Lors de notre séminaire de gastronomie moléculaire de janvier 2016, nous avons cherché à savoir s’il était exact qu’il faut beaucoup d’eau pour cuire les pâtes.
Le conseil est très fréquemment donné et l’on a le sentiment que les pâtes cuisent moins bien quand la quantité d’eau est trop petite… mais on sait aussi que, à propos de pâtes, les précisions culinaires abondent, telle celle qui préconise d’ajouter de l’huile dans l’eau de cuisson pour que les pâtes ne collent pas. Comme pour tous les séminaires, nous avons testé expérimentalement la précisions culinaire, savoir que nous avons comparé la cuisson des mêmes pâtes soit dans beaucoup d’eau, soit avec très peu d’eau.
Pour nos expériences, nous avons pris comme référence les proportions qui nous ont été données par un excellent professionnel présent au séminaire, à savoir un litre d’eau pour 100 g de pâte et 10 g de sel. Lors du séminaire, nous avons donc comparé deux casseroles identiques, mais avec soit deux libres d’eau, soit juste assez d’eau pour couvrir les pâtes, et nous avons réduit la quantité de pâtes à 40 grammes, dans la casserole avec beaucoup d’eau.
Après des discussions, nous avons décidé de mettre la même quantité de sel dans les deux casseroles, de sorte que, certes, la concentration en sel soit supérieure dans la casserole avec peu d’eau, mais qu’elle soit appropriée à la quantité de pâtes. On devrait donc d’ailleurs reproduire les expériences, mais en appropriant le sel à la quantité d’eau.
La cuisson avait lieu à découvert, et nous avons cuit les pâtes pendant 10 minutes exactement : les pâtes étaient plongées exactement en même temps dans l’eau bouillante et sorties à l’écumoire exactement en même temps. L’incertitude sur le temps était de l’ordre de la seconde, ce qui correspond environ une précision de un pour 1000.
Le constat sans appel : aucune différence
D’autre part, les dégustateurs n’ont pas vu différence de sel, ce qui est étonnant… mais les faits sont les faits, et j’invite mes amis cuisiniers à répéter ces expériences.
Des lycées d’expérimentation
Ces expérimentations ont d’autres avantages, à savoir que si l’on se met à expérimenter, on est quasi nécessairement conduit à de l’innovation, et l’on ne saurait conclure le compte rendu de ce séminaire de gastronomie moléculaire de janvier sans évoquer que l’on puisse cuire les pâtes dans autre chose que de l’eau, et différemment de la pratique « al dente » qui nous est rabâchée.
Cuisson Al dente
Plus étonnant encore
Décidément des expérimentations s’imposent absolument
Par Hervé This