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Le 13 avril 2020, nombreux sont ceux qui  ont suivi en direct le discours du Président de la République Emmanuel Macron qui a annoncé; « Si les effets du  confinement sont positifs, une reprise de l’activité économique pourrait être envisagée à partir du lundi 11 Mai. Mais les HCR, lieux culturels et événementiels devront sans doute patienter à minima jusqu’à la mi-juillet. La profession craint d’être assimilée à ce second calendrier prévisionnel de reprise.

« Comment imaginer, si le port du masque devient obligatoire, les clients revenir dans les restaurants, lieux par définitions confinés, qui peuvent parfois accueillir 100 personnes ? », s’interrogent certains chefs d’entreprise. »

« Les spa des hôtels devront sans doute rester fermés et la clientèle étrangère, transfrontalière ne sera pas au rendez-vous à notre ouverture », s’inquiètent les hôteliers-restaurateurs du Grand Est. Quand à la capitale, c’est toute une clientèle internationale qui va lui manquer.

 

« On a ressenti l’effet second 14 mars »

 

Laurent Trochain s’exprime au nom du collectif Resto Ensemble.

« Le groupe a échangé des messages, plutôt inquiets quand à la reprise de l’activité. Il va falloir être créatifs, innover, faire de la vente à emporter ou de la livraison à domicile. Mais surtout nous allons renforcer notre mobilisation, se fédérer davantage et ne rien lâcher. Il va falloir reconsidérer aussi, à titre individuel, nos prévisionnels et revenir, pour certains chez nos banquiers. Nos PGE reposant sur 2 mois de trésorerie. »

« Il faut arrêter de nous faire des effets d’annonce »

 

Resto ensemble représente 10 000 abonnés qualifiés sur sa page Facebook. Pour faire remonter des chiffres et statistiques fiables, ils ont lancé deux sondages.

Voici les premiers résultats sur 1000 réponses, des résultats qui seront à affiner mais qui indiquent déjà des premières tendances.

Le président Emmanuel Macron et Bruno Le Maire avaient annoncé qu’avec la BPI il y aurait des prêts garantis pour tous. Mais c’est un exemple d’effet d’annonce car dans la réalité, certains se sont vus refuser ce prêt. Nous avions pris cette annonce au mot, tout comme les « annulations de charges ». Les astérisques* ne sont pas clairement énoncées ; « selon étude des dossiers », ou « au cas par cas ». Il faut veiller à ne pas transformer de l’espoir en colère », s’exclame Laurent Trochain.

 

Le PGE (Prêt Garanti par l’État)

Sur 87% qui ont fait la demande de PGE, 34% ont déjà eu l’accord (dont 23% ont reçu les fonds sur le compte), 14% ont eu des refus et le reste sont en attente d’une réponse.

On constate que les entreprises qui étaient déjà en difficulté, impactées il y a quelques semaines par les « gilets jaunes », ou les grèves ont des réponses négatives. Les banques ne souhaitent prendre aucun risque, elles justifient leur refus sur la base du dernier bilan et le prévisionnel demandé.

Une Avance Remboursable 

Pour parer au refus des banques,(à l’échec du PGE) l’Etat va se substituer aux banquiers avec une enveloppe de 500 millions d’euros;  « avance remboursable », pour redémarrer la reprise à rembourser  par la suite. Cette mesure fait partie d’un nouveau projet de loi de finances rectificative (PLFR), le deuxième en moins d’un mois. Il porte de 45 à 110 milliards d’euros environ le montant total des aides à l’économie pour faire face à la récession.

 

Sur la question des versements des salaires

On est passé du maintien de salaire pour tous à 84% du net, le restant pouvant être à la charge de l’entreprise, si elle en a les moyens.

Selon les premiers résultats du sondage, 70 % des entreprises ont pu verser les salaires de mars sur leur trésorerie (mais avec ou sans autorisation de découverts ?), 6% se sont déjà appuyées sur le PGE et 23% sont déjà dans l’impossibilité de les verser.

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes Publics, a annoncé le 15 avril, la suppression des charges fiscales et sociales jusqu’à 750 millions d’euros pour les entreprises des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et des arts et spectacles. Mais quelles seront les conditions d’éligibilité ?

Laurent Trochain s’interroge ; « A quoi sert d’annuler des charges à des entreprises qui risquent de mettre la clé sous la porte et ne pas résister à la fermeture administrative liée à la pandémie du Covid-19 ? »

Les membres et les professionnels sont invités à répondre au sondage ICI

 

Pour les 1500€ du fond de garanti

Nombreux sont ceux aussi qui ne remplissent pas les conditions d’éligibilité (trop de salariés ou pas assez de perte de CA sur le mois de mars).

Mais, 1500€ / mois versés sur le compte de l’entreprise compensent difficilement les pertes d’exploitation qui peuvent atteindre 80 000 euros par mois en moyenne pour un restaurant. Pour un hôtel-restaurant spa, les pertes sont plus considérables.

 

La Perte d’exploitation

Enfin le dernier point, et le plus important est la demande de la prise en compte de la catastrophe naturelle et sanitaire par l’État et de la perte d’exploitation par les assurances.

Le collectif Resto Ensemble a sondé ses membres.

« Selon les retours de nos membres, La Maaf accepte d’étudier les contrats, mais AXA et Allianz ressortent avec des réponses définitivement négatives. 200 millions ont été versés par les assurances. C’est à la fois une grosse somme, mais nous avons publié sur notre page facebook les 15,36 milliards de bénéfices sur deux années consécutives pour Allianz et 8,3 milliards pour AXA », précise Laurent Trochain. « Nous estimons que cela n’est pas suffisant ».

 

Michel Sarran « En Allemagne Allianz verse 10 à 15% pour la perte d’exploitation « 

 

Interrogé sur Rtl le 16 avril 2020 le chef Toulousain, jury de top chef s’exclame :

« J’en veux beaucoup aux assurances aujourd’hui qui nous disent que la perte d’exploitation n’est pas couverte, qu’on ne pourrait pas assurer la pandémie, mais en Allemagne, le gouvernement a réussi à obtenir de la compagnie Allianz qu’elle prenne en charge la perte d’exploitation à hauteur de 10 à 15%. Au lieu de verser dans des fonds, mais dont on ne sait pas vraiment qui en bénéficie. (…) Il faudrait que le gouvernement fasse un peu plus pression sur les assurances et qu’elles considèrent notre perte d’exploitation. Quand on paie une prime d’assurance, par exemple, 10 000 euros/an, il y a environ 1000€ pour la perte d’exploitation, mais pendant les fermetures administratives, il y a une baisse énorme des sinistres de toute part (moins d’accident de voiture, dégâts des eaux) et les assurances font des économies et cela n’est pas acceptable. C’est un drame pour nous (…) Qui pourrait tenir et se passer d’un tiers de son chiffre d’affaires et payer ses frais de fonctionnement. (…) On attend des politiques des engagements, des certitudes et des écrits. Depuis ma video sur Instagram, je reçois des messages de chefs d’entreprises qui me disent « pour nous c’est fini je mets la clé sous la porte ». (…). 

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Selon les Echos, Allianz vient de publier des résultats records pour 2019, dégageant un bénéfice net de 7,9 milliards d’euros, en hausse de près de 6 % sur un an.

Sur Capital, il est révélé que le bénéfice d’exploitation de 11,9 milliards d’euros est lui aussi supérieur aux attentes, et il est tablé pour 2020 sur une performance opérationnelle de 12 milliards d’euros, à plus ou moins 500 millions d’euros près, sauf évènements imprévus. L’an dernier, le chiffre d’affaires d’Allianz,  premier assureur européen (devant le français Axa) a augmenté de près de 8%, à 142,4 milliards d’euros

 

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Interpellations des professionnels et réponse par courrier de Bruno Le Maire.

Des centaines de lettres ont été envoyées aux députés, aux sénateurs et à Bruno Le Maire. Dans sa réponse, le cabinet du ministre de l’économie apporte des précisions:

 « S’agissant de votre demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, cela n’aurait qu’une portée modeste. En effet, ce dispositif repose sur une réassurance publique prenant en charge les sinistres exceptionnels, ce qui suppose que les entreprises soient préalablement assurées contre le risque à indemniser. Or, dans la grande majorité des contrats d’assurance souscrits par les entreprises, seules sont couvertes les pertes d’exploitation résultant d’un dommage matériel tel que la détérioration ou la destruction de biens ; et non les pertes d’exploitation sans dommage matériel, comme c’est le cas en situation d’épidémie. Pour cette raison, un tel dispositif de réassurance ne pourrait être opérant. De plus, il convient de rappeler qu’il n’est pas constitutionnellement envisageable de modifier par la loi les garanties couvertes par les contrats existants. (…) Toutefois, Bruno LE MAIRE a demandé aux assureurs et à ses services d’engager une réflexion autour de l’idée de création d’un régime de type assurantiel destiné à intervenir en cas d’une future catastrophe sanitaire majeure, afin d’en déterminer l’opportunité, la faisabilité technique ainsi que les avantages et les inconvénients pour tous les acteurs, publics et privés. Pour autant, un tel mécanisme ne pourra nécessairement porter que sur l’avenir : les assureurs ne peuvent indemniser des sinistres qu’ils ne couvraient pas en vertu des contrats existants, légalement conclus. lire la réponse complète ICI

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« Cette réponse du cabinet et les propositions de lois qui ont été déposées en ce sens sont encourageantes, mais elles proposent de réfléchir sur l’avenir, sans effet rétro-actif. Pour nous l’urgence, c’est maintenant ! Nous demandons à être entendus ! »

 

 

Mais, en définitive, les hôtels, Cafés et restaurants ont-ils fermé pour cause d’épidémie/pandémie avec leurs personnels et leurs clients atteints et contagieux ?

Ou par décision de fermeture administrative brutale, annoncée en directe à la télévision un samedi 14 mars à 20H en plein service ? (arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19, inscrit au JORF n°0064 du 15 mars 2020  (texte n° 16)), prolongé le 13 avril pour une durée indéterminée estimée jusqu’à mi-juillet 2020  “aussi longtemps que durera l’état d’urgence sanitaire

 

« Il faut rester mobilisés », conclut Laurent Trochain au nom du collectif. « Des grands chefs nous ont rejoints en publiant des vidéos, citant Régis Marcon, Christian Têtedoie, Philippe Etchebest et Michel Sarran ! 

 

Par Sandrine Kauffer-Binz

 

Vidéo Philippe Etchebest « On est dans la merde »

13 avril sur la 5 dans « C dans l’air »

 

Michel Sarran : « Aidez-nous, mettez la pression sur les assurances »

Régis Marcon :  » L’abandon de charges est indispensable »