Yolande Haag Oui la vie est belle ©Nouvelles Gastronomiques

Yolande Haag continuer sa mission d’ambassadrice Meteor

Jeudi 1er décembre 2022, le Journal Officiel a publié la nouvelle promotion de l’ordre national du mérite. Yolande Haag est promue Officier par le Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, l’occasion de revenir sur son portrait et la trajectoire de la Lady Meteor.  Elle avait fait la Une du magazine Good’Alsace N°7.  Elle était mon invitée de la rubrique « les restaurants ont une histoire », à l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern. C’était en juin 2020. Je m’en souviens très bien.

Ce rendez-vous fut prodigieux, car j’ai été le témoin de « retrouvailles » émouvantes. Yolande m’avait confié son combat contre la Covid-19. « Je suis une miraculée », disait-elle, avant de nous inviter, enjouée et enthousiaste, à partager sa passion pour la cuisine et les chefs. En 2010, je débutais comme journaliste gastronomique et Yolande était jury de la première édition du concours de la meilleure matelote d’Alsace, à l’Auberge de l’Ill. Bienveillante, elle m’a constamment encouragée, de manière « fée-noménale ». Comme tant d’autres « filleules », je profite de cet article pour remercier une « marraine professionnelle » pour sa générosité, les valeurs qu’elle transmet et qu’elle incarne avec énergie et exemplarité.

Vous l’aurez compris, ce magazine n°7 en juin 2020 post-covid, avait une saveur particulière.

Danielle Baumann, Marc Haeberlin, Yolande Haag, Sandrine Kauffer-Binz et Serge Dubs ©Nouvelles Gastronomiques

Elle arrive à l’Auberge de l’Ill, vrombissante et pétillante, chargée de cadeaux, de bières Meteor et de livres à dédicacer, un bouquet de tournesols à la main, débordante de bonne humeur à partager. Yolande Haag, en tenue de cavalière chic, défie toutes les tendances de l’élégance et fait sensation à chacune de ses arrivées.

Pour la rubrique « Les restaurants ont une histoire » de Good’Alsace, elle a choisi, sans hésiter, l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, chez les Haeberlin, sa « seconde famille ». Quarante-cinq ans scellent une amitié sans faille, qui s’est renforcée et consolidée au fil des années, cousant de fil d’or des liens intergénérationnels.

Yolande Haag et Marc Haeberlin, une amitié sans faille ©Sandrine Kauffer-Binz

Que de souvenirs heureux, nostalgiques, languissants, émus, que de fous rires, de joie et de gastronomie. Yolande vient autant s’y restaurer de bons mets, que se ressourcer d’amour et d’amitié. Elle sort de son attaché-case orangé, des trésors de photos qu’elle dévoile à Marc Haeberlin, se remémorant les temps forts de leur amitié. Les sourires s’installent durablement sur leurs visages, même à la douce évocation des absents et face au déroulé perpétuel du temps. « Regarde Marc, ici je pose devant l’Auberge en 1965 dans ma tenue Chanel », s’enthousiasme Yolande, « et là, nous étions ensemble à Val d’Isère, …à Egast, ….à Paris… pour de beaux événements culinaires. »

« Je me suis battue comme une lionne contre le covid »

Mais, ce jour d’été 2020, le bonheur des retrouvailles est décuplé. Yolande Haag (re)vient de loin. Ce n’est pas tant les kilomètres séparant Hochfelden d’Illhaeusern qui l’ont exténuée, mais c’est la bataille du Covid qu’elle vient de remporter. Telle une guerrière, elle s’est armée de munitions, a tiré ses flèches de sagittaire (née un 4 décembre), pour viser en plein cœur le virus ennemi. Hospitalisée à Saverne pendant 17 jours, dans un état sévère et violent, testée positive au Covid-19, elle fut suspendue à l’éventuelle séparation irrémédiable avec ceux qu’elle aime.  « Pendant ces jours les plus longs de ma vie, la mort a rodé dans ma chambre », confie-t-elle. « Vous revenez de loin, de très loin et vous nous avez fait très peur », lui a confié son pneumologue. « C’est votre force mentale qui vous a permis de vous en sortir et nous a dissuadé de vous plonger dans le coma. »

« Je me suis battue comme une lionne contre le covid. J’étais isolée, mais entourée d’une formidable équipe médicale. Dans cette difficile épreuve de vie, dans ce combat de l’incertitude des dégâts du virus, chaque heure, chaque jour, j’ai puisé mes forces auprès de ceux que je nomme mon « bataillon d’anges ». Ce sont mes amis, ma famille, ceux qui ont été présents tout au long de ma vie ! Ils m’ont écrit, envoyé leur pensée, leur soutien, pour que je puisse sentir leur présence à mes côtés. Leurs messages m’ont portée, j’ai ressenti leur amour, ce qui m’a donné de la force. De l’obscurité à la lumière, je leur adresse mon immense gratitude et reconnaissance, pour leurs prières, pour m’avoir permis de mener et gagner le dur combat et être, par miracle, à nouveau ancrée à la lumière de la Vie. Merci de tout cœur », lâche Yolande visiblement émue.

Yolande Haag remercie son bataillon d’anges ©S.kauffer-Binz

Ce jour d’été 2020, elle vient célébrer sa renaissance. Avec pudeur et humilité, avec tendresse et émotion, elle confie quelques extraits de son introspection. « Mes quatre enfants m’ont dit « merci maman de t’être battue pour nous », comparant cette épreuve à une traversée de l’Atlantique en solitaire, priant pour que je puisse regagner la terre ferme. J’ai cherché au fond de moi, comme dans les racines d’un arbre, ces forces et cette confiance dans les pires moments de doute, mais aussi dans l’amour de la vie et des autres. J’ai eu le temps de la réflexion, de regarder dans le rétroviseur, de me réjouir de cette belle vie, d’être sereine. Quel parcours fabuleux ! », reconnaît-elle.

Miraculée, elle porte en bandoulière « la vie est belle ».  Yolande tient à préciser : « la vie n’est pas belle, on la rend belle ». L’Homme est acteur de son destin et de son épanouissement. « Ne mettez jamais la clé du bonheur dans la poche de quelqu’un d’autre». Yolande pourrait faire de ce proverbe sa maxime. « Et ce n’est pas fini. Mon jeune directeur général (ndlr : son fils Édouard) compte sur moi pour continuer ma mission d’ambassadrice Meteor dans toute la France et recevoir les clients à la Villa.

Je suis Madame Meteor

J’apporte la bonne parole en région, avec couleur et gaité. Je viens appuyer le formidable travail de nos commerciaux et nos dépositaires sont ravis. J’ai toujours exercé (ndlr : voir excellé) dans les relations publiques. Je remercie Édouard pour sa confiance et de croire en moi. Je remplirai ces missions tant que j’aurais la niaque et de l’allure », affirme-t-elle. «C’est important, car c’est l’image de l’entreprise qui est en jeu. Elle doit être moderne et dynamique. Quand Édouard fut nommé directeur général et commercial de Meteor en 2015, j’avais décidé de quitter mes fonctions après quarante-cinq années florissantes. Je me suis effacée. J’ai pleuré, souvent, mais j’ai accepté. C’était mon initiative et je l’ai fait pour lui. Mais, s’il estime que je suis encore utile pour l’entreprise, alors je suis à ses côtés pour lui apporter toute l’aide possible. »

Flamboyante, elle se pare de toilettes extravagantes, faites sur mesure et hautement colorées. Lumineuse, avec son regard pétillant et son sourire éclatant ; c’est une très belle femme, oui indéniablement ! Elle suscite l’admiration et le respect, enthousiasmante de projets, et désarmante de dynamisme. Mi-tornade volcanique, mi-météorite, elle génère des tourbillons d’idées, elle avance sur le chemin de sa vie, pleine de gratitude, de positivité et d’optimisme. Voltaire disait : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

« L’Auberge de l’Ill : ma seconde famille »

Cela fait presque un demi-siècle que les deux familles se fréquentent et ont noué des liens indéfectibles. Le père de Yolande était ami avec tante Claire (la tante de Marc Haeberlin) et en 1965, la jeune Yolande posait déjà devant l’Auberge en tenue Chanel. Elle s’éprend de ce coin de paradis, y revient aussi souvent que possible pour livrer de la Meteor, déjeuner dans le zimmerlé ou s’attabler en famille. « Chaque année, avec Michel, nous invitons nos enfants à l’Auberge de l’Ill pour fêter tous les anniversaires ensemble.

 

Les anniversaires à l’Auberge : Aurélia, Murielle, Leonard, Alexandre, Gwenaëlle, Yolande, Michel, Laure, Édouard et Sadec.

C’est ma maison de cœur, ma seconde famille. J’y ai mille souvenirs personnels et émotions gustatives, olfactives, et culinaires ». Diplômée d’un BEP cuisine et d’un BTS au lycée hôtelier de Strasbourg, Yolande se passionne pour la cuisine. Son plus beau diplôme est encadré, signé par Marc et Paul Haeberlin. Avec beaucoup d’humour et d’amitié, Marc l’a dessiné pour elle, l’officialisant avec la mention « Nous ne pouvons que la recommander à nos confrères », y appose-t-il très officiellement. « C’est le premier certificat que j’ai dessiné », confie le chef de l’Auberge de l’Ill. « À l’époque, la maison Bocuse en remettait à leurs employés, alors mon oncle Jean-Pierre s’en est inspiré. »

Le certificat de travail de l’auberge de L’Ill est encadré dans sa cuisine ©S. Kauffer-Binz

« J’en suis très fière », sourit Yolande Haag, se remémorant les moments partagés. « Je voulais tout connaître, surtout les astuces des chefs. Je sais très bien copier les recettes », mentionne-t-elle. « Je peux réaliser le feuilleté aux asperges et truffes de l’Auberge de l’Ill les yeux fermés! » Pour célébrer les événements importants dans sa vie professionnelle et personnelle, ce paradis gastronomique est souvent l’élu de son cœur, en témoigne sa remise de la Légion d’Honneur, par le Ministre André Bord, et pour l’occasion, les pâtissiers lui avaient préparé un dessert de circonstance.

Yolande Haag cuisine le Homard avec Marc et Paul Haeberlin en 1992.

Avec Marc Haeberlin c’est une belle histoire d’amitié, où l’humour « protestant » est partagé avec complicité. « Je me souviens de notre premier événement », évoque Marc, « c’était en 1990. Yolande était la marraine de la journée du goût. Avec une brigade de chefs, dont Antoine Westermann et Émile Jung, nous sommes allés à Paris. Elle a fait sensation et a tout de suite été acceptée par la famille professionnelle. Mais, c’était facile pour elle ! Yolande est une belle femme compétente, professionnelle, dotée d’un extraordinaire sens du relationnel, avec beaucoup d’humour. Elle incarne parfaitement l’Alsace accueillante qui aime et qui sait recevoir. En plus, elle avait suivi la même formation que nous » dit-il, évoquant Monsieur Kocher. « Elle partage notre passion et elle savait déjà cuisiner. Et elle est tellement attachante et enthousiasmante. Elle aime rire, et sa joie de vivre est communicative. À elle seule, c’est un opéra de Mozart ! Je peux aussi témoigner qu’elle est fidèle et sincère en amitié. » Meteor a toujours été partenaire et sponsor de nombreuses manifestations culinaires. Ainsi leurs routes se sont régulièrement croisées, jusqu’à se fondre sur un chemin commun, celui de l’amitié. Bien installés dans le bureau du chef, à l’arrière des cuisines pour y déjeuner, leur conversation se poursuit autour de plats emblématiques.

avec serge dubs dans le bureau de Marc

Ses plats préférés sont le foie gras brioché, le pigeon en habit vert, et le homard sous toutes ses formes. Mais elle se laisse tenter par toutes les nouveautés, à l’instar du filet de bar poêlé dans son bouillon de poissons de roches, poulpe et fenouil, ou le menu dégustation végétal, valorisant la soupe glacée de petits pois, la compression de champignons et jus corsé au persil, les fleischnakas végétales, et la fameuse truffe en croûte de pommes de terre. Yolande cultive des liens particuliers avec les chefs. Les sommeliers ont bénéficié du même soutien indéfectible de Meteor. « Yolande a joué un rôle indéniable pour la promotion de la bière et a contribué à l’inscrire sur la carte des grands restaurants », mentionne Serge Dubs, président de l’ASA et président d’honneur de l’UDSF. « Elle a toujours été très professionnelle et performante », ajoute le charismatique sommelier de l’Auberge de l’Ill depuis plus de 40 ans. « J’ai soutenu la sommellerie, car le vin et la bière sont similaires et complémentaires », intervient Yolande Haag. « Avec le même protocole de qualité, des produits de la terre et un travail artisanal. Je tenais à apporter les connaissances brassicoles aux sommeliers », précise celle qui avait été en quart de finale au concours de meilleur sommelier de France – catégorie élèves.

Le Meilleur Sommelier du Monde 1989 souligne : « Yolande a cette capacité de percevoir les gens, elle a un affect, une sensibilité, du palais, du charme, de l’éloquence ; elle aurait été une excellente sommelière ! Elle a une curiosité intellectuelle, elle aime découvrir et goûter. Elle est toujours enjouée, créant une atmosphère autour d’elle. Je peux vous garantir que personne ne s’ennuie jamais à sa table. Elle sait donner le meilleur d’elle-même et se surpasser.  Quand elle entre dans la salle, elle fait toujours sensation », relève Serge Dubs, observateur. « Elle dégage une certaine aura et fait forte impression. » Les conversations baissent d’un ton, comme si apparaissait Sophia Loren, surnom donné par Gilles Pudlowski.

En effet, telle une comédienne qui entre en scène, Yolande joue sa partition, soigne son apparition et « crève l’écran ».

avec le comité Miss France et Geneviève de Fontenay

Yolande explicite : « Paraître sous son meilleur jour, fait partie d’une éducation. C’est une marque de respect pour les convives, la beauté des lieux et la cuisine haute couture préparée avec amour. Paraître, n’enlève rien à l’être. J’ai envie de donner du bonheur et du plaisir, partager des bonnes ondes pour offrir le meilleur. C’est une question de valeur et de principe. Ma tenue renvoie un message, elle indique que j’ai pris le temps de la choisir et de me réjouir de ce rendez-vous. Prendre soin de soi, de son image, se valoriser et se montrer sous son meilleur jour est aussi un cadeau pour les autres. On se fait belle, on se sent belle. A Happy Girl is a Pretty Girl et inversement. Et puis j’ai toujours eu l’audace d’oser ! », s’exclame-t-elle. « Il faut oser l’extraordinaire, mais il faut l’assumer et donc savoir rester soi-même. »

Elle fait dessiner ses tenues par des créateurs, optant malicieusement pour l’extravagance et la couleur. Le choix des apparats se doit d’être en harmonie avec les hôtes et les circonstances. « Les couleurs sont joyeuses et la joie est une émotion contagieuse. Elles sont des messagères, un feu d’artifices et de lumières. Je me sens bien dans les tonalités orangées, à la fois zen et énergétique », mentionne-t-elle.

A la fois Zen et énergétique ©I.Haaser/Good’Alsace N°7

« Les oppositions et complémentarités me caractérisent ». Cette couleur, éponyme du fruit multivitaminé, est réputée renforcer une visibilité. Il n’y a pas de hasard si l’orange évoque le soleil, la flamme et l’automne, mais aussi des valeurs de communication et de créativité. Il est aussi synonyme de vitalité, de force, d’optimisme et insuffle joie et bonheur de vivre. Toutes ces interprétations déterminent avec précision le tempérament de Lady Meteor, et si vous prêtez attention aux vertus de la chromothérapie, c’est à s’interroger si la couleur détermine la femme ou si Yolande symbolise la couleur. Toujours remarquée à chacune de ses apparitions, elle capte l’attention et suscite l’admiration. Magnétique et charmeuse, lors des événementiels, elle fascine, évoluant féline, de convives en convives.

Une tendresse particulière pour les chefs

« J’ai une tendre affection pour les chefs », s’exclame celle qui pose aux côtés des frères Haeberlin, d’Antoine Westermann, d’Émile Jung, de Fernand Mischler, d’Hubert Maetz, de Paul Bocuse, de Bernard Loiseau, de Georges Blanc, d’Olivier Roellinger ou de Jean-Georges Von Gerichten. « Ils m’ont offert avec leur cuisine des émotions fabuleuses. Ce sont des artisans et des artistes. Un produit transformé par leur soin, sublimé en recette, devient une œuvre éphémère, c’est de l’art culinaire. Ils offrent du merveilleux et de l’admirable. »

Yolande collectionne leurs ouvrages dédicacés, bien rangés dans sa cuisine, à portée de main. « J’adore tous les chefs. Ils sont généreux. Cuisiner, c’est de l’amour. C’est offrir de son temps, partager et faire plaisir. Une sortie au restaurant est toujours une fête, avec des émotions gustatives et olfactives. J’essaie toujours de repartir avec une recette et dès que possible je rejoins le chef en cuisine », dit-elle, citant Armand Roth, qui lui a tant appris à l’Auberge du Kochersberg, sous l’ère de Patrick Klipfel.

Le bonheur de recevoir

Nombreux sont ceux qui ont été invités chez Yolande et Michel dans leur maison familiale appelée « Les Vergers » à Hochfelden. Cette magnifique propriété, en lisière de forêt, coule des jours heureux, à l’abri des regards. Chanceux sont les invités des garden party qui se sont déroulées dans le jardin, près de l’étang, des vergers, dans l’orangerie ombragée par les bananiers et les palmiers. Nombreux sont ceux qui ont découvert les talents culinaires de Yolande et son art de recevoir qui n’a pas son pareil. « Les amis le savent, en hiver la cheminée est toujours allumée et une tarte ou une brioche sont toujours prêtes à être dégustées. Ils viennent quand ils le souhaitent. »

Yolande reçoit avec générosité, mettant les petits plats dans les grands, déployant l’argenterie, les services en porcelaine du 19ème, ceux de Sarreguemines, y compris pour y servir un plat rustico-chic. Le beau est au service du bon.

Yolande  a mis en scène la table du brasseur ©I.Haaser/Good’Alsace N°7

« Maman disait : quand on reçoit on offre tout, on sort tout, même si le lendemain on mange des pâtes. Et elle rajoutait : ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être bien fait. » Mes parents ont toujours eu valeur d’exemplarité. Mon père, -le sénateur Louis Jung-, était très absorbé par ses responsabilités professionnelles et souvent absent. Loin de s’en plaindre, maman nous parlait sans cesse de lui. Et quand il était présent, mes parents recevaient beaucoup à la maison. Avec ma sœur jumelle Ginette et mon petit-frère Jean-Louis, nous participions à la réussite de l’événement. Je me suis inspirée de cette philosophie. Avec Michel, nous avons élevé nos quatre enfants, dans l’esprit de se réjouir à recevoir, de les rendre responsables, heureux et fiers de participer. Ils me surnomment « Générale 3 étoiles », et « Mamma Italienne » dit-elle en riant, d’un de ses rires francs et sonores, selon Simone Morgenthaler, « un hymne à la vie ».

 

« Pour souhaiter la bienvenue et signifier à mes invités qu’ils sont attendus, la maison embaume de bonnes odeurs, d’un plat qui mijote, d’une brioche qui sort du four. Je dresse aussi de belles tables en leur honneur. Cette décoration est aussi un acte d’amour », précise Yolande.
Chaque œuvre est unique, saisonnière, thématique. Pour le magazine Good’Alsace, elle a mis en scène la table du brasseur, pour servir son baeckaoffe. Le sujet est savamment pensé, personnalisé, étudié avec un goût certain, mêlant la préciosité de l’ancien, à l’expression la plus pure de la nature. Il y a de l’orge et du houblon frais cueillis le matin à 6h, une collection de chopes anciennes exceptionnelles, des verres à vin blanc du début 19ème, des verres à bières anciens Baccarat, des salières de collection, une trilogie d’assiettes Bernardaud dorées à l’or fin. C’est une table de brasseur chic, avec une explosion de couleurs, et des tournesols rayonnants. Les ronds de serviette désignent le placement des invités, indispensable pour la réussite de la soirée. C’est seulement après avoir pris l’apéritif dans le salon, que les deux portes coulissent pour dévoiler la table, starisée, avec un effet waouh garanti !

Yolande est une experte en art de recevoir. Elle a publié un magnifique ouvrage avec des photos signées par Aude Boissaye, mettant en scène des tables fascinantes et des ambiances exceptionnelles, inspirantes, capables de transformer des « petits diners en grandes réceptions. » Jean D’Ormesson disait : « tout le bonheur est dans l’inattendu ». Et Yolande orchestre parfaitement l’inattendu. Surprendre, c’est émouvoir. Sur ses belles tables, la nature, en toute saison, s’expose et explose inexorablement. Elle l’aime profondément, elle a appris à la respecter et apprécie ses bienfaits. « J’ai grandi à la campagne, et si j’ai un regret, c’est peut-être celui de ne pas avoir travaillé la terre. J’aurais aimé être viticultrice. »

Sa brioche

La cuisine : un patrimoine en héritage

« Je cuisine beaucoup à la maison, cuisiner c’est aimer, partager, et éduquer. Les recettes familiales font partie de nos racines, d’un héritage, donc de notre patrimoine culinaire. J’ai appris et je perpétue les recettes de ma maman Lily. Sa mémorable poule-au-pot avec du riz et son bouillon de légumes, ou son pot-au-feu avec sa sauce chaude au raifort, sa tourte aux trois viandes avec des morceaux marinés, ses tartes, sa crème caramel, ses fameux beignets aux pommes (qui étaient déjà ceux de ma grand-mère) symbolisent mes madeleines de Proust. Je remarque que je pense souvent à elle quand je cuisine. Quand j’offre des pots de confiture, ce n’est pas juste de la confiture, c’est de l’amour aussi. J’aime l’idée que mes enfants les emportent avec eux aux quatre coins du monde. Nous serons alors en pensée chaque matin au petit-déjeuner. Cuisiner en famille c’est partager des moments de complicité et de transmission. Je suis tellement fière que mes enfants reçoivent et cuisinent. C’est mettre en exergue l’invitation. »

Yolande Haag dans sa cuisine ©I.Haaser/Good’Alsace N°7

Chaque année, sa « grande tribu » se rassemble « Aux Vergers »

pour des vacances en famille. Yolande se réjouit de ces précieux moments, où tous sont réunis près d’elle. « C’est important que les frères, sœurs et les cousins puissent se retrouver et tisser des liens ». Elle peut gâter ses enfants (Alexandre, Aurélia, Leonard et Édouard) et ses petits-enfants (Éole, Aurèle, Raphaëlle, Lila, Maya, Yoko, Ernestine, Lisandre) qui lui « commandent » ses quenelles au fromage blanc et spätzlés, ou ses nombreuses recettes de soupes (aux morilles, aux pois cassés et saucisses, aux topinambours et truffes, concombre au yaourt avec des œufs durs et quelques dés de jambon). Les garçons fondent pour son civet de chevreuil, gibier qu’elle achète entier et prépare en sauce. Yolande excelle dans l’élaboration des plats canailles et des plats familiaux mijotés. Elle prépare à merveille le pâté au foie de porc et le lièvre comme le faisait sa grand-mère. Le plat du brochet est un rituel qui s’étale sur la journée. Pêché par Léonard, il est d’abord plongé dans la baignoire, avant que son cas ne soit étudié. Côté sucré, les brioches, les nattes, les tartes aux fruits du verger ou les îles flottantes sont des recettes signatures appréciées toute l’année. Pour faire plaisir à Michel son époux, rien de plus simple. Quand il rentre de voyage, elle lui prépare son plat préféré : des roïgabrageldi, (pommes de terre mijotées avec des oignons et lardons) et un œuf au plat. Il raffole également du bibelaskass.

Son Way of Life : « travailler – aimer – partager »

Originaire d’Harskirchen en Alsace Bossue, Yolande voue une grande admiration pour ses parents. Ils lui ont inculqué la valeur du travail, du travail bien fait, le goût de l’effort, la persévérance et l’optimisme. Ils sont ses racines, ses fondamentaux, des exemples à suivre. De cette éducation est née sa philosophie, son Way of Life, comme elle dit, construite sur le triptyque : travailler – aimer – partager. « Ces trois verbes d’action résument toute ma vie et sont mon héritage spirituel pour ses enfants. À partir du moment où l’on s’épanouit avec cette trilogie, on peut vivre heureux sous n’importe quel régime, à n’importe quelle époque. »

Dans son jardin ©Nouvelles Gastronomiques

De ses tendres années, elle préserve cette connexion quasi mystique avec la forêt, en particulier celle de Wangenbourg. « Elle demeure mon refuge. Je rentre dans cette forêt comme dans une cathédrale. Toutes les deux jouissent d’une hauteur, d’une profondeur, d’une senteur si singulière et d’un florilège de couleurs. Je suis alors illuminée. Je me sens entourée d’humanité. Notre enfance sont nos racines et notre éducation. Le tronc incarne notre parcours de vie et la couronne de feuillage est en perpétuel mouvement au gré des vents et des intempéries. Elle représente notre voie lactée multidirectionnelle avec plus ou moins d’envergure. Mais l’arbre reste debout. Maman disait toujours : « Garde la tête haute surtout les jours difficiles, pour voir plus haut et plus loin, tu auras la chance de voir un rayon de soleil. Elle avait une force de vie incroyable. »

Yolande tient de sa maman ses talents de cordon-bleu, ses valeurs éducatives, son courage et sa pensée positive. La trajectoire professionnelle de son père, comporte bien des similitudes et convergences avec la sienne. « On vient toujours de quelque part et de quelqu’un », philosophe Yolande.

Maman disait toujours : « Garde la tête haute surtout les jours difficiles ©I.Haaser

Son père, Louis Jung, (1917-2015) instituteur, puis directeur d’école, est devenu le directeur de la filiale française de la firme allemande Ziemann-Engel, spécialisée dans la fabrication de cuves pour les brasseries et les laiteries à Sarre-Union. Il sera aussi le fondateur des jus de fruits REA. Puis, il embrasse une carrière politique. Maire d’Altwiller pendant 40 ans, il est élu Conseiller Général, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de 1986 à 1989 et sénateur du Bas-Rhin de 1959 à 1995. Juste récompense pour celui qui fut proche de Pierre Pflimlin, André Bord ou encore Robert Schuman, dont il sera le président-fondateur de la fondation Robert Schuman en 1991.

Fine observatrice du monde qui l’entoure, Yolande a grandi entourée d’éminentes personnalités politiques, en tirant de précieux enseignements. Elle a su évoluer, prendre des responsabilités et gagner ses galons de dirigeante et de présidente, être estimée et respectée, dans un univers professionnel largement incarné par la masculinité. Yolande a su faire entendre sa voix et celle des femmes, qu’elle a toujours soutenues, notamment par le biais de sa présidence au comité Alsace « Femmes Leaders ».

Yolande Haag à la présidence du comité Alsace Femmes Leaders ©S. Kauffer-Binz

À chaque poste, chaque mission, elle a su organiser, suggérer, diriger, coacher avec tact et féminité. Hubert Haenel s’amusa de ce fait : « Yolande, j’adore votre diplomatie directive», se rappelle-t-elle partant dans un éclat de rire. Il faut parfois entrer dans l’action et donner des orientations avec efficacité. « Mon beau-père disait : un ordre bien donné est un travail à moitié fait. »

La « Régine » d’Alsace !

Son père était aussi un grand chasseur. Cette passion va offrir à Yolande l’opportunité de faire ses preuves d’organisatrice d’événementiels. Mais surtout de porter des projets ambitieux, de monter et fédérer des équipes, de mettre en œuvre et en scène des agapes gastronomiques. Elle va organiser des dîners de chasse pour les amis de son père. « Les chasseurs se retrouvaient dans une grange à Hinsingen autour d’une choucroute. J’ai dit à mon père qu’il fallait être plus « up to date ! » et que la tendance était au buffet dînatoire. «J’ai créé des décors invraisemblables, très campagnes, natures, forestiers et automnales, avec des paniers de fruits et de légumes disposés sur les nappes en tissu kelsch de ma grand-mère. De somptueux bougeoirs donnaient du cachet aux plats charcutiers, fromagers, en sauce, et choucroute garnie. Les chasseurs ont adoré ! Ils se levaient, se servaient et rencontraient devant le buffet toutes les personnes présentes lors de la soirée. La notion de mise en relation et network prenait tout son sens. Yolande fut repérée et sollicitée pour organiser des événementiels, notamment pour le sous-préfet de Saverne. Qu’à cela ne tienne, elle fonce ! Et en 1965, elle devient associée-gérante de la Grange du Paysan. Elle emploie 10 personnes et développe la renommée de la Grange, mais aussi la sienne; elle est surnommée la « Régine » d’Alsace.

Un dessert «légion d’honneur». Avec Jean-Pierre Haeberlin, Francine Heisserer et André Bord

Au bout de trois années, elle rêve de s’envoler. « Je me suis inscrite à l’école hôtelière pour apprendre les langues étrangères et voyager. En 1969, elle est recrutée par la compagnie d’aviation Lufthansa à Paris, en charge d’abord du service tourisme et congrès, puis des relations publiques. Elle parcourt le monde, enrichit son carnet d’adresses, ses compétences et son expérience. Elle s’épanouit, découvrant la vie parisienne. Elle rentre en Alsace pour les fêtes de famille et de Noël. « Quand je travaillais dans l’aviation, j’étais en pleine ascension professionnelle. Alors, quand Michel s’est mis sur ma route, mon fuseau horaire s’est arrêté à Hochfelden », sourit- elle. Une première rencontre avait déjà eu lieu quelques années auparavant puisque la sœur de Michel, Marie-Hélène Haag, était en classe avec Yolande. En 1974, elle épouse Michel et embrasse une nouvelle carrière chez Meteor.

Le mariage de Yolande et Michel Haag entourés de leurs parents -archive 1974

Lady Meteor

Elle forme avec Michel Haag un duo extraordinaire et complémentaire; le savoir- faire et le faire-savoir. « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction », dit-elle, citant Antoine de Saint-Exupéry. Ensemble, ils ont déployé leur énergie à préserver l’indépendance de l’entreprise Meteor. Au siècle dernier, il y avait une quarantaine de brasseries en Alsace et en 2020, Meteor demeure la seule brasserie alsacienne familiale et indépendante, comptabilisant plus de 200 salariés. La huitième génération incarnée par leur fils benjamin Édouard Haag, va poursuivre le développement de l’œuvre familiale. Yolande l’accompagne avec bienveillance, maintenant toujours sur son feu, un projet ou deux. Comment pourrait-il en être autrement ? Ils participent à son bien- être et à son équilibre. Plus que jamais, elle a pleinement conscience de sa chance et cette clairvoyance la conduit sur un chemin de sérénité et de reconnaissance.

« Le bonheur n’est pas d’avoir tout ce qu’on désire, mais d’apprécier ce que l’on a. » (cit. Paulo Coelho).

Par Sandrine Kauffer-Binz

Avec Michel Haag ils forment un duo de charme, complémentaire