69eme Congres au Palais des Congres et de la musique a Strasbourg ©Sandrine Kauffer

Congrès de l’Umih : ingérence de l’État, la hausse des salaires,PGE, fusion

Du 22 au 25 novembre 2021, l’Umih a tenu son 69ème Congrès au Palais des Congrès et de la Musique à Strasbourg. Organisé par l’UMIH 67, présidé par Roger Sengel, ce congrès fut chargé de temps forts, avec la venue des politiques régionaux (Frédéric Bierry, président de la CEA) et de Ministres.

La crise du covid et ses conséquences engendre une réflexion et une remise en question de la  profession, à un tournant de son histoire. Ce furent les dernières prises de parole du président confédéral Roland Heguy, et d’Hervé Becam, vice-président.

Ce  congrès 2021 s’est déroulé sur un fonds de crise sanitaires, des annonces faites par le ministre Bruno Le Maire, et les attentes de la profession dans un contexte politico-socio-économique sous tension. En effet, les discours de clôtures ont évoqué la possible fusion-association des 4 organisations professionnelles du secteur (GNC, GNI, SNRTC, UMIH), l’ingérence de l’État dans les négociations des salaires avec les annonces gouvernementales pour faire « chantage » et « pression » sur les patrons.

Bruno Le Maire et Roland Heguy ©Umih Strasbourg

Grande campagne de communication à la TV

Mardi, le congrès a débuté par les prises de paroles ministérielles Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance et Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au Tourisme qui a annoncé une grande campagne de communication télévisuelle, pour attirer les jeunes vers nos métiers, à l’instar de ce qui a été réalisé pour l’armée.

« Le CDI n’est plus le rêve d’un jeune qui arrive sur le marché de l’emploi », constate Bruno Le Maire. «  Il veut de la liberté, de la souplesse, et ses week-end », énonce-t-il. « Est-il pour autant un fainéant?  » interroge-t-il ? « Non je ne le crois pas. Il a envie de travailler et de réussir, mais il ne souhaite pas sacrifier sa vie personnelle ». Fort de ce constat, le ministre demande à la profession d’ouvrir le chantier de la réflexion.

Les congressistes ont salué l’initiative du clip de campagne, tout en espérant pouvoir participer au message et aux images diffusés.

« La communication et formation, sont deux piliers que nous devrions piloter nous-mêmes » mentionne Thierry Grégroire, Président UMIH Saisonniers. « L’État est glouton avec les fonds publics et ne se réforme pas, ni dans sa structure ni dans le contenu des formations. Il est temps pour la profession de réinvestir ces champs de compétences et d’être indépendante dans le contenu de sa formation », propose-t-il.

 

Renforcement du pass et contrôle sanitaire

 

Bruno Le Maire a appelé les congressistes à renforcer le contrôle du pass sanitaire. Le jour même Olivier Veran, fait plusieurs annonces pour contenir la 5ème vague.

Olivier Véran annonce l’arrivée d’un nouveau médicament anti-Covid, le Molnupiravir (sous forme d’un comprimé). Il rappelle aussi que 25 millions de doses à ARN messager sont stockées et disponibles de suite tout en déroulant l’agenda des vaccinations.

  • Dose de rappel pour tous dès le 5ème mois pour les plus de 18 ans
  • 3ème dose obligatoire pour les plus de 65 ans le 15 décembre pour conserver le pass sanitaire actif
  • 3ème dose obligatoire de 18 à 64 ans le 15 janvier 2022 (ou 5 mois après la dernière injection pour conserver son pass sanitaire actif
  • Pour les non vaccinés, un test toutes les 24h est obligatoire pour activer son pass sanitaire. Il n’est pas remboursé (25€) sauf si ordonnance médicale
  • La vaccination des  5-11 ans n’est pas envisagée avant 2022
  • Le port du masque est obligatoire dans tous les lieux publics en intérieur à partir du vendredi 26 novembre, y compris ceux soumis au pass sanitaire
  • Les Préfets décideront pour les événements extérieurs (marché de Noel)
  • Les classes ne ferment plus dès le 1er cas covid, mais toute la classe sera testée

 

A ce jour, silence sur le protocole en terme de distanciations des tables en salle et jauge des clients. ET  quid des rassemblements et des manifestations avec prochainement le palmarès Gault & Millau, le championnat du monde de pâté croûte, ou encore le trophée Haeberlin ?

molnupiravir contre le covid 19 ©afp

Le PGE :  « une bombe à retardement dans nos comptes d’exploitation »

Le ministre de l’Économie a proposé que l’obtention du PGE soit prolongé jusqu’à l’été 2022, mais qu’il n’y aurait pas de prolongation de la date du remboursement. Il est favorable à un lissage et à la nomination d’un médiateur pour évaluer les dossiers au cas par cas et certaines dettes pourraient même être réduites. « Vous ne serez pas laissés seuls face à votre conseiller bancaire », souligne le ministre. Il propose une réunion trimestrielle pour faire le point. Il a rappelé qu’ 11 milliards d’euros ont été prêtés et garantis par l’État.

 » Je ne suis pas d’accord ! « , s’exclame Thierry Grégoire.  » Je ne suis pas d’accord d’évaluer les dossiers au cas par cas, ni de l’intervention d’un médiateur. Nous devons avoir de la visibilité, travailler sereinement et le PGE est une bombe à retardement dans nos comptes d’exploitation », poursuit l’élu. « A l’aube de la 5ème vague, qui annonce la reprise du télétravail, avec en conséquence moins de nuitées et moins de repas, nous demandons le remboursement du PGE dans 10 ans. Nous avons eu 10 mois sans chiffre d’affaires et en face des charges à payer », rappelle-t-il.  « Avant le covid, il y avait les grèves, les gilets jaunes, les attentats, et les entreprises étaient déjà fragilisées. C’est l’indignité des assurances qui nous a contraints au surendettement et à intenter, à leurs rencontres, des procédures », s’indigne-t-il.

En effet, si l’Etat avait fait pression sur les assurances pour financer et assurer les pertes d’exploitation, les congressistes n’auraient pas à se soucier des modalités du remboursement des PGE. Il s’avère que l’État a préféré négocier directement avec les assurances et collecter des milliards pour les redistribuer notamment aux salariés, sous forme de chômage partiel. Ainsi, ils furent protégés des licenciement pour fermeture administrative. Le patron, lui, a été redirigé vers un PGE, -un Prêt Garanti par l’État-, donc une dette à rembourser.

 

Discours de clôture et dernière prise de parole de  Roland Heguy  Président de l’Umih ©Sandrine Kauffer

« L’assurance chômage est une protection et non une rémunération »

« 235.000 employés ont quitté le métier et 30% des postes sont non pourvus. Quelle industrie peut fonctionner avec seulement 70% de ses effectifs ? », interroge Roland Heguy.

Bruno Le Maire a promis une intervention de l’État dans le traitement de l’assurance chômage. « L’état fera respecter les règles de l’assurance chômage, qui n’est pas une rémunération, mais une protection », a-t-il relevé. Il n’a pas encore précisé quand et comment se feront les contrôles. Il s’agirait d’un levier pour le recrutement. Hubert Jan observe que bon nombre de congressistes sont favorables au recrutement hors de nos frontières. « Nous sommes en contact avec des ambassades. Il y a un stock de personnels formés, qualifiés et à notre disposition », rappelle-t-il.

 

La défiscalisation des pourboires.

 

Hubert Jan a alerté sur le fait que les pourboires ne seront pas fiscalisés jusqu’en 2023. Mais, seulement jusqu’en 2023, comme c’est indiqué dans le nouveau projet de Loi des Finances. « Nous ne sommes pas d’accord, ce n’est pas ce qui était convenu. Le résultat n’est pas en notre faveur », reconnait Hubert Jan.  « Le pourboire devait rester à la discrétion du client », avertit-il pointant les prochaines conséquences. En effet, le pourboire devient une écriture bancaire, comptable et sociale. L’État obtient une visibilité, un chiffrage et une traçabilité de ces revenus, sur lesquels, pour l’instant, il ne percevait aucune taxe. Mettre en oeuvre sa traçabilité bancaire avec une restitution par les patrons sur les fiches de salaires, inscrit dans le marbre leur existence et leur montant. Sans retour possible, en 2023, cet avantage sera perdu pour le personnel, qui pourrait être alors, imposable sur le revenu. « Un faux-cadeau maquillé en « reconnaissance salariale », lâche Hubert Jan. Car qui pourrait témoigner ce jour, que les pourboires payés par Carte Bancaire, ont explosé ?

L’Umih s’engage à suivre de près cette question et défendre les intérêts de ses collaborateurs.

 

13ème mois, hausse des salaires, conditions de travail et  horaires sans coupure.

 

Pour recruter les candidats, les motiver et les fidéliser, plusieurs leviers existent : la hausse des salaires, le 13ème mois, l’intéressement, la participation, les avantages en nature, les perspectives de carrière, la  formation interne, la prime à la coupure, et bien d’autres, s’agissant d’améliorer les conditions de travail et le bien-être des salariés.

Oui, mais est-ce le bon moment ?

Comment un patron en mal-être (lui aussi), endetté avec le PGE, en incertitude sur une future fermeture (5ème vague), pourrait-il trouver opportun d’augmenter ses salariés, d’offrir un 13ème mois, un week-end par mois, d’engager une seconde équipe pour privilégier les horaires sans coupure ? Et qui va financier ses propositions ?

L’Umih se dit favorable à entamer des réflexions profondes, mais demande à l’Etat de décharger et défiscaliser toutes les primes et augmentations proposées par les branches syndicales. La presse s’est fait l’écho de l’échec des négociations entre syndicats et patronats de l’hôtellerie-restauration. En effet, le déficit de personnel, la vacance des postes, la pénibilité des conditions de travail et la rémunération ont divisé les deux parties. Les patrons ont proposé une revalorisation de la grille salariale de 10,5 %. Les syndicats, eux, ont avancé une hausse de 25 % à 34,5 %.

L’Umih s’indigne de la disproportion de cette demande, tant que les patrons remboursent le PGE. La reprise économique est déjà ralentie par le manque de personnel, qui entraine de facto, des restrictions d’accueil de clients et des fermetures de certains services. Enfin, l’augmentation des salaires n’est pas une obligation, mais un mérite à la compétence, à l’ancienneté, aux prises de responsabilités, ou encore aux diplômes.

 

Négociation sous haute tension

« A aucun moment l’Etat ne doit faire ingérence dans les négociations ni dans le débat social », s’énerve Thierry Gregoire. « Nous avons été convoqués par la Ministre du travail. C’est bien la première fois !  C’était pour nous faire la leçon « il faut payer plus, pour avoir plus de salariés » nous a-t-on fait comprendre. Le ministre a endossé irrégulièrement un rôle de médiateur, commentant des négociations en cours pour faire pression sur le patronat et dresser l’opinion publique contre lui », se scandalise Thierry Gregoire. « C’est de la manipulation. Nous avons été chargés dans la presse et il a bien fallu répondre et argumenter avec un contre-feux médiatique. Le montant des salaires est, et doit rester, à l’initiative des entreprises », conclut-il.

Une nouvelle réunion est d’ores et déjà prévue le 16 décembre 2021. « Seule la grille des salaires sera réévaluée car elle est indexée sur le Smic et l’inflation. On ne cèdera pas au chantage », rajoute Thierry Gregoire. « Il n’y aura pas de 13ème mois en 2021, est-ce que j’ai une tête de Père Noel ? », ironise-t-il.

 

La concurrence déloyale des géants numériques

Cela fait plus d’une décennie que les syndicats alertent l’État face à la concurrence déloyale, dont la profession est victime.  » Il y a une concurrence déloyale d’Airbnb et des meublés de tourisme, non déclarés en mairie », s’irrite Roland Heguy. « Nous sommes soumis à toutes les normes de sécurité et PMR, toutes les obligations qui se renouvellent et s’additionnent chaque année. Et Airbnb non !  Nous n’avons pas les mêmes règles, ni les mêmes armes, cette concurrence est déloyale »

« Je vous protégerai face aux géants du numérique » a rassuré Bruno Le Maire. « Il n’y a pas de concurrence équitable et loyale quand il y a des manipulations des données et monétisation de la réputation »

Mais sur ce dossier, rien de nouveau, même cri, même plainte et aucune mesure, ni loi, ni décret à l’horizon. A tel point qu’un hôtelier préconise de s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs, c’est à dire de diversifier l’offre de ses nuitées et d’acquérir des chambres à commercialiser sur ces mêmes plateformes concurrentielles. S’adapter ou mourir !

Enfin Roland Heguy a annoncer la cessation de leur journal Nous CHRD faute de soutien financier. « Le média est pourtant essentiel », concède le président. « Il va se convertir en podcast ou newsletter pour diffusion l’information. Roland Heguy informe de la mise en ligne du site hcr-emploi.fr pour optimiser la rencontre entre les demandeurs d’emploi et les recruteurs, et alléger les formalités administratives. « C’est un clé en main ! « .

 

Nouveau site hcr-emploi.fr 

La relance responsable

Le 69ème Congrès avait pour thème « la relance responsable », rassemblant une centaine d’élus, de chefs d’entreprise et de responsables syndicaux. 3 tables rondes ont été organisées permettant aux différentes branches de présenter leurs réflexions, analyses et propositions sur le recrutement, l’attractivité des métiers, la formation et la fidélisation des collaborateurs.

Fermeture des restaurants à 14h et 23h ? fermeture le dimanche ? un ou deux services ? travail en coupure ou en continue ? prime ? intéressement ? autant de leviers possibles dans la limite d’une capacité financière et d’investissement au prorata de chaque entreprise. La solution ne saurait venir de l’État, qui ne doit pas faire ingérence dans la rémunération des salariés, sauf si ses propositions sont conditionnées à des subventions et exonérations. Car, il n’est de meilleure solution que celle financée par autrui.

Mariage ou fusion des 4 associations

Les avantages ont été énumérés, pourtant, il y a des freins certains, personnels, politiques et de convictions. Pour les uns, la fusion paraît prématurée, elle doit être votée par les nouveaux responsables et non les présidents sortants. Pour d’autres, dont Roland Heguy, elle est indispensable car l’union fait la force. « La solidarité née de la crise doit perdurer à la crise. Travailler ensemble devient prioritaire, plus que jamais, nous devons rester soudés. J’appelle cette union de tous mes vœux ! »

Par Sandrine Kauffer-Binz