Nicolas Rieffel ©V.Muller

Nicolas Rieffel « la vie est un jeu, alors joue-le »

Le restaurant est un lieu de mémoire, le musée des souvenirs. Il suffit d’y revenir et s’y asseoir pour que ressurgissent les pensées et les êtres aimés. On les imagine présents à nos côtés, devant leur plat préféré, une anecdote et des rires échangés. On se souvient du bonheur comme si on y était. Il en est ainsi pour Nicolas Rieffel, pour qui la Stub du Parc à Obernai, évoque le passé heureux, mais aussi son avenir entouré de sa « nouvelle famille ».

Retour en 2011. C’est en citant mère Teresa que Nicolas Rieffel avait lancé sa marque de vêtement « Life is a game » dont le logo était une tête de mort avec des ailes. Touché la même année par le décès brutal de son grand frère John (Johnny ou Chony pour les intimes) et la déclaration de la maladie de sa maman, le « beau gosse » de la première saison Masterchef 2010, modifie sa trajectoire professionnelle, faisant de la vie, un hymne, devenant un « Agitateur Gastronomique ».

Nicolas Rieffel ©Archives Good Alsace

L’enfant (d’abord) « terrible » de Niedernai devient le chouchou des Alsaciens. Attachant, 100% souriant, son exemplarité en termes de positivité, malgré sa maladie orpheline (spondylolisthésis) déclarée en 1996 (à 16 ans), qui le rend coutumier des séjours hospitaliers, marquent tous les esprits. Partageant ses joies et ses peines avec son immense communauté, qui le soutient face à l’adversité, et dans le combat qu’il a mené avec, et pour, sa maman Georgette, décédée en 2017, des suites de cancers. Elle était sa force, son moteur, sa source d’inspiration, son pilier. Il était superstitieux, il avait besoin de sa présence, elle lui portait chance.

Georgette dite Geo Rieffel, le symbole d’un combat contre les cancers ©RCA-Voir

Pour elle, il avait fondé l’association Life Pink, qui poursuit inlassablement la lutte contre les cancers. La famille Rieffel est un emblème, de courage, de philosophie de vie, d’union familiale, de solidarité et de générosité. Pour la rubrique, les Restaurants ont une histoire, Nicolas Rieffel a choisi la Stub du ParcObernai. Comme une évidence, un hommage, un lieu de souvenirs forts, puisque les dernières fêtes de famille avec sa maman Geo, son papa Dominique, sa sœur Marylou, ont été célébrées à la Stub. Mais, un lien encore plus puissant les unit, comme si la famille Wucher avait « adopté » le « petit gars » de Niedernai.

Life Pink, la lutte contre les cancers

C’est le choix de cœur de la rédaction. Nicolas Rieffel, alors finaliste de Masterchef, est né médiatiquement, la même année que les Nouvelles Gastronomiques d’Alsace. Tous les temps forts de sa vie, sombres et joyeux, ont été partagés avec la communauté des gastronomes. De l’émission Masterchef à Life is a game, de Life Pink à Grain de sel, du concours chefs à bord aux animations culinaires, de ses engagements caritatifs à ses apparitions médiatiques, nous avons suivi son évolution, son ascension, ses projets, saluant systématiquement son charisme, sa joie de vivre communicative, un sourire constant, parfois ajusté, lorsqu’en même temps, le regard est attristé. Ne voulant jamais se laisser abattre, forçant l’admiration et la combativité, bouleversant dans ses batailles, annonçant publiquement, la voix étranglée, le sanglot étouffé, la grave maladie de sa maman, dont l’issue positive était déjà compromise.

Georgette Rieffel ©RCA-Voir

Elle, de son côté, tel un roseau que rien ne saurait plier, ne déposera jamais les armes. Digne et admirable, elle s’engage en famille, dans la création de Life Pink. Alors qu’elle a besoin d’aide, elle met toute son énergie vitale, au service des autres. Sa mission, prévenir et dépister, soutenir les familles touchées. Le cancer a un visage en Alsace, le combat est incarné.

La révolte s’exprime. La mort s’incarne et s’insinue dans leur quotidien. Elle est évoquée, représentée, presque défiée. Elle est mise en scène dans un calendrier, dont les bénéfices sont reversés à l’association. Mère et fils lancent un défi à la grande faucheuse. Troublante et saisissante, cette photo a pu heurter les sensibilités. Elle témoigne pourtant d’une dernière provocation, complice, un pied de nez à la fatalité.

Notre Wonderwoman

Le 13 août 2017, après 6 années de combat, « telle une gladiatrice, elle a rejoint les étoiles », annonçait Nicolas Rieffel. « Toute la famille va continuer sa guerre contre cette merde, TOUT faire pour améliorer le quotidien des malades et soutenir la recherche avec notre association. Elle est et restera à nos yeux « Wonderwoman. » Et pour elle, tout continue.

Life Pink, luttons ensemble contre le cancer ©Archives LifePink

« La vie est un jeu », martèle Nicolas Rieffel. Un jeu parfois tragique, injuste, dramatique. Profiter de chaque jour comme si c’était le dernier, cultiver l’amitié et les projets, jouir des bonheurs à chaque instant. Telle une leçon de vie, d’humilité, de force et de courage, Nicolas Rieffel, dont l’existence et les épreuves hâtent une maturité avec gravité. Nommé Ambassadeur d’Air France, il voyage à l’autre bout de la planète, inhalant de chaque culture, chaque temple, chaque rencontre humaine, chaque étendue d’océan et grands espaces, une bouffée d’oxygène, faisant le plein d’énergie, de volonté et de sérénité, faisant pas à pas, à tire d’ailes, des nouveaux projets. À 40 ans, il se relève, la chance lui sourit. Il rencontre Darina, et se marie en 2018. Elle est devenue son pilier, son «Totem», elle l’encourage à se surpasser.

Son amitié avec Maxime Wucher

C’est la rencontre de deux âmes qui se sont trouvées. Alors que peu d’affinités semblait les rapprocher, ils ont pourtant tant de choses à partager. Des épreuves qui unissent et renforcent les liens.

Une amitié sincère entre Nicolas et Maxime ici dans le bar Raymond Waydelich du Parc ©Archives Good Alsace

« Je me souviens la première fois que j’ai rencontré Nicolas, il venait présenter ses vestes Life is a Game au Parc. Il semblait vantard, je ne lui ai pas fait de cadeau », sourit Maxime. « Et pas rancunier, il ne s’est pas arrêté à cet échange, nous nous sommes revus par la suite, avons échangé et une belle relation s’est construite. Avec lui, c’était intuitif, naturel. C’est l’ami qu’on peut appeler de jour comme de nuit, il est toujours présent. Il est la gentillesse même, et pourtant, il aurait pu se la « jouer star inaccessible ». Il m’a invité à rejoindre son groupe d’amis lors de soirées foot et barbecue, et je lui ai fait découvrir les fêtes de la bière à Stuttgart, il fallait absolument qu’il vive cette expérience. Ce sont des fêtes qui rassemblent, et réunissent toutes les catégories sociales ».

Nicolas est entouré de son papa Dominique, sa sœur Marylou, et son épouse Darina (à droite) ©Archives Good Alsace

« En 1996, j’étais sommelier à l’Hostellerie des ChâteauxOttrott et passais à vélo devant le Parc, j’étais impressionné », se souvient Nicolas Rieffel. « J’en rêvais, c’était une légende. Mon amitié avec Maxime est très fraternelle. Il me parle librement, il me conseille. Je me souviens qu’un jour il m’a dit « Nico, ta vie ce n’est pas le vêtement ! Tu es fait pour être sur scène, sur grand écran ». Il m’a permis de me remettre en question, de faire des choix de vie. Je voulais voyager. Aujourd’hui je tourne des vidéos pour Leclerc en valorisant le travail des artisans, j’anime « Des régions à croquer » qui atteignent 24 millions de vues cumulées sur les réseaux sociaux , j’ai développé mon restaurant éphémère Barber Shop, et j’ai créé ma boite de production Nikko Company en 2017 ».

En 2014, quand Marie et Cyril sont rentrés en Alsace, l’entente fut immédiate, on est de la même génération. Et puis, toute la famille m’a toujours soutenu, dans la maladie avec maman. C’est incroyable, je ne sais comment les remercier. Je me souviens de l’anniversaire de maman en 2014. Une des soirées les plus fortes en émotion pour notre famille. Marylou, ma sœur, a offert en cadeau son test de grossesse. Maman allait encore connaître la joie d’être grand-mère. Il y a des instants mémorables, vécus ici même à cette même table, qu’on voudrait éternels. Ce soir-là, la famille était heureuse, avait des projets. Mais le dernier cadeau c’était au moment de l’addition, la famille Wucher est venue nous déclarer « Vous êtes nos invités, vous faites partie de la famille». C’était énorme », lâche Nicolas, encore sous le coup de l’émotion. « Maman était heureuse ce soir-là, il y avait une telle lumière sur elle ».

Nicolas Rieffel avec la famille Wucher sur 4 générations ©Archives Good Alsace

« J’ai toujours aimé venir à la Stub, elle est belle, elle est conviviale, pleine de vie. Quand je vois Mamy Hélène venir chaque midi s’installer à sa table, je l’admire. Je viens une fois par semaine, rendre visite à « ma famille de cœur » et j’adore les plats sur leur carte. Je me régale d’un steak, d’un onglet à l’échalote, alors que Marylou, végétarienne, trouve son bonheur avec les galettes de pommes de terre, (les grumbeerekiechles). Maman se laissait porter par le vent, selon ses envies, mais elle adorait les fruits et les légumes. Elle était très bonne cuisinière et j’adorai son pot-au-feu. Au Parc », poursuit Nicolas, « Marie fait un dessert juste pour moi, une tarte au citron sans lactose (ou presque). Car il faut bien l’avouer, je suis celui qu’il ne faut pas inviter, allergique à presque tout et capable de me défigurer en quelques minutes. L’ail pourrait m’être fatal. Je demande toujours avec précaution les compositions des sauces. Il y a des allergènes inodores et invisibles, le piège », reconnait-il.

La famille Wucher, une famille en or

« C’est en famille que nous avons fondé Life Pink, pour lutter contre tous les cancers et des dons reversés en Alsace. Nous avons eu la chance d’avoir de nombreux soutiens, mais certains ont dépassé toutes nos attentes en termes de générosité. Et nous en sommes particulièrement reconnaissants et touchés.

L’onglet à l’échalote, l’un des plats préférés de Nicolas ©Archives Stub du Parc

Je me rappelle que pour leur mariage Marie et Cyril avaient placé une urne pour Life Pink en disant « Ce sera pour ta maman » et Monique Wucher pour son anniversaire, avait également initié des dons pour l’association. En tout, ils ont remis un chèque de 8460€, c’est juste incroyable, maman venait de nous quitter ». Avec classe, pudeur, discrétion, et générosité, la famille Wucher était présente pour la famille Rieffel.

Oui, Nicolas fait partie de leur vie. Avec Darina, Marie et Cyril, ils sont devenus les parrains et marraines des jumeaux d’Aurore et Maxime. « C’est génial, nous sommes réunis pour toutes les fêtes de famille autour de Jules et Félix ». Inséparables.

De G à D : Maxime, Marc, Monique, Nicolas, Marie et Cyril, pour la remise d’un chèque pour Life Pink ©Archives Life Pink

Longue vie à Life Pink

En 2013, l’association reverse 16000 euros et en 2017, 52000 euros. Marylou a repris en main les ateliers de confections d’objets pour la vente : doudous, bijoux ou oursons en tissu. « Nous poursuivons avec conviction, c’est un choix militant. On ne se pose pas de questions, on le fait, on continue le combat ».

Par Sandrine Kauffer-Binz

lifepink.fr