Michaël et Ingrid Arnoult un millésime 2026 exceptionnel aux Morainières

À Jongieux, au cœur des vignobles savoyards, Michaël et Ingrid Arnoult ont construit, depuis 2005, une maison gastronomique à leur image, profondément ancrée dans son territoire. Après une troisième étoile Michelin décrochée le 16 mars 2026, Michaël Arnoult vient d’être sacré Chef de l’Année 2026 lors de la 40e édition des Trophées Le Chef, organisée au Parc des Princes.

Une double consécration pour ce couple qui, parti de presque rien, a façonné une cuisine singulière, inspirée par les lacs, les montagnes et les producteurs de Savoie, sans jamais renoncer à sa conception de l’hospitalité.

Une rencontre en Angleterre, un destin en Savoie

L’histoire des Morainières est d’abord celle d’une rencontre. Originaire de Nantes, Ingrid Arnoult s’est formée aux métiers de la salle dans un petit restaurant gastronomique de sa région. Michaël Arnoult, né à Orléans et fils d’un artisan menuisier, a suivi sa formation à l’école hôtelière de Montargis. Leurs chemins se sont croisés en Angleterre, à l’Oakley Court Hotel de Windsor, où tous deux étaient partis perfectionner leur anglais. « On travaillait l’un en face de l’autre », se souvient Ingrid. Leur parcours commun les a ensuite conduits à Nantes, au Luxembourg, puis à Megève, où ils ont rejoint en 2001 le Flocons de Sel d’Emmanuel Renaut. Entré en pâtisserie, Michaël est devenu second de cuisine un an plus tard, tandis qu’Ingrid a évolué jusqu’au poste de directrice de salle. Cinq années fondatrices, au cours desquelles le couple a développé une conception commune de son métier, fondée sur l’exigence, la complémentarité et le sens du collectif.

MICHAEL ARNOULT LECHEF2026 ©Charlène YVES

En 2005, alors que leur fils Hugo était âgé d’un an, les deux professionnels ont décidé de franchir le cap de l’indépendance pour concilier leur vie familiale et leur passion de la restauration. La Savoie, découverte au fil de leur expérience à Megève, s’est imposée comme une évidence. Après plusieurs mois de recherches, ils ont trouvé leur bonheur à Jongieux, village viticole de l’avant-pays savoyard, entre le lac du Bourget et le Rhône. Sur les hauteurs du village, un ancien cellier de pierre, autrefois consacré à la culture de la vigne, de la truffe et du champignon, leur a offert le cadre de leur future maison. Le bâtiment, longtemps laissé à l’abandon avant d’être restauré, dominait les vignobles du cru Marestel.

Le nom des Morainières évoque d’ailleurs la moraine, ces débris déposés par les glaciers qui ont façonné le paysage et les terres viticoles de la région. Le 16 juillet 2005, Michaël quittait le Flocons de Sel ; le couple signait l’acquisition le 18 juillet et ouvrait son restaurant quatre jours plus tard, le 22 juillet. Une installation menée tambour battant, avec l’audace de leurs 25 ans et des débuts particulièrement modestes : à la rentrée, le restaurant accueillait parfois seulement deux à quatre convives par jour. Chaque client recevait néanmoins la même attention que si la salle affichait complet. Progressivement, le bouche-à-oreille a permis à cette auberge confidentielle de trouver sa clientèle et de construire sa réputation.

Une cuisine d’eau douce, guidée par les saisons et les producteurs

Vingt et un ans plus tard, Les Morainières sont devenues une destination gastronomique dont l’identité culinaire se nourrit directement de son environnement. Chaque mardi, Michaël Arnoult se rend aux halles de Chambéry pour découvrir les arrivages et échanger avec ses fournisseurs. Ici, le produit précède la recette : la pêche du jour, les récoltes des maraîchers et les ressources de la saison déterminent la composition des menus.

Le chef s’appuie sur un réseau de producteurs et d’artisans fidèles, parmi lesquels Alex Tardio, de la Criée Savoyarde, pour les produits de la pêche ; Jean-Luc Botti, pour les légumes anciens, les petits fruits et les herbes ; Stéphane Milleret, de la Boucherie des Halles, pour les viandes ; ou encore François Michaud, éleveur de 400 chèvres à trois kilomètres du restaurant. Dans le verre, les vins de Savoie occupent naturellement une place privilégiée, notamment la Roussette de Marestel de Julien Barlet, vigneron de la Cave du Prieuré, dont les vignes s’étendent sur les coteaux qui dominent la salle. Une fidélité au territoire qui ne se transforme pourtant jamais en dogme : « Le terroir, c’est le territoire qui nous entoure, il n’a pas de frontières », souligne le chef.

La proximité du lac du Bourget, du Rhône et du Léman a progressivement façonné une cuisine d’eau douce dans laquelle l’omble chevalier, le lavaret, la truite et le brochet occupent une place essentielle. Michaël Arnoult complète ces ressources par ses cueillettes quotidiennes d’herbes sauvages, auxquelles s’ajoutent les aromatiques cultivées dans le potager de la maison. Après avoir longtemps travaillé auprès d’Emmanuel Renaut, le chef a construit sa propre identité en s’affranchissant progressivement de ses influences pour développer une cuisine qui ne pourrait exister ailleurs. Il refuse d’ailleurs la notion de plat signature, considérant qu’une recette doit pouvoir évoluer au gré des saisons et de l’inspiration.

L’écrevisse demeure néanmoins l’un de ses produits de prédilection, déclinée au fil des arrivages à travers différentes cuissons, textures et associations. Cette liberté créative s’exprime également dans l’organisation de la brigade, où chaque collaborateur peut proposer ses idées et participer à l’évolution des créations. En salle, Ingrid Arnoult prolonge cette philosophie par un accueil chaleureux et attentif, privilégiant la simplicité des échanges et une hospitalité sans ostentation. Le couple a également développé La Maison des Morainières, à Saint-Pierre-de-Curtille, un ancien corps de ferme transformé en maison d’hôtes de six chambres, permettant aux convives de prolonger leur expérience gastronomique au cœur de la campagne savoyarde.

Trois étoiles Michelin et le titre de Chef de l’Année 2026

La progression des Morainières s’est construite au fil de trois grandes étapes. En 2007, deux ans seulement après l’ouverture, Michaël Arnoult obtenait sa première étoile Michelin, alors qu’il travaillait encore seul en cuisine. La deuxième suivait en 2012, récompensant l’affirmation d’une identité culinaire personnelle. Le 16 mars 2026, le restaurant décrochait sa troisième étoile, devenant le seul nouvel établissement triplement étoilé de France lors de cette édition du Guide Michelin. Une consécration qui a propulsé cette maison savoyarde sur la scène gastronomique internationale, sans modifier les fondamentaux de son fonctionnement : les visites hebdomadaires aux halles de Chambéry, la fidélité aux producteurs, les menus construits autour des arrivages et l’accueil personnalisé d’Ingrid. « Il faut juste tenir une ligne de conduite : la sienne », résume le chef.

Six mois plus tard, le 21 septembre 2026, Michaël Arnoult recevait le titre de Chef de l’Année 2026, décerné par ses pairs lors de la 40e édition des Trophées Le Chef, organisée au Parc des Princes, à Paris. Une nouvelle distinction qui vient saluer un parcours de plus de vingt ans, construit avec son épouse autour d’une même conception de la gastronomie et de l’hospitalité. De l’ancien cellier de Jongieux à la reconnaissance des trois étoiles Michelin, l’aventure des Morainières témoigne d’une réussite collective, patiemment élaborée, où la fidélité à un territoire accompagne une recherche permanente de justesse et de créativité. Pour Michaël et Ingrid Arnoult, la consécration ne constitue pas un aboutissement, mais une nouvelle étape dans l’histoire de cette maison qu’ils continuent de faire vivre ensemble.

www.lesmorainieres.com/