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Depuis la semaine dernière, la métropole Aix-Marseille-Provence a éprouvé la fermeture des cafés, restaurants et bars pour 15 jours. Une révision de la décision est possible ce dimanche 4 octobre 2020, jour d’une reconsidération par le gouvernement de ce qu’il pourrait advenir du sort d’une quinzaine de métropoles.

La profession s’est immédiatement re-mobilisée, avec d’un coté, les syndicats qui, parlant d’une même voix, proposent un renforcement du protocole sanitaire et de l’autre, les professionnels du terrain, menés par le chef Philippe Etchebest et le collectif Resto Ensemble. Ensemble, ils ont organisé ce vendredi à 11h45 un « faites du bruit devant votre restaurant pour ne pas mourir en silence ».

Brassards noirs en bandoulière, cuillères et casseroles en tambour, ils se sont filmés dans leur révolte, prêts à récidiver chaque vendredi si besoin, pendant 1 minute devant leur établissement.

Cette scénarisation doit interpeller : « Que les gens nous soutiennent aussi c’est important, au même titre que ça a été fait pendant le confinement avec les infirmiers, avec le personnel médical où les gens applaudissaient à 20 heures« , souligne Philippe Etchebest. « On génère 2 millions d’emplois indirects et directs. […] Si nous on ferme, on va mettre en péril beaucoup d’autres professionnels ».

 « Faire du bruit pour ne pas mourir en silence »

L’impossibilité de travailler pour les hôtels et les traiteurs, la fermeture des discothèques, des bars et des restaurants ne cassent en rien la chaîne de contamination. Bien au contraire, la restriction horaire ou la fermeture des restaurants et des bars donnent le feu vert aux rassemblements sauvages sur la voie publique ou dans des lieux privés, sans aucun respect du moindre protocole sanitaire, sans distanciation physique, sans contrôle.

Les principales organisations professionnelles du secteur, GNC, GNI, UMIH et SNRTC ont adressé le 30 septembre 2020, une demande au Ministre de la santé afin d’être reçues de toute urgence, dénonçant le fait de ne pas avoir été consultées.

Selon les principales organisations, les CHRD ne sont pas les principaux clusters de l’épidémie, discréditant l’étude américaine qui conclut à un risque de contamination 2 ou 4 fois plus élevé selon que l’on fréquente un restaurant ou un bar.

Les propositions syndicales

  • Mettre en place dans les établissements un « CAHIER DE RAPPEL » pour contacter les clients en cas de contamination et remonter le fil des cas contacts.
  • Inviter les salariés ainsi que les clients à la prise de leur température préalablement à l’accès à l’établissement
  • Organiser avec les autorités sanitaires les conditions d’un dépistage massif de tous les professionnels du secteur grâce à des plages horaires avec accès prioritaire qui leur seront réservées.
  • Assurer les paiements des clients à table afin d’éviter leurs déplacements
  • Limiter à 8 le nombre de convives à une même table
  • Gestion des réservations

MAIS:  « Nous n’avons pas non plus été consultés »

« Il n’y a pas eu de concertation avec la profession », s’indignent certains restaurateurs, refusant d’ores et déjà de prendre la température de leurs clients. « Déjà que nous avons parfois du mal à leur imposer le port du masque, comment leur demander de prendre leur température ? Ceux qui émettent ces idées ne sont pas sur le terrain« , s’énervent-ils. On sait également que les a-symptômatiques n’ont pas de température et que certaines prises de mesures ne sont pas fiables, alors à quoi bon ? Quid du dépistage massif de nos équipes ? est-ce pour rassurer les clients ? car nos collaborateurs, eux ne retirent pas le masque dans l’établissement, donc qui, potentiellement, mettrait l’autre en danger ?

Très en colère que les restaurants soient stigmatisés comme des lieux propagateurs du virus, Philippe Etchebest a affirmé qu’ils « n’étaient pas plus dangereux que des cantines scolaires, des restaurants universitaires, le train ou l’avion » en témoignant d’une récente expérience lors d’un vol, où accolé à son voisin qu’il ne connaissait pas, il a retiré son masque pour boire le café.

Des questions légitimes fusent: « Pourquoi nous demander de mettre en place ce qui n’est pas pratiqué dans les aéroports ou les gares ? Pourquoi ne pas simplement se donner les moyens de faire appliquer le protocole initial pourtant déjà obligatoire ? Comment réussirons-nous, si durant cet été, comme diffusé à la TV, ni les forces de l’ordre, ni les maires, ni les préfets n’ont réussi à faire respecter la distanciation sociale ou à interdire les rassemblements ?  »

 

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Dans une vidéo très impactante, publiée sur son compte Instagram  Michel Sarran interpelle le gouvernement « Comment pouvez-vous affirmer que des établissements comme le mien, et tant d’autres, qui accueillent une quarantaine de personnes avec des consignes rigoureusement appliquées, soient plus dangereux que les centres commerciaux ou les rassemblements privés ? »

Michel Sarran déplore que les autorités ne contrôlent pas davantage le respect des consignes sanitaires dans les établissements. « Vous passez des lois, mais avez beaucoup de mal à les faire respecter, alors c’est tout le monde qui trinque. Au final, c’est vous qui allez nous tuer ! », accuse-t-il.

Un sentiment d’injustice

« C’est profondément injuste », poursuit un chef d’une brasserie parisienne. « L’Etat doit intervenir et sanctionner par des fermetures administratives les établissements irresponsables, qui portent préjudice à une profession. Nous avons investi dans les masques, plexis et gel hydroalcoolique. Par ailleurs, les aides de l’Etat, sont dérisoires et sous conditions suspensives. Pour bénéficier des 10 000 euros, il faudrait justifier d’une perte de 80% du Chiffre d’Affaires, mais à ce stade, sur quelques mois, c’est déjà la faillite. Quant au chômage partiel, il concerne les salariés, le PGE est un prêt à rembourser, les loyers et les charges seront tout de même à payer, puisque nous bénéficions juste d’un report. Et si les caisses sont vides et que les dettes s’accumulent pendant des mois, que va-t-il se passer ? La dernière crainte, et non des moindres, serait de rester ouverts (donc sans chômage partiel) mais d’alerter et d’alarmer les Français sur la dangerosité de fréquenter nos établissements et de limiter les réunions familiales, voire les interdire. Résultat, pas de fermeture administrative, mais pas de chiffres d’affaires non plus », s’inquiète le restaurateur.

A Strasbourg, l’équipe des Haras porte le brassard noir

Le cri de la fin

« Je suis comme tout le monde, j’ai un restaurant. […] » rajoute Philippe Etchebest. « J’ai 60 collaborateurs, je ne suis pas à l’abri de fermer ; et je peux vous assurer que si je fais ça aujourd’hui, c’est peut-être que je vais m’en sortir mieux que d’autres, certainement. Mais je ne vais pas me contenter de mourir le dernier ».