de produits alimentaires qu’elle n’en exporte.
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« La nourriture, c’est notre source de vie. Elle est spirituelle. » Fils de paysans, ayant lui-même gardé les vaches et participé à la fabrication du reblochon et de la tomme, il revendique cette authenticité paysanne comme le fondement de son engagement. Il redoute qu’une génération habituée aux saveurs standardisées ne perde demain le goût de la gastronomie française. Il regrette notamment que les Jeux olympiques de Paris n’aient pas davantage mis en lumière, selon lui, la cuisine familiale et le patrimoine gastronomique, au profit des grandes enseignes internationales.
« La meilleure pharmacie se trouve dans l’assiette »
Pionnier de la cuisine végétale et de l’utilisation des plantes sauvages depuis plus de quarante ans, Marc Veyrat défend une relation presque spirituelle à l’alimentation. « Tout sort de la terre et monte vers le ciel », affirme-t-il, rappelant que les forêts, les prairies et les montagnes constituent un patrimoine nourricier exceptionnel. Au fil de ses cueillettes, il transmet aux jeunes générations sa connaissance des herbes et de leurs usages culinaires, mais revendique également une dimension médicinale de son travail. Il raconte utiliser certaines plantes auprès de proches et de confrères, convaincu de leurs bienfaits. Le chef dénonce parallèlement l’utilisation intensive des pesticides, insecticides et engrais, qu’il associe à la dégradation de notre environnement et à des risques sanitaires. Proche du professeur David Khayat, qu’il présente comme un ami intime, il partage avec lui la conviction que la prévention et la qualité de l’alimentation doivent occuper une place centrale dans notre société.

Les chefs appelés à défendre les générations futures
Malgré la virulence de ses propos, Marc Veyrat refuse le pessimisme. Il croit à la capacité des grands chefs de se mobiliser collectivement pour défendre le patrimoine culinaire français et réapprendre aux enfants à bien manger. Il se présente volontiers comme celui qui « monte au front » pour alerter sur les dérives alimentaires, revendiquant une parole libre, nourrie par son enfance paysanne et son attachement à la terre. À Toquicimes, dont le thème invitait précisément à réfléchir aux liens entre gastronomie, santé et longévité, son intervention a rappelé que l’enjeu dépasse la seule composition nutritionnelle de nos assiettes. Il touche à l’éducation, à la transmission, à la préservation des savoir-faire et à l’identité gastronomique française. Pour Marc Veyrat, mieux manger n’est pas seulement une question de santé : c’est aussi une manière de préserver notre culture et de prendre soin des générations futures.
par Sandrine Kauffer-Binz
crédit photos et vidéos ©Sandrine Kauffer-Binz


