No-show et abandon de poste; des incivilités professionnelles

Quand dire “oui” à un emploi n’engage plus à rien

Dans un monde du travail marqué par la tension sur les recrutements, surtout dans les métiers de l’hôtellerie-restauration, il existe une forme d’incivilité professionnelle dont on parle peu. Elle est discrète, banale, presque tolérée. Et pourtant, elle cause un tort immense, humain et économique, à des milliers d’entreprises chaque année.

Il s’agit de cette pratique devenue presque ordinaire : un candidat postule, passe un entretien, accepte un poste, se voit réserver un logement de fonction, parfois même un contrat est prêt à être signé… et le jour venu, ne se présente pas. Sans prévenir. Sans annuler. Sans s’excuser.

Un phénomène banalisé avec un préjudice réel

Ce silence ne peut plus être ignoré.

Car derrière ces engagements non tenus se cachent de véritables préjudices, qui ne sont ni symboliques, ni anecdotiques.

  • Préjudice organisationnel : une équipe en place doit revoir tous les plannings, combler l’absence au pied levé, parfois annuler des services.
  • Préjudice moral : les professionnels qui s’investissent dans le recrutement ressentent de la trahison, de la lassitude, et souvent du découragement.
  • Préjudice économique : logement de fonction réservé pour rien, matériel commandé, poste immobilisé, candidats écartés… chaque “désistement silencieux” coûte parfois plusieurs milliers d’euros.
  • Préjudice sur l’image : quand un restaurant ou un hôtel ne peut pas tenir ses engagements face à ses clients, c’est sa réputation qui vacille.

Et pourtant, cette pratique n’est ni nommée, ni encadrée, ni discutée. Elle est à ce jour un angle mort du droit du travail, comme si les entreprises devaient intégrer ces défections comme une variable naturelle. Elles taisent ces actes comme si elles avaient honte de ce qui leur arrivait.

Un vide juridique qui porte préjudice

  • Pourquoi cette incivilité, voire ce sabotage professionnel n’est pas signalé ?
  • Pourquoi cette forme d’irresponsabilité n’interroge-t-elle pas davantage nos institutions ?
  • Est-il possible d’imaginer une sanction, une pénalité ou des indemnités à ce préjudice ?

Accepter un emploi, même oralement ou par message, peut entraîner des décisions concrètes de la part de l’employeur : réservation d’un logement, organisation interne, refus d’autres candidatures, préparation matérielle…Dès lors, il devient légitime de poser la question : ne pourrait-on pas envisager une reconnaissance de ces engagements comme générateurs d’un préjudice pré-contractuel, potentiellement quantifiable ? Le droit reconnaît bien la rupture abusive de pourparlers commerciaux entre entreprises. Pourquoi pas ici ?

Un appel à ouvrir le débat pour les syndicats et les politiques

Cette tribune invite à une réflexion collective : à partir de quand un engagement moral devient-il une responsabilité ?

Peut-on envisager :

  • une assurance abandon/ vacance de poste?
  • un dispositif d’alerte professionnelle en cas de désistement répété et injustifié ?
  • un débat syndical ouvert sur la responsabilisation des candidats, au même titre que l’on parle de celle des employeurs ?
  • Un outil/ une appli qui liste les no-show professionenelle comme TheFork sanctionne les no-show des clients

Ce débat n’est pas secondaire. Il concerne des milliers de structures, notamment dans les secteurs en tension. Il interroge notre rapport à la parole donnée, à la fiabilité, à l’éthique minimale des relations professionnelles.

Parce qu’au fond, la confiance est aussi un capital à protéger. Et les incivilités professionnelles ne devraient pas être les dernières zones d’ombre de notre droit du travail.

Par Sandrine Kauffer